Jean-Christophe Lagarde : « Des recruteurs écartent des candidatures pour des raisons illégitimes » share
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Jean-Christophe Lagarde : « Des recruteurs écartent des candidatures pour des raisons illégitimes »

18 avril 2010

(photo : Marie-Lan Nguyen, licence CC, Wikimedia)

Fin novembre, Jean-Christophe Lagarde, député de la Seine-Saint-Denis, maire de Drancy et président exécutif du Nouveau Centre, déposait une proposition de loi « tendant à restreindre les immixtions des moteurs de recherche dans la vie privée » (PDF). 

Ce texte pourrait alimenter les discussions de la mission d’information sur la protection des droits de l’individu face à la révolution numérique nouvellement créée à l’Assemblée, et dont Jean-Christophe Lagarde est membre.

Dans le cadre de notre dossier sur les données personnelles et la vie privée en ligne, nous lui avons posé quelques questions.

Quel est l’objet de votre proposition de loi ?

Ma proposition de loi a pour objectif de limiter le rôle de certains services internet qui sont très intrusifs et qui posent  des questions sur la confidentialité et le respect de la vie privée. Cela vise particulièrement les sites permettant de naviguer virtuellement dans les rues de grandes villes avec une telle précision que l’on peut distinguer les plaques d’immatriculation mais aussi l’intérieur des maisons, les cours et les jardins. 

Il est incroyable qu’à partir d’une simple adresse, il soit possible d’avoir plein d’informations sur la vie des gens.  Dans ce système, on présume que la personne donne son consentement alors qu’il n’en est rien. L’espace privé ne doit pas être mis à la disposition de tous. Les individus qui sont ainsi exposés doivent pouvoir dire s’ils sont ou non d’accord.

Mais pensez-vous réellement qu’il y a un risque ?

Oui, il y a un risque car c’est une atteinte à la vie privée. Par ailleurs, c’est un système discriminatoire. Voyez ce qui se passe dans certaines entreprises : avant d’embaucher un collaborateur, les recruteurs recherchent leur passé sur les moteurs de recherche et sur les réseaux sociaux. Et parfois, ils écartent des candidatures pour des raisons parfaitement illégitimes

Avez-vous l’espoir d’être entendu et n’avez vous pas le sentiment que c’est un combat isolé ?

Non, car le débat existe aussi dans d’autres pays comme l’Allemagne, la Suisse ou le Canada. Les Allemands ont d’ailleurs obtenu des concessions de la part de certains sites internet pour flouter et/ou effacer les visages, les maisons et les plaques d’immatriculation des véhicules.

Le président de la CNIL, Alex Türk, abonde également dans notre sens [lire : Alex Türk : « Il nous faut un Kyoto des données personnelles »]  et du côté des parlementaires français, la problématique du respect de la vie privée sur Internet commence à prendre de l’ampleur. Ce n’est pas un débat marginal. Il ne faut pas rentrer dans la société de la fascination technologique sans se poser des questions.  Or certains réseaux sociaux peuvent se transformer en système fascisant car  l’individu est jeté en pâture. Il est absolument nécessaire d’avoir une réflexion sur le sujet. Car au nom de quel droit, un tiers que parfois vous ne connaissez pas, va exposer votre vie privée sur un réseau social ?

Que préconisez-vous ?

La proposition de loi stipule que les sites internet demandent  l’autorisation aux Français avant de mettre leur vie privée en image en ligne.  En cas d’infraction, les individus doivent avoir la possibilité  de poursuivre le site afin d’obtenir un droit de retrait ou une sanction car c’est une atteinte à la dignité.

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