Jun, la démocratie version digitale

8 octobre 2009

(photo : blog de José Antonio Rodríguez Salas)

C’est une ville aux faux airs de paradis. Un petit bourg à taille humaine, perché sur des coteaux plantés d’oliviers, avec les cimes de la Sierra Nevada à l’horizon et Grenade à ses pieds. Pourtant, Jun ne s’est pas contenté de prospérer tranquillement, comme d’autres banlieues satellites de la ville de l’Alhambra. Depuis dix ans, cette petite municipalité s’est transformée en modèle européen, voire mondial, en matière d’e-démocratie.

L’homme par qui cette métamorphose est arrivée, c’est José Antonio Rodríguez Salas, un quadragénaire hyperactif, au physique de jeune premier, maire de la ville depuis 1999. Dès son élection, il n’a qu’une idée en tête : garantir à ses administrés le droit à Internet pour tous. À son équipe municipale, il fixe un but à atteindre de toute urgence : optimiser l’efficacité administrative.

Deux ans plus tard à peine, en juin 2001, celui que ses administrés n’appellent déjà plus que « José Antonio » organise sa première assemblée plénière de la mairie via Internet. Les détracteurs du jeune maire crient à la propagande et au gadget. Mais les habitants de Jun adorent, suivent et participent. Dans la foulée, la mairie met en place une technologie, baptisée PoliciaNet, qui a instantanément remporté un franc succès. Ce système permet en effet aux citoyens de signaler à la police, par email et SMS, tout incident de voirie ou encore de stationnement que les autorités s’engagent à résoudre en moins de 24 heures.

En 2004, à l’occasion des élections nationales, la municipalité met en place un système de signatures électroniques à la confidentialité totalement garantie. Les habitants peuvent voter en ligne et depuis leur téléphone portable. Plus de 600 citoyens optent pour cette méthode, et le niveau de participation aux élections bat tous les records. José Antonio Rodriguez savoure sa victoire. Il a atteint son but : créer une « télédémocratie active, qui puisse garantir aux citoyens un contrôle sur l’évolution de la démocratie locale, en diminuant les intermédiaires et en augmentant l’efficacité ».

À l’écoute des administrés

Aujourd’hui, la ville de Jun s’est imposée comme une référence en matière d’e-démocratie. Elle s’est dotée d’un centre de plus de 80 ordinateurs en libre accès, et le wifi est accessible dans les moindres recoins de la ville. Les habitants peuvent consulter, sur le site de la Mairie, l’intégralité des décisions prises par l’équipe municipale. Ils ont d’ailleurs pris l’habitude de dialoguer avec les élus, qui ont l’obligation de répondre dans les 24 heures à toute pétition déposée via Internet. Chaque citoyen peut également s’abonner à un système d’alertes par SMS en choisissant parmi cinq niveaux, du niveau 1 pour les catastrophes naturelles au niveau 5 pour les dernières actualités de l’emploi dans la région.

Dans la gestion des démarches quotidiennes des habitants de la ville, les progrès sont impressionnants. À titre d’exemple, l’intégralité des dossiers médicaux des 3 500 citoyens de Jun a été numérisée et l’ordonnance électronique est devenue la norme. Résultat : la fréquentation des centres de soin a chuté de 40 % parce que les patients n’ont plus besoin de se déplacer pour un simple renouvellement de prescriptions.

Une expérience en voie d’exportation

Quelles sont les prochaines étapes en 2009 pour Jun ? D’abord, la mise en place du projet européen Global Cities Dialogue, dont le principe repose sur l’idée que les Villes ont un rôle à jouer dans la société de l’information. Proches des citoyens, réactives à leurs préoccupations, elles sont le premier maillon de l’edémocratie de demain. L’initiative promeut ainsi le dialogue entre les habitants de villes innovantes en matière de démocratie participative, comme Issy-les-Moulineaux, Milan Segrate ou encore Helsinki.

En mars dernier, José Antonio Rodríguez Salas a également reçu le prix national du meilleur blog de l’année, qui a récompensé de longues années d’efforts de dialogue et de transparence. En ligne, il affiche d’ailleurs sa grande fierté : « Nombreux sont ceux qui ont taxé notre manière de gouverner de populiste, nombreux sont ceux qui nous ont tout simplement ignorés. Mais je vous dis une chose : aujourd’hui, à Jun, nous subissons peut-être la crise économique, mais jamais nous ne connaîtrons la crise des idées. »

 

> Pour aller plus loin : tous les articles du dossier « Le temps de l’hypercitoyen » :

Le temps de l’hypercitoyen

Vers l’atomisation de l’espace public ?

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Howard Dean : « Internet est l’invention la plus bénéfique pour la démocratie depuis l’imprimerie »

Trois questions à… André Santini

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