La Silicon Valley carbure aux « Cleantechs »

7 juin 2008

Au paradis de la contre-culture, elles sont devenues incontournables. Furieusement tendance, même. Aujourd´hui, les investisseurs californiens ne jurent plus que par les cleantechs – les technologies vertes, ou propres. Elles permettent de se déplacer et de se chauffer en émettant moins de CO2, de consommer nos ressources naturelles plus efficacement, d´éviter les gaspillages, de recycler les déchets. Après le mouvement hippie, puis la déferlante de l´informatique, une nouvelle révolution est en marche en Californie : une révolution technologique et écologique.
Le creuset de cette révolution écologique se trouve – cela ne surprendra personne – dans la Silicon Valley. Ces dernières années, des centaines de start-up axées sur les écotechnologies y ont vu le jour : dans l´éolien, le solaire, les transports… « Les cleantechs correspondent exactement à ce qui fait la force de la Silicon Valley : d´importants programmes de recherche, des talents scientifiques adaptés, une main d´oeuvre compétente et bien formée », estime Vinod Khosla, ancien fondateur de la société informatique Sun Microsystems et aujourd´hui l´un des investisseurs les plus influents dans ce domaine.

Les cleantechs, des capteurs de dollars

Exemple emblématique de ce mariage entre business et recherche, l´histoire de l´entreprise Synap-Sense, une start-up créée en 2006. Basée à Folsom, SynapSense a investi le marché prometteur des capteurs sans fil : de minuscules instruments qui mesurent la température, l´humidité, la pression atmosphérique, et transmettent l´information par signal radio à un ordinateur. Leur usage ? Infini. Ils peuvent réguler la température des systèmes d´air conditionné ou de chauffage, surveiller les signes vitaux d´un patient dans un hôpital ou encore vérifier le taux d´hygrométrie d´une terre afin de déclencher son arrosage au bon moment. À condition d´avoir un bon réseau sans fil, ces capteurs permettent de contrôler et de moduler à peu près toutes les technologies consommatrices d´énergie. Aujourd´hui, SynapSense est devenue l´une des entreprises les plus florissantes de la Silicon Valley.
Qui se cache derrière cette réussite ? D´abord, un businessman aguerri. Derrière son bureau de directeur du marketing d´Intel, Peter Van Deventer, bouc soigné et sourire conquérant, rêvait de créer son entreprise « verte ». Pendant ce temps, dans un laboratoire de l´Université de Californie, le professeur Raju Pandey donnait naissance à une nouvelle génération de réseaux de capteurs sans fil. En mai 2006, les deux hommes s´associent pour créer SynapSense. Le troisième homme, Corley Phillips, arrive en 2007 : il met sur la table plus d´un million de dollars. Cofondateur de la compagnie de capital-risque American River Ventures, ce financier est l´un des premiers à avoir flairé le potentiel des cleantechs. Pour lui, les réseaux de capteurs sont « the next big thing » dans l´histoire de notre révolution technologique. Il leur prédit d´ailleurs « un développement plus important que celui des téléphones mobiles ». L´histoire semble lui donner raison : deux ans après sa création, SynapSense affiche une croissance de 150 % par an. En janvier dernier, la société a même levé 11 millions de dollars.
Comme Corley Phillips, les investisseurs croient désormais dur comme fer à ce nouveau marché. D´après CleanEdge, un cabinet d´études américain, entre 2006 et 2007 les investissements dans ce secteur ont fait un bond de 70 % pour atteindre 2,7 milliards de dollars – soit 9 % du total des investissements de capital- risque aux États-Unis. Pas mal, pour un marché tout juste naissant.


Dans la Silicon valley… © Kim KULISHI/REA

Un aiguillon nommé Al Gore

Pour nombre d´observateurs, l´homme à l´origine de cette révolution n´est autre qu´Al Gore, l´ancien vice-président des États-Unis devenu le héraut de la lutte contre le réchauffement climatique. Car Al Gore n´est plus seulement l´auteur d´Une vérité qui dérange, le documentaire sur le climat qui a réveillé les consciences. Il est désormais l´un des influents associés de Kleiner, Perkins, Caufield & Byers, l´une des entreprises de capital-risque les plus réputées de la Silicon Valley. L´an dernier, il déclarait avec son enthousiasme habituel : « C´est une période fabuleuse pour la Silicon Valley. La technologie nous donnera les moyens de changer les habitudes qui provoquent la crise actuelle du climat. Alors, vous aussi, vous pouvez montrer la voie et assurer l´avenir de notre civilisation. » Autrement dit, il est temps d´investir « clean ».
Dans la foulée d´Al Gore et de John Doerr de Kleiner, Perkins Caufield & Byers, de nombreux financiers ont déclaré dans la presse que la « nouvelle vague californienne » serait celle du cleantech, donnant ainsi le tempo du marché. Les plus grands capital-risqueurs ont enfin compris que les technologies propres pouvaient rapporter gros. Et au pays du billet vert, on sait que c´est la condition de toute révolution.

 

Photo : Tehachapi, Californie, Over by Alex Maclean

> Pour aller plus loin : tous les articles du dossier "La fureur verte" :

– La fureur verte

– Mieux travailler ensemble… à distance

– Issy-les-Moulineaux modèle son visage de demain

– Les gratte-ciel se mettent au vert

– Corinne Lepage : « Les technologies de l´information ont un rôle central à jouer dans le développement durable »

– Imagine Cup : 200 000 Bill Gates en herbe au secours de la planète

– Imagine Cup : la floraison des projets français

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email