Internet, c’était mieux avant ?

28 juillet 2015

La tribune d’Hossein Derakhshan, blogueur iranien, a reçu un large écho médiatique. Libéré de prison il y a peu, il y est resté enfermé pendant 6 ans, soit « toute une époque » à l’échelle web, comme il le dit lui-même. Et de constater à quel point Internet avait changé lorsqu’il a pu rallumer un ordinateur.

A la suite de ce témoignage, de nombreuses réactions ont été publiées, revenant sur l’évolution du web au cours des dernières années. Alors, Internet c’était mieux avant ? Entre les Anciens et les Modernes, retour sur les échanges qui ont secoué la toile.

Un web « linéaire, passif, programmé et replié sur son propre nombril »

Ce constat, c’est précisément celui que fait Hossein Derakhshan. Sa critique porte essentiellement sur la place occupée par les réseaux sociaux aujourd’hui, et notamment Facebook :

« Parfois je clique sur “j’aime»” ou “partager”, parfois je lis les commentaires des autres ou j’en laisse un, parfois j’ouvre un article. Mais je reste dans Facebook, qui continue à afficher ce qui est susceptible de me plaire. »

Sommes-nous enfermés dans notre bulle ?

Pendant les 6 années qu’Hossein Derakhshan a passées en prison, le nombre d’internautes dans le monde a plus que doublé, en passant d’un milliard et demi à plus de trois milliards.

Le développement des réseaux sociaux, qui auraient tendance à nous enfermer dans une « bulle de filtres » où nous ne verrions que des contenus susceptibles de nous convenir, n’est-il pas « une évolution obligatoire d’un espace ouvert à de plus en plus de monde ? Ne regrette-t-on pas l’arrivée des touristes dans ce petit paradis qu’on pensait réservé aux connaisseurs ? », comme se le demande Alexandre Léchenet, journaliste à Libération. Et d’ajouter :

« Internet ne se recroqueville pas, les internautes deviennent des fainéants. Ils se laissent glisser dans le Net de seconde zone proposé par Facebook, Twitter et consorts. Il faut prendre le temps d’élaguer, de fouiller. »

Quels risques si l’on se fait enfermer dans cette bulle ?

Le blogueur Hossein Derakhshan donne sa vision, dans une interview à Télérama :

« Nous tolérons de moins en moins d’être exposés à des idées qui ne sont pas les nôtres (…). Puisque chacun évolue dans sa bulle, persuadé d’être dans le vrai, l’illusion du consensus est généralisée, et des idéologies radicales prennent plus d’importance qu’elles ne le devraient. »

Une bulle encouragée par la passivité que nous impose le « push », ce « contenu qui vous parvient sans que vous le sollicitiez », alors qu’il s’agissait d’aller le chercher soi-même auparavant. Un changement de philosophie du web que Dries Buytaert, fondateur de Drupal, n’hésite pas à qualifier de « grand renversement ».

« Le contenu unique est la mesure de toute chose »

Le journaliste Vincent Glad rappelle dans Libération que le web est immense et que, finalement, rien ne nous oblige à rester sur Facebook. Et de préciser qu’en 6 ans, le rôle du blogueur a changé, quitte à se montrer assez critique :

« À l’heure du like, la star, ce n’est plus le blogueur, c’est l’article. Le contenu unique est la mesure de toute chose. (…) Hossein Derakhshan tient, au fond, les mêmes propos qu’un journaliste aurait pu tenir en 2006, découvrant ces impertinents blogueurs venir lui contester le monopole de la parole. »

Ce que Hossein Derakhshan reproche au web n’est peut-être que la manifestation de la maturité du réseau…

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