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« Aujourd'hui, les big data sont une question de vie ou de mort pour les entreprises »

20 janvier 2014

Il est aujourd’hui difficile de parler des big data sans évoquer Kenneth Cukier : spécialiste d’économie et de relations internationales, data editor du célèbre magazine The Economist, il parcourt le monde pour donner du sens à la révolution des données.

Pionnier dans son domaine, il est devenu la référence internationale de l’impact des big data sur nos sociétés depuis la sortie de son très remarqué Big Data : a revolution that will transform how we live, work, and think, qu’il a co-signé avec Viktor Mayer-Schönberger.

Nous sommes ravis de l’accueillir, le 13 février prochain, pour une Rencontre RSLN exceptionnelle, organisée dans le cadre des Techdays Ideas 2014 au Palais des Congrès de Paris. Pour vous inscrire et venir l’écouter, rien de plus simple : rendez-vous sur cette page pour vous inscrire gratuitement.

En attendant sa venue, il nous a expliqué de quelles manières les big data transforment le monde et participent à rebattre les cartes dans le jeu de la concurrence entre les entreprises. Une révolution semblable selon lui à l’apparition d’Internet il y a une vingtaine d’années et dont les entreprises ne doivent pas manquer le coche. Explications.

RSLN : Pensez-vous que nous commençons à donner du sens au « déluge de données »?

Absolument. Nous avons toujours utilisé les données, mais jamais de manière aussi efficace. Evidemment, aujourd’hui, nous sommes submergés par ces données, mais nous avons aussi les outils pour apprendre de celles-ci. La collecte, le stockage et le traitement de ces données ont des coûts de moins de moins élevés, donc ce processus devient de plus en plus accessible.

Les big data sont utilisées par de grandes entreprises depuis longtemps maintenant, mais leur utilisation s’est progressivement démocratisée aux plus petites entreprises. 

Où en sommes-nous dans ce processus ?

Nous en sommes encore au début de l’ère des big data. De nombreuses entreprises émergent de l’utilisation des big data mais la situation est comparable à celle au moment de l’apparition de l’informatique en 1965. Aujourd’hui les entreprises et même les services publics ne peuvent pas se passer de l’informatique, qu’il s’agisse d’un bureau de poste où d’un hôpital. Les ordinateurs sont utilisés absolument partout. Les entreprises se sont réorganisées autour de ces outils, mais au début, ils étaient difficiles d’accès et leur maitrise a pris du temps. 

On en est là avec les big data. Pour l’informatique, l’appropriation a été facilitée grâce àla démocratisation des ordinateurs à partir de 1982. Pour les big data, il faudra donc attendre encore entre cinq et dix ans pour réellement voir les conséquences de cette transformation, mais il ne faut pas manquer le coche, dès aujourd’hui.

 

Peut-on parler de « révolution big data » ?

On compare souvent le déluge de données aux révolutions qu’ont été l’informatique, la presse écrite ou la révolution industrielle. Cette révolution est différente car elle recouvre des secteurs d’activité très différents. Mais il ne faut pas la craindre : le bon sens et le jugement des individus ont encore toute leur place. Un entrepreneur continuera de se demander s’il faut s’implanter sur tel ou tel marché, à tel ou tel endroit. L’instinct garde toute sa place ici. Les big data impliquent juste une plus grande rigueur dans la prise de décision.

Et le potentiel est énorme. En médecine par exemple, dans trente ans, on regardera derrière nous et on verra des changements majeurs. Aujourd’hui la médecine est vraiment centrée sur les patients pris individuellement. Nous n’utilisons pas les données de manière groupée pour en extraire des informations et les utiliser de manière intelligente. Mais il sera bientôt déraisonnable de ne pas collecter les données pour en apprendre plus.

Quels avantages ont les compagnies qui analysent et tirent profit des big data sur les autres ? Comment les données changent-elles la manière dont les entreprises envisagent les clients ? 

Disons que les entreprises qui utilisent les big data s’approprient un des éléments clefs aujourd’hui de la réussite d’un business, mais il reste à savoir s’implanter sur un marché, fixer les prix, manager les équipes, lever des fonds… Les big data sont donc un élément essentiel mais c’est ce qu’on en fait qui donne sa valeur à l’entreprise. 

Demain, elles le comprendront presque toutes et celles qui ne le feront pas seront condamnées. C’est un peu comme avec l’apparition d’Internet en 1995. Les entreprises qui n’ont pas réussi à se l’approprier ou qui l’ont négligé ont fait faillite une dizaine d’années après. Les big data sont une question de vie ou de mort pour les entreprises désormais. 

Vous avez une riche expérience de l’exploitation de ces données : quelle est l’utilisation qui vous a le plus marquée ?

J’aime beaucoup raconter l’histoire de l’entreprise Farecast créée par un ingénieur informaticien américain à l’université de Washington. Vous savez probablement que les prix des billets d’avion fluctuent beaucoup, mais il s’est rendu compte qu’il était en fait capable de prédire les prix en collectant les données sur leurs fluctuations précédentes, et qui étaient disponibles dans un fichier central accessible à tous. 

Il a pu ainsi  déterminer à quel moment il était le plus opportun d’acheter un billet d’avion et il a permis à tous les utilisateurs de son service d’économiser de l’argent. Il était arrivé au point de collecter vingt millions enregistrements de vol par an, ce qui correspond à la quasi-intégralité des vols domestiques aux Etats-Unis. Les compagnies de vol n’auraient jamais pensé que ces fichiers auraient pu être utilisés contre elle, et surtout pas par une petite start-up. La start-up a finalement été rachetée en 2009 pour cent millions de dollars car elle avait su montrer sa capacité à créer un service innovant en exploitant ces grandes masses de données.

Qu’en est-il de la vie privée ? Est-ce que l’accroissement des données collectées ne signifie pas une montée en puissance de la société de surveillance où les citoyens et les clients ne seront définis que par leurs données ? 

Je suis optimiste. La question de la surveillance est un enjeu majeur, il faut évidemment respecter la vie privée mais il faut trouver un équilibre. Je ne pense pas que les individus seront définis exclusivement par leurs données. En 1800, quand les statistiques ont été inventées, on disait déjà que ce serait le cas et pourtant ça ne l’a pas été ! Il faut éviter la dystopie qui voudrait que les gens ne soient réduits qu’à des chiffres. Mais en même temps lorsqu’on quantifie les gens et qu’on analyse leurs données, on trouve des informations très intéressantes. Je pense vraiment que les mauvais côtés de l’analyse des big data seront toujours surpassés par les bons.

Peut-on finalement dire que les big data nous permettent de prédire le futur ? 

En quelque sorte. On s’en sert déjà beaucoup pour prédire la météo ou simplement pour anticiper une recherche dans un moteur de recherche sur Internet par exemple.

En matière de police préventive également, de grands progrès ont été faits afin d’essayer de prédire les crimes avant qu’ils n’aient lieu. Autre exemple, en fonction des données qu’elles recueillent, des entreprises de transport programment désormais leur maintenance en fonction. On ne pourra jamais prédire très précisément le futur mais de manière de plus en plus juste en tout cas.

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