Internet et les émeutes à Londres : cinq liens pour mieux comprendre share
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Internet et les émeutes à Londres : cinq liens pour mieux comprendre

11 août 2011
Ca en deviendrait presque une ritournelle. Après les « révolutions arabes nées sur les réseaux sociaux », et autres « révolutions Twitter », voilà de nouveau le rôle des nouvelles technologies dans les mouvements collectifs mis sur le devant de la scène, à l’occasion des violences qui secouent Londres depuis quelques jours.
 
On va être francs : nous sommes bien incapables, ici, de démêler la part qu’ont joué diffusion massive de messages instantanés sur smartphones et autres mobilisations autour de hashtags sur twitter dans le surgissement des violences – pour un rappel le plus factuel possible, nous vous conseillons cet article du Monde.fr, diffusé mardi 9 août.
 
D’autres, en revanche, journalistes ou observateurs de la chose publique, lancent des hypothèses, variées, contradictoires, sur la question.
 
Du coup, nous vous proposons une liste, ramassée, compacte et commentée, de lectures qui nous ont interpellées sur la question. Avec un petit résumé en VOSTF à chaque fois.
 
Nous regroupons ces cinq liens autour de deux thématiques : 
 
  • Les réseaux sociaux (et autres outils techno) accélèrent-ils les mobilisations « IRL » ?
  • Ces émeutes marquent-elles Peut-on une accélération de la désintermédiation entre les journalistes et leurs audiences ? Avec un petit résumé, à chaque fois.

>> Vous avez repéré des analyses intéressantes sur cette question ? N’hésitez pas à nous les signaler, dans les commentaires ci-dessous…

 

1. Les réseaux sociaux et outils techno, accélérateurs de mobilisations « IRL » ?

 
  • Adieu mégaphones, bonjour réseaux sociaux devenus caisses de résonnance

 

With A Megaphone By A Wall
With A Megaphone By A Wall, par garryknight, licence CC

Le lien : http://www.guardian.co.uk/media/2011/aug/08/london-riots-facebook-twitter-blackberry 

Le décryptage : Cet article du Guardian en ligne signé Josh Halliday, et diffusé lundi 8 août dans la journée, retranscrit l’intégralité des « messages » ayant circulé sur des messageries instantanées de smartphones.
 
Josh Halliday, qui insiste lourdement sur l’utilisation tactique faite de ces échanges dans les manifestations, y tente également un parallèle historique (un brin) lyrique pour expliquer le rôle des médias sociaux dans les mobilisations :
 
« En octobre 1985, [lors d’une émeute à Tottenham], l’un des leaders du mouvement s’est levé de sa chaise, lors d’un rassemblement en plein air d’environ 150 personnes. Il s’est saisi d’un mégaphone, s’est tourné en direction de la police, et a éructé : 
 
"A partir de maintenant, dites leur bien que chaque mort de notre côté sera vengé. C’est la guerre. […] Et je ne vais certainement pas condamner les actions des jeunes, dans la nuit de samedi."
 
Vingt-six ans plus tard, les officiers de police écoutent toujours – mais les mégaphones et les réunions en plein air ont été remplacés. »
 
A noter : on peut lire exactement les mêmes histoires insistant sur le pouvoir des mobilisations nées en ligne, à propos des appels à la « reconstruction », et au nettoyage. Un exemple ici : Social media can help riot-hit communities recover.
 
  • La face cachée des réseaux sociaux

 

Double page du Sun pointant acusant les réseaux sociaux d’avoir accéléré les pillages (photo du site : wallblog)
 
 
Le décryptage : C’est une tribune (très) courte, et (très) virulente, publiée par le Sun, en « accompagnement » d’un article appelant à condamner les « émeutiers de Twitter » – rien que cela. On s’y intéresse particulièrement, car elle est révélatrice d’une grande tendance : celle de la presse populaire britannique à faire d’internet LE coupable idéal (ça se passe ici, ici, ou là).
 
Dans cette tribune, donc, Mark Almond, un historien rattaché à l’université d’Oxford, tente un parallèle plutôt osé avec les fameuses révolutions arabes dont nous vous parlions – il avait déjà publié, en janvier, une analyse des révolutions arabes en ligne dans le même Sun, plutôt mesurée et pondérée.
 
Cette fois, il est nettement moins équilibré, et ne se pose qu’une seule question : comment éviter ce tels « abus », qui illustrent, selon lui, la « face cachée des réseaux sociaux » ?
 
Extraits : 
 
 « Quand des activistes pro-démocratie renversent un dictateur en utilisant les nouvelles technos comme outil d’organisation, c’est évidemment une bonne nouvelle […].


Le problème, c’est que les admirateurs des réseaux sociaux ont souvent un discours unidirectionnel : ils en parlent comme si ils n’avaient aucune face cachée.  Mais les anarchistes du Royaume-Uni n’ont rien à voir avec des dissidents qui essayent de déjouer les pièges d’une police secrète au Moyen-Orient.Twitter, ici, est utilisé pour organiser un « flashmob » proche du vol, pas une révolution. 


Contrôler ces abus de Twitter ou de SMS est très difficile […]. La police n’a pas les moyens humains d’analyser toutes nos conversations. Il va falloir que le grand public et la police travaillent main dans la main pour permettre à nos réseaux sociaux de ne pas être pervertis. »
 
  • Les réseaux sociaux ne créent pas d’émeutes. Ce sont les personnes qui le font
 
 
Jonathan Akwue, consultant en stratégies numériques et blogueur a signé, dimanche 7 août, un billet sur l’utilisation des smartphones par les jeunes émeutiers, qui a été cité (voire copié …) à plusieurs centaines de reprises dans les médias.
 
Mardi, il a publié un « follow-up », en forme de mise au point. C’est ce billet dont nous recommandons la lecture, plus nuancé, écrit à tête un peu plu reposée, sans doute : 
 
« Pour être bien clair, les messages instantanés échangés par smartphones  [les BBM] n’ont pas causé les émeutes, et n’en sont certainement pas responsables.
 
Il s’agit simplement du moyen de communication préféré d’un grand nombre de jeunes, et, comme je l’ai dit précédemment, quand des jeunes sont suffisamment en colère et organisés, le résultat peu devenir explosif. » 
 
2. L’avènement du citoyen journaliste ?

 

  • Les réseaux sociaux réagit, s’enflamme, …
 
 
Sur télérama.fr, Emmanuel Tellier a publié, mardi 9 août, un reportage prenant et captivant, récit de douze heures d’émeutes, entre lundi 8 août en fin d’après-midi et le lendemain matin. 
 
Particularité : il est exclusivement nourri de citations recueillies sur Twitter. Le résultat est vivant, et donnerait presque l’impression d’un reportage de terrain … tout en étant réalisé depuis Paris.
 
Le postulat du journaliste est le suivant : 
 
« On connaissait, depuis quelques mois, le Twitter des révolutions démocratiques (Tunisie, Egypte…) ; on vient de faire connaissance avec le Twitter des émeutes.
 
Ou comment le réseau social le plus rapide et efficace du monde est devenu, le temps d’une nuit anglaise explosive, l’incroyable caisse de résonance d’une déflagration. »
 
Dans cet article, les réseaux sont donc utilisés comme sources d’informations primaires. Le journaliste contextualise, hiérarchise, prend mille précautions pour « sourcer » le plus précisément les messages repérés en ligne. Mais il ne se déplace pas. Il forme un nouveau couple avec l’internaute qui, lui, est directement « sur le terrain ».
 
Plus conceptuel, et sans doute un peu trop idéaliste, le blogueur britannique William Booth, cité par le Guardian, voudrait voir dans cet épisode la preuve de la « valeur » du journalisme-citoyen :
 
« Les citoyens journalistes peuvent apporter une meilleure information car ils ont une connaissance locale, et la possibilité de répondre rapidement. »
 
Il livre par exemple sur son blog le compte-rendu de la journée qu’il a passée à nettoyer les rues de son quartier, « beaucoup moins détruit qu’on ne pourait le croire à la lecture des grands médias », juge-t-il.
 
  • Des tigres ont été libérés du zoo, les chars de l’armée investissent les rues !

 

Des chars déployés à Bank ? Capture d’écran d’une rumeur diffusée sur les réseaux sociaux, fausse image à l’appui
 
 
Le décryptage : Des réseaux sociaux utiles pour dénicher de l’info factuelle vérifiée ? Que nenni, s’exclame Duncan Geere, l’une des plumes de Wired.co.uk, pourtant peu susceptible de luddisme gratuit, dans un article / billet rageur publié mardi 9 août, et titré : « Twitter a diffusé plus rapidement des rumeurs que des infos vérifiées pendant les émeutes anglaises ».
 
La thèse avancée par l’auteur, à grand renfort d’exemples détaillés, est la suivante :
 
« Pour quelques journalistes postant effectivement des updates vérifiées depuis le terrain, Twitter s’est surtout révélé un incroyable maëlstrom de peur, d’incertitude, et de doute.
 
Avec, y compris, des moments de non sens absolu : cette image, qui a circulé largement, par exemple, montrant des chars de l’armée qui, soit disant, seraient sur le point d’investir le quartier [central, bourgeois, non touché par les émeutes, NDLR] de Bank … et qui n’était rien d’autre qu’une image provenant des manifestations égyptiennes !
 
A un moment, il a même été affirmé, ici [photos à l’appui, NDLR] que les émeutiers avaient attaqué le zoo de Londres, et libéré plusieurs animaux, y compris un tigre … »
 
Et le journaliste de Wired de se lancer dans … un éloge des journalistes des chaînes d’info en continu : 
 
« On a même vu un journaliste de Sky News, une chaîne qui avait peut être bien conscience d’avoir à se racheter après les scandales des écoutes, interroger de jeunes émeutiers en direct, en leur demandant : « Vous trouvez ça fun, ce que vous êtes en train de faire ? »
 
Analyse sans doute très – trop – radicale, mais qui donne naissance à un intéressant débat en commentaires.
 
> Pour aller plus loin : 

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