La « zone grise » de l'Open data

10 août 2011

(illustration : Where’s your oyster card?, shavawnmarie, flickr, licence CC)

A l’heure de la mise en place des politiques d’Open data et de la libération des données publiques, les pouvoirs publics oscilleraient entre deux positions : d’un côté, la volonté de tenir leurs promesses d’ouverture avec la libération des données publiques et de l’autre, leur devoir de protéger les données personnelles et privées.

C’est en tout cas ce qu’explique Kulveer Ranger, « directeur digital » de la ville de Londres, sur le site de Wired UK.

« Les gens ont toujours été inquiets de ce que les grandes sociétés allaient savoir d’eux ou faire avec leurs données s’ils leur donnaient. Les institutions répondaient en disant qu’elles ne feraient rien de ces données. Qu’elles les enfermeraient et en jetteraient la clé. Qu’elles protègeraient les données.

Mais maintenant les gens demandent la libération des données free my data » en anglais dont vous avions déjà parlé] et les institutions sont perplexes parce qu’elles avaient promis de protéger ces données. »

Pour illustrer son propos, il prend pour exemple les cartes Oyster, les cartes de transport londoniennes, sur lesquelles il a travaillé : à l’époque de la création de ces cartes, au début des années 2000, la principale préoccupation de l’opinion publique était de savoir si la société de transports allait pouvoir suivre en direct les trajets des utilisateurs et surtout si ces données allaient être protégées.

Dix ans après, les préoccupations ont apparemment bien changé :

« Maintenant les gens veulent avoir accès et pouvoir voir ces données. [La société de transport] doit reconsidérer ce qu’elle pensait être la meilleure chose à faire [ndlr : protéger les données] et s’adapter à ces nouvelles demandes. »

Il n’est pas pour autant question de remettre en cause la politique de libération des données, qu’il appelle de ses vœux et qu’il juge bénéfique, car amenant plus de transparence, et de toute manière « inévitable ».

Ce que Kulveer Ranger veut par contre mettre en évidence, c’est un possible « revers de la médaille » : les individus devront alors pouvoir faire le choix de rendre leurs données disponibles et, s’ils le font, devront assumer le risque et les responsabilités que cela peut impliquer.

Pour autant, l’open data ne signifie pas la fin de la vie privée, comme nous le rappelait Nigel Shadbolt :

« Un […] point clé du mouvement de l’open data est qu’il ne vise pas à abolir la vie privée : la liberté d’information n’implique pas que toutes les informations doivent être disponibles, ni que la sphère privée n’existe plus. La démarche de l’open data […] ne signifie, en aucune manière, la fin de la vie privée. »

La question qui se pose au fond, reste toujours la même : quelles données publier et de quelle manière ?

Si la réponse est en théorie simple – publier toutes les données publiques à l’exception des données nominatives qui relèvent de la vie privée et de la sécurité – sa mise en application est beaucoup plus complexe.

De nombreuses données sont à la frontière entre public et privé, d’autres peuvent être anonymes et publiques mais présenter des risques potentiels, à l’image des plans de conduites de gaz.

Peut-être plus complexe encore, se pose la question économique : le 27 mai dernier, une publication au Journal officiel indiquait que les données libérées par l’Etat français seront gratuites, les administrations voulant faire payer une redevance pour la réutilisation des données devant le justifier spécifiquement.

C’est cette tension économique qui s’est invitée dans les débats de l’émission Place de la Toile sur France Culture, avec justement un exemple révélateur : le site du SHOM – le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine, un un établissement public – publie sur son site des données relatives aux horaires des marées.

Ces données étaient réutilisées gratuitement sur un site d’informations locales qui informait les vacanciers et les riverains. Jusqu’au jour où le SHOM a demandé directement au créateur du site, de payer pour ces données… publiques, arguant que leurs serveurs étaient saturés.

Les explications, qui sont à écouter ici puis dans un droit de réponse accordé au SHOM, sont intéressantes car elles mettent en avant un important décalage entre l’ambition de la politique d’ouverture des données et sa faisabilité pratique, ici au niveau économique : rendre disponible gratuitement des données réutilisables par tous n’est pas une simple formalité et nécessite des aménagements, bien souvent au cas par cas.

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