La France politique en ligne est-elle à deux vitesses ? share
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La France politique en ligne est-elle à deux vitesses ?

6 octobre 2011
(visuel : Ethernet Cable, par pfly, licence CC)
 
RSLN organise, mercredi 16 novembre dans l’après-midi, un après-midi d’échanges et de réflexions intitulée « Du web en politique : que nous réserve 2012 ? » – toutes les infos pour vous inscrire sont là, et le programme détaillé est à retrouver au bas de ce billet. 


Pour alimenter les débats, nous nous lançons, en amont, dans une exploration du « paysage internet politique français ». Première étape : une plongée dans les usages du web politique, à l’échelle locale. 
 
Et si, pour une fois, on décalait un peu la focale ? Et si, loin de l’analyse des campagnes web structurées à l’échelle de pays, ou de partis – bref, de grandes organisations … – on regardait un peu les effets du net sur la vie politique locale, dans une ville moyenne ?
 
Ce léger décentrage, au regard des observations traditionnelles, permet de s’intéresser à la réelle capacité d’appropriation, au sein des partis, des usages partisans du web, notamment parce que le cadre des moyens est très contraint : la section locale d’un parti politique n’a généralement pas les moyens de se payer un prestataire pour déléguer sa présence sur internet.

Cette ambition, c’est précisément celle portée par l’article « le web partisan dans une ville moyenne : une ressource d’usage limité », que le chercheur Nicolas Bué signe dans l’ouvrage « Continuerlalutte.com – les partis politiques sur le web », récemment publié aux Presses de Sciences Po, sous la direction de Fabienne Greffet.
 
Il y passe à la loupe l’utilisation d’internet par les acteurs de la vie politique de l’agglomération de Calais, une agglomération de 100.000 habitants : 
 
« L’étude d’une scène locale permet d’appréhender la pluralité des usages partisans du web et d’en esquisser la configuration, ce que la multiplicité des supports […] et des organisations au niveau national interdit pratiquement », détaille-t-il.
 
Avant de rentrer dans le vif du sujet, quelques éléments de contexte politiques, pour commencer : de 1971 à 2008, Calais a été l’une des villes qui, en France, était tenue par le Parti communiste français. Le Parti socialiste était l’un des « co-gouvernant » de la ville, au prix d’une alliance le PCF. La mairie a basculé à droite lors des élections municipales de 2008, une très grande surprise aux yeux de tous les commentateurs. 
 
Mais revenons plutôt à nos moutons internet…
 
Premier constat : l’utilité du net est encore largement discutée
 
Evidemment, l’étude de Nicolas Bué est située dans le temps – elle s’arrête, grosso modo, après les élections municipales de 2008.
 
Evidemment, les développements du web, sa pénétration toujours plus grande, peuvent rebattre quelques cartes.
 
Néanmoins, l’article de Nicolas Bué le montre bien : internet est tout sauf une priorité pour les militants locaux :
 
« Dans cette vile moyenne, internet reste une ressource de second ordre pour les acteurs partisans […]. Dans un contexte de finitude des ressources militantes, les responsables partisans favorisent généralement les formes traditionnelles de mobilisation et de propagande, qu’ils jugent plus à même qu’internet d’atteindre leur « cible » ».
 
Second constat : non, tout militant d’un parti ne peut pas devenir, en ligne, le héraut d’une campagne
 
Eh oui. Selon que vous soyez, dans un parti, en position majoritaire, ou, à l’inverse « outsider », votre incitation à utiliser les outils du net ne seront pas les mêmes : 
 
« Pour les acteurs marginaux du jeu politique local, […] il s’agit bien souvent, sinon du seul, du moins d’un des principaux moyens de communication à leur disposition. […] Les cybermilitants les plus actifs [sont] les acteurs pour qui internet constitue l’une des seules possibilités d’expression – et donc d’existence sur la scène politique locale. »
 
Concrètement, Nicolas Bué détaille comment les utilisateurs les plus actifs du net se sont révélés être … les dissidents socialistes souhaitant remettre en question « la ligne » suivie par la section locale du PS :
 
« Au-delà de la critique de la position unitaire, internet était utilisé pour constituer en réseau les socialistes qui contestaient la condition de coalisé minoritaire de leur parti. Cette mise en réseau est visible à plusieurs niveaux : dans « l’orientation  politique » des liens figurant sur les sites et blogs, mais aussi à travers l’identité des contributeurs. »
 
Internet permet alors, écrit le chercheur de « renforcer, solidifier, et rendre plus visibles » des liens entre acteurs.
 
Le constat tiré est, au final, sans appel : non, dans un parti politique, tout le monde n’est pas également incité à se saisir de l’outil internet pour militer : 
 
« A l’encontre du déterminisme technologique qui postule une égale possibilité pour chacun d’investir le web à partir des seules potentialités de l’outil, [cet article] défend l’hypothèse que les positions occupées dans la configuration partisane contraignent les acteurs dans leur recours à internet [et] que les divers coups ne sont pas également permis à tous », écrit le chercheur. 
 
Les militants d’une section locale sont « inégalement incités, inégalement disposés, inégalement compétents et se sentent inégalement autorisés à user de telle ou telle ressource » du militantisme en ligne.
 
Ces observations sont évidemment datées dans le temps, largement dépendantes d’un contexte local.
 
Néanmoins, elles permettent de dresser le tableau d’une France politique en ligne à « deux vitesses » : si, dans les partis, la mobilisation en ligne commence à être observée de près et à faire l’objet de missions dédiées – de manière internalisée ou externalisée d’ailleurs –  il reste encore énormément à faire à l’échelle locale, et les incitations à « l’entrée en ligne » restent très limitées ! 

> Et pour aller plus loin : 

– « Cher internet politique …  » : notre invitation à la rencontre du 16 novembre, intitulée Du web en politique, que nous réserve 2012 ?

– Le programme des échanges du mercredi 16 novembre :

 

RSLN - Du web en politique : que nous réserve 2012 ? 

– Tous nos articles sur le couple nouvelles technos – politique,

– Retrouvez notre enquête sur la progressive affirmation du phénomène e-démocratique, publiée en décembre 2009, mais qui reste largement d’actualité :

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