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La ville de demain : quelle place pour le numérique ? L’exemple de Barcelone

19 février 2015

A l’occasion des TechDays 2015 qui se sont déroulés début février, nous avons pu rencontrer Lluis Sanz Marco, le directeur des systèmes d’information (DSI) de la ville de Barcelone. La ville catalane est régulièrement présentée comme une référence en matière d’usage du numérique dans le paysage urbain. Etat des lieux sur ce laboratoire à ciel ouvert et ce qui pourrait bien se généraliser de plus en plus dans nos villes.

« Une ville est un système compliqué ». Ce constat dressé par Lluis Sanz Marco se révèle encore plus  lorsque l’on s’attaque à la collecte de données en milieu urbain. Et d’expliquer cette complexité :

« La ville est un ensemble d’interactions entre différents acteurs, citoyens ou entreprises. Ces interactions sont d’ordre public ou privé. Dans ce contexte, il s’agit pour la ville de Barcelone d’adopter un modèle qui soit utilisable par tout le monde. Qu’il s’agisse des entreprises, des architectes, des ingénieurs, des sociologues, etc. 
Ensuite, nous avons besoin de hiérarchiser et organiser toutes les informations, car presque toutes les interactions des citoyens revêtent une information. Nous pouvons ensuite les associer aux données publiques que nous avons déjà depuis longtemps, à savoir les données cartographiques ou différentes analyses statistiques ».

L’ambition de l’intégration du numérique au cœur de Barcelone, c’est de rendre les informations accessibles à tous et de faciliter leur compréhension. Lluis Sanz Marco s’amuse également que parmi les utilisateurs et consommateurs de ces informations, les journalistes figurent en bonne place : « ils ne veulent pas des éléments préparés, non. Ils souhaitent des données « fraiches » pour les mettre en comparaison avec d’autres villes, par exemple ». Une appropriation supplémentaire qui ravit la municipalité catalane, notamment quand la ville se classe comme la meilleure élève européenne en temps d’attente des transports en commun.

Le numérique, mais pour quoi faire ?

L’utilisation de dispositifs numériques trouve son point de départ en septembre 2011, lorsque la municipalité adopte le projet « Barcelone, une ville pour ses habitants ». Ce projet novateur prévoit des initiatives en matière d’open data (374 jeux de données ouverts à ce jour) ; de ville durable (mobilité verte, éclairage intelligent, énergie renouvelable) ; d’innovation sociale (création d’une trentaine de FabLabs et autres espaces d’innovation ouverts aux citoyens) ; d’association entre universités, centres de recherches et partenaires privés ; d’utilisation des nouvelles technologies pour fournir des services publics de meilleure qualité et plus souples dans leur utilisation. Ce projet – et sa réalisation – valurent d’ailleurs en 2014 à la ville le titre de capitale européenne de l’innovation, décerné par la Commission Européenne.

La municipalité de Barcelone a particulièrement mis l’accent sur les problématiques de mobilité. Fluidification du trafic, mais aussi économies de temps et d’argent pour les particuliers et les entreprises sont des buts clairement affichés :

« Les informations ont de la valeur, notamment économique. Cependant, pour les questions de mobilité, on ne peut pas se reposer sur des statistiques figées. On a besoin de données « fraiches » actualisées en temps réel : dans combien de temps arrive un bus à un arrêt donné, combien reste-t-il de vélos publics à un emplacement donné. Les gains proposés ne sont pas seulement économiques : des projets sociaux sont en train d’être mis en place, notamment à destination des personnes isolées ».

Ces données sont également très utiles pour les services délivrés par la municipalité, comme la collecte des ordures ménagères : « les datas d’une ville permettent une planification des services, publics ou privés ». Lluis Sanz Marco nous raconte le cas d’une des premières applications développées, et très populaire à Barcelone, qui permet de trouver en temps réel les prix les plus bas des stations d’essence. Il ne s’agit pas d’un service venant de la municipalité, mais les informations nécessaires sont rendues disponibles à ceux qui souhaitent créer un service avec.

Le but final de cette ville connectée ? Une efficacité accrue, pour les services municipaux bien sûr (éclairage public, ordures, transports, services de maintenance, etc.), mais pas seulement. En mettant à disposition tout un ensemble d’informations et en les mettant en relation, il s’agit d’obtenir une image globale de la ville, plus fidèle aux usages des concitoyens et donc plus adaptable et évolutive demain.

Et les citoyens dans tout ça ?

Quelle est leur place dans la mise en place d’un tel dispositif : sont-ils consultés ? Sont-ils écoutés ? S’approprient-ils les données ? Des interrogations que Carlo Ratti, architecte-ingénieur au MIT, se posait lors de notre débat sur la ville intelligente : « En tant que tel, le big data est généralement mobilisé de manière top-down (verticalement), dans l’intérêt d’un bilan économique ou politique… Doit-il être comme ça ? Peut-on imaginer un cadre « bottom-up », (du bas vers le haut) ? Est-ce que le Big Data peut se répandre comme une contagion sociale virale ? »

De son côté, Lluis Sanz Marco nous explique que la municipalité a commencé par « proposer davantage d’efficacité pour de meilleurs services » aux citoyens. Face à cette mise à disposition de données, l’exigence des citoyens pour une meilleure transparence du management public s’est accrue. Et cette exigence passe pour la municipalité par deux objectifs : la mise en place de projets visibles pour les citoyens, par exemple en matière de mobilité, et la création d’une confiance réciproque, socle de l’appropriation du service. Le respect de la vie privée des utilisateurs fait également partie intégrante de cette recherche de confiance.

Demain, tous capteurs ?

L’un des principaux freins de la ville sensible reste la récolte de données. Or, les avoir en temps réel nécessite des capteurs. Et parce qu’il est difficilement envisageable de couvrir l’ensemble d’une ville des différents capteurs, des pistes sont aujourd’hui évoquées : mettre à contribution les citoyens pour qu’ils « deviennent » des capteurs. A travers leur smartphone, on pense par exemple à leurs données de géolocalisation pour ce qui est inhérent au trafic routier, mais cela pourra être à l’avenir d’autres données, puisque nos smartphones incluront à l’avenir davantage de capteurs (baromètre, accéléromètre, etc.).

La question de l’anonymisation des données n’échappe pas à Lluis Sanz Marco : « Le problème aujourd’hui, c’est d’avoir la possibilité d’un envoi anonyme et sécurisé des données. Si c’est possible, plus besoin d’installer des capteurs, puisque tout sera dans les smartphones des citoyens ». Bienvenue dans la ville de demain.

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