Jean-Baptiste Roger : « La bataille du design est encore largement à mener » share
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Jean-Baptiste Roger : « La bataille du design est encore largement à mener »

20 juin 2011

A l’occasion du festival Futur en Seine 2011, qui met en avant les acteurs du numérique franciliens, nous vous proposons un entretien avec Jean-Baptiste Roger, conseiller en charge du numérique à la région Ile-de-France et co-fondateur de La Cantine, pour faire un point sur la situation du design en France et de la « French Touch » à l’international.



RSLN : Quelle est la situation actuelle du design en France ? Pourquoi est-il important de soutenir cette discipline et de chercher à la développer ?

Jean-Baptiste Roger : En matière de Design, nous sommes à un moment paradoxal. Jamais sans doute le mot n’a été plus utilisé, mais dans les faits, la compréhension du design demeure floue et essentiellement comprise dans une dimension strictement esthétique qui n’est qu’un des aspects.

Le Design est pour nous une partie intégrante et initiale de la création d’un objet ou d’un service. C’est donc beaucoup plus qu’un coup de crayon demandé in extremis. Comme le dit Alain Cadix, il s’agit pour nous « d’encourager le passage de l’existant vers le préférable », et le préférable est ici vu dans toutes ses dimensions : ergonomique, esthétique, progressiste, innovant mais aussi au service d’un développement durable et soutenable pour les générations à venir.

Comme c’est également le cas pour la filière du numérique, l’Ile-de-France concentre les deux tiers des acteurs du Design en France. Acteurs économiques, écoles d’excellence parmi les plus cotées au monde, zone de croisement et d’hybridation des influences mondiales en matière de création industrielles, présence des grands salons notamment, l’Ile-de-France concentre les potentialités en la matière, et doit contribuer à développer cette discipline.

RSLN : En octobre prochain, des diplômés de l’ENSCI s’envolent à Tokyo, pour présenter des projets @ Digital Contents, avec le soutien de l’Agence Régionale de Développement.Pourquoi aller au Japon ? Quel est l’accueil reçu par les designers français là-bas ? Quel est l’objectif ?

Jean-Baptiste Roger : Dans sa politique de promotion du design, l’Agence Régionale de Développement a pris de nombreux contacts à l’étranger, et notamment dans ce pays. Le déplacement au Japon s’est fait dans le cadre de Futur en Seine. Nous avions la volonté de montrer là-bas ce que les designers français savent faire.

Les Japonais portent une grande attention aux projets français. Notre délégation avait apporté une sélection d’objets qui ont séduit. L’université de Tokyo a ainsi acheté dix robots Nao à la société Aldebaran. C’est très positif, d’autant dans un pays où la robotique est très fortement développée.

Et en preuve de cet intérêt pour la création française, les Japonais seront les invités d’honneur du village de l’innovation, pendant Futur en Seine.

RSLN : Y a-t-il d’autres projets en cours portés par le Conseil Régional pour promouvoir le design en France et à l’international ?

Jean-Baptiste Roger : Les échanges internationaux sont nombreux et fructueux : nous avons participé à une conférence à Milan, sur le design franco-italien. Nous avons également des contacts avec le Brésil, la Californie. Le but est aussi d’attirer les start-ups étrangères dans la région, et de soutenir l’installation de sociétés françaises à l’étranger.

En France, le Conseil Régional a mis en place le Lieu du Design, en octobre 2009, et finance deux autres acteurs majeurs : l’Agence Régionale de Développement (ARD) et le Centre Francilien de l’Innovation (CFI). Concrètement, la Région a par exemple financé tous les prototypes qui seront présentés à Futur en Seine. Nous travaillons à convaincre les acteurs d’Ile-de-France de présenter des projets, et nous tentons de le leur donner de la visibilité, notamment auprès du public qui doit comprendre l’intérêt du design. Pour cela, donner à voir et à toucher les produits de demain est indispensable.

RSLN : Existe-t-il encore des freins au développement de la discipline ? Quelles sont les actions restant à mener, les prochains grands chantiers du Conseil Régional pour continuer à développer le design numérique en Ile-de-France ?

Jean-Baptiste Roger : Notre priorité, à l’heure actuelle, est de continuer à « évangéliser », à convaincre tous les acteurs industriels de la nécessité de faire appel à des designers, dans toutes les phases du processus de création. Que le design n’apparaisse plus uniquement dans l’ultime phase avant la mise en production, mais qu’il en devienne le point de départ.

Tout le monde se dit d’accord avec cette idée, mais tous ne l’appliquent pas encore. Dans tous les produits, nous voulons montrer qu’il est impératif d’intégrer des designers à chaque équipe, dans chaque projet industriel. Le but final est de trouver un équilibre entre la forme et le fond, dans une démarche qualitative.

Nous encourageons donc les designers à se faire connaître, à montrer ce qu’ils savent déjà faire. Il y a dans ce domaine beaucoup de politiques publiques à imaginer : des appels à projets, des concours, des compétitions étudiantes … Par exemple, on pourrait proposer à plusieurs équipes un défi : refaire l’interface d’une application, en deux jours de compétition, sous forme de bootcamp. Nous voulons être inventifs sur cette question.

RSLN : Comment se place la France dans ce secteur à l’international ? Le pays est-il en avance ou en retard par rapport à ses voisins européens ? Des actions sont-elles menées pour faire connaître les compétences françaises à l’étranger ?

Jean-Baptiste Roger : De notre point de vue, la France est bien placée dans ce secteur. Nous possédons toutes les ressources nécessaires : des designers de niveau mondial, des étudiants formées dans des écoles très réputées. La France est un pays de culture et qui concentre des créatifs parmi les meilleurs du monde, à ce titre elle est idéalement placée. Pour autant la bataille du design est encore largement à mener. L’enjeu pour la Région est de susciter des générations de designer talentueux et visionnaires susceptibles de forcer de nouvelles portes. Le numérique rend chaque jour le monde plus fluide et plus rapide, le designer devra fixer des principes et des buts à cette fluidité.

La comparaison avec d’autres pays est délicate. Il n’y a pas de zones géographiques précises qui se dégagent vraiment, d’autant plus dans un domaine très mondialisé. On trouve des talents partout, des idées et des énergies à travers le monde. Le plus important est de se déplacer, de bouger, de s’inspirer de tout ce qui se fait à l’étranger. Il faut savoir intégrer d’autres manières de voir tout en développant une manière francilienne de faire.

Pour cela, nous sommes présents dans tous les grands salons internationaux, nous cherchons à faire venir des designers étrangers en France, et nous proposons des aides à la mobilité.

[#teaser : cet entretien est issu du prochain numéro du magazine RSLN, version papier, qui sera consacré au design numérique et sera disponible à la mi-juillet]

> Pour aller plus loin : 

> Illustration

Portrait de Jean-Baptiste Roger par Benoit Calvez

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