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« Je ressens un essoufflement sur la question de l’accessibilité »

9 novembre 2010

Une vidéo chaque semaine, et autant d’occasions pour tenter de décrypter des situations mêlant valides et handicapés dans des scènes souvent cocasses. Depuis le 6 octobre, le programme « J’en crois pas mes yeux » – ou « JCPMY », pour les intimes – propose  de répondre aux questions que les uns et les autres se posent sur le handicap, et ce dans tous les domaines possibles et imaginables : au restaurant, dans le métro, … .

Cette série de vidéos est l’œuvre de
Jérôme Adam, entrepreneur web, spécialiste des questions d’accessibilité et lui-même non voyant, auquel nous avions déjà consacré un portrait sur RSLN, et de Guillaume Buffet, spécialiste de la communication en ligne.

Trois des douze vidéos qui seront diffusées jusqu’au 23 décembre
abordent plus précisément la relation entre handicap et nouvelles technologies : comment une personne aveugle se sert-elle de son téléphone ou de son ordinateur ? Peut-elle lire les mails, les textos, un livre numérique ? Une personne valide doit-elle toujours l’aider ? Dans ce domaine également, les a priori sur les personnes handicapées sont monnaie courante.

Pourtant, et ce n’est qu’un exemple, les téléphones portables comme les ordinateurs peuvent être équipés de logiciels (synthèse vocale, agrandisseur…) qui aident malvoyants et aveugles à utiliser l’ensemble des fonctions de leurs appareils, quand, sur internet, le respect de quelques normes d’accessibilité permet à tous de lire un site web.

Les vidéos produites par le duo mettent en avant ces enjeux, à l’exemple de cette vidéo abordant l’usage du téléphone :

 



Comment est née l’idée de ce programme ? Comment est-il reçu ? Et plus généralement, où en est l’accessibilité sur internet aujourd’hui ? Voici quelques-unes des questions que nous avons posées à Jérôme Adam et Guillaume Buffet.

RSLN : Quel est l’objectif du programme « J’en crois pas mes yeux » ? Et pourquoi avez-vous choisi de le diffuser sur Internet ?


Guillaume Buffet :
JCPMY met en scène des situations du quotidien, vécues par des personnes handicapées ou valides. Son objectif, c’est d’illustrer avec beaucoup d’humour leurs rencontres et leurs expériences. Il s’agit de créer du lien en riant ensemble des maladresses des uns et des autres, mais aussi d’apporter des réponses, pour mieux communiquer, mieux se comprendre et in fine, changer les comportements.

Jérôme Adam : L’humour est un bon élément pour rassembler des personnes différentes. Plaisanter des gaffes que font les personnes valides ou handicapées est un bon moyen de dédramatiser des situations tendues.

Cette idée de réaliser des spots vidéos m’intéressait depuis une bonne dizaine d’années : il me suffisait de puiser dans certaines situations qui me sont arrivées, ou dans les récits rapportées par des personnes handicapées, pour trouver autant d’idées de scénarios.

Au tout début, je pensais à un programme court, à la télévision. Mais, en dix ans, les supports ont beaucoup évolué, et Internet présentait pas mal d’atouts pour ce projet : il permet de toucher le public, sans avoir besoin de convaincre des chaînes de télé, ni de réunir un financement très lourd.

Guillaume Buffet : Effectivement, sur le web, le message se diffuse largement et rapidement, avec un investissement faible. Mais c’est un également un terrain favorable, dans le cas de notre campagne, car j’ai l’impression qu’il y a moins de discrimination que dans la vie « réelle » …

Et puis, il y a aussi  cette possibilité de créer autour de soi une communauté, de s’entourer : ce que nous donnons aux autres, ils nous le rendent par leurs commentaires, leurs questions, leurs récits d’anecdotes. Enfin, nous avons également pu toucher des entreprises qui souhaitent s’associer à la suite de ce projet.

RSLN : « JCPMY » fonctionne-t-il bien ? Et : quelles ont été les réactions à ce programme, qu’il s’agisse de personnes valides ou handicapées ?


Guillaume Buffet :
Le succès que rencontre JCPMY dépasse largement nos attentes. En une semaine, il a été visualisé plus de 23.000 fois. C’est d’autant plus gratifiant que nous n’avons mené aucune action particulière pour faire connaître le site. Le bouche à oreille a fonctionné, via Twitter principalement. Des blogueurs s’y sont intéressés, et des journalistes ont pris le relai…

Jérôme Adam : Nous recevons de nombreux messages, souvent très chaleureux. Notre page Facebook en est la preuve. Et les commentaires sont parfois vraiment touchants.

RSLN : Où en est-on aujourd’hui en termes d’accessibilité sur le Net ? Avez-vous constaté des progrès ?

Jérôme Adam : C’est une question que je connais bien, et depuis un moment maintenant : la première entreprise que j’ai créée, en 2000, traitait déjà de ces questions d’accessibilité. Le site de JCPMY est accessible, les vidéos sont doublées d’une version audio-décrite, et sont toutes sous-titrées. Ça n’est évidemment pas le cas de tous les sites en France.

Des avancées législatives décisives ont pourtant été franchies : la loi du 11 février 2005 impose ainsi aux sites publics d’être accessibles, et le décret d’application a enfin été publié en 2009… Les cahiers des charges dans les appels d’offre publics prennent aujourd’hui en compte ces nouvelles normes. Avec une faiblesse tout de même : aucune sanction n’est prévue à l’encontre de sites qui ne respecteraient pas la loi…

En revanche, pour ce qui est des agences web, je ressens actuellement comme un essoufflement sur ces questions d’accessibilité. Une majorité d’entre elles avaient mis en place des formations à l’accessibilité. Aujourd’hui, je constate à l’inverse un certain relâchement sur ce point, comme si l’engouement pour ces questions était retombé.

Au final, je suis en fait convaincu que le changement viendra davantage des outils que des hommes. Un simple exemple : les logiciels de création ou de gestion de sites web intègrent aujourd’hui de plus en plus ces critères d’accessibilité, de manière native. C’est une manière de développer une accessibilité de fait, qui me semble aujourd’hui la plus pertinente et la plus efficace.

> Microsoft, éditeur de RSLN, soutient la campagne « J’en crois pas mes yeux »

> Visuel : capture d’écran, vidéo "Téléphone" de JCPMY

 

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