Logistique : la révolution de « l’Internet physique » est en marche share
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Logistique : la révolution de "l'Internet physique" est en marche

5 novembre 2014

Né au Canada, « l’Internet physique » s’inspire de la structure de l’Internet que nous connaissons tous pour refondre la supply chain ou chaîne logistique, et mutualiser les entrepôts et camions. A la clé : une optimisation des réseaux de transports, une meilleure traçabilité des marchandises et une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Eric Ballot et Benoît Montreuil, auteurs de « L’Internet physique : le réseau des réseaux des prestations logistiques » étaient invités le 4 novembre dernier à l’Assemblée Nationale pour présenter leur ouvrage. Compte-rendu.

 « L’Internet physique est un système logistique global construit à partir de l’interconnexion des réseaux logistiques, par un ensemble standardisé de protocoles de collaboration, de conteneurs modulaires et d’interfaces intelligentes pour une efficience et une durabilité accrues ».

Telle est la définition officielle de l’Internet physique, selon les deux spécialistes. Les objectifs de ce concept novateur ? Connecter et synchroniser tous les réseaux logistiques, optimiser l’envoi de matériel, répondre aux demandes-client de la manière la plus efficace possible, minimiser l’empreinte environnementale et instaurer des protocoles de routage et de traçabilité.

Autre chantier de l’Internet physique : lutter contre la mauvaise conception des conteneurs. Bien trop souvent, ces derniers ne sont pas optimisés, remplis à moitié ou peu adaptés à la manutention, d’où de nombreuses défaillances au sein de la chaîne logistique. L’Internet physique propose de rendre ces conteneurs connectés : dotés d’outils de communication, ils pourraient transférer des informations en temps réel concernant leur position, l’itinéraire à suivre ou l’état des marchandises qu’ils transportent.

Une réorganisation des flux pour des transferts beaucoup plus importants en volume

Xavier Perraudin, Président de 4S Networks, distingue trois axes de développement pour l’Internet physique. L’une des premières missions de son entreprise s’axe sur l’élaboration d’emballages logistiques réutilisables, afin d’améliorer leur traçabilité dans le circuit logistique. Comment ? Notamment en ayant recours aux tags RFID low cost, directement apposés sur du carton, destinés à transférer de l’information une fois scannés par un smartphone.

Les centres de routage collaboratifs, ou CRC, constituent également une composante importante du projet. Centres locaux de mutualisation et de collaboration inter-entreprises, ils visent à réorganiser les flux, en assurant leur regroupement par client pour les industriels et leur regroupement local pour les distributeurs. Avec un objectif clair : optimiser le remplissage des camions transporteurs de marchandises, désormais non-propriétaires et qui auront adhéré au préalable à une charte de fonctionnement.

Les entreprises seront-elles prêtes à se concerter pour mutualiser leurs transports de marchandises ? Les particuliers pourraient également être intégrés à ces flux logistiques en se faisant eux-mêmes transporteurs, par le biais d’une location d’espace disponible dans leur coffre, par exemple.

Jusqu’à 60% de réduction des émissions de CO2

Plusieurs scénarios ont été établis, suivant le degré d’intégration de l’Internet physique aux réseaux logistiques. Tous convergent vers une diminution de la charge, et donc des tonnes-kilomètres, ainsi qu’une baisse de 10 à 30% des coûts engagés. Dans le cas extrême – des flux dépourvus de stocks – les auteurs prévoient une baisse de 60% des émissions de CO2. 

Une interconnexion généralisée des différents acteurs de la chaîne logistique pourrait avoir un impact sur la réception de nos livraisons à domicile. Eric Ballot imagine ainsi que nous puissions disposer d’un fournisseur d’accès à domicile, destiné à regrouper nos livraisons selon les données fournies, ce qui ferait de nous des opérateurs de l’Internet physique. La fin de nos colis manqués ?

Une vision à long terme

L’Internet physique, en se distinguant de la logistique traditionnelle aussi bien sur le plan des envois de marchandises, des trajets, du stockage, de la gestion des capacités ou des systèmes d’information, reconsidère la supply chain à l’heure où les réseaux connaissent de nombreuses ruptures de charge. Interrogés quant aux éventuels freins à son développement, les deux auteurs sont unanimes : ces derniers seront, comme pour la plupart des nouvelles technologies, plus humains que techniques.

L’Internet physique reste néanmoins un concept obscur aux profanes de la logistique. D’où l’objectif d’Eric Ballot et Benoît Montreuil : l’introduire dans le débat public d’ici à début 2015. 

Pour retrouver la présentation de leur ouvrage, c’est par ici.

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