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Lance Weiler : le transmedia et le storytelling comme outils d'apprentissage

6 avril 2015

Réalisateur, producteur, professeur à Columbia et membre de l’Institut de recherche sur le futur du film de l’Université de New York (NYU), Lance Weiler se définit comme un « storyteller ». Son métier ? Créer des contenus narratifs transmedia pour éduquer et inspirer, à l’image de Pandemic, présenté au festival Sundance en 2011 ou Body/ Mind/ Change, réalisé en collaboration avec David Cronenberg. Nous l’avons interrogé à l’approche d’un événement dont il est le fondateur, Learn Do Share, qui aura lieu à l’ESCP Europe (Paris) du 9 au 11 avril.

Regards sur le Numérique : Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

Lance Weiler : Je travaille en ce moment sur un jeu autour de l’Internet des objets et des jouets connectés. Nous avons élaboré une histoire interactive afin de faire percevoir les enjeux de telles technologies au grand public. Cela fait deux ans que l’on travaille sur ce projet, qui devrait sortir en partenariat avec Penguin Books. Le credo : « Learn, inspire, entertain ».

En tant que membre fondateur et directeur du Digital Story Lab à l’Université de Columbia, j’encadre l’expérimentation de nouvelles formes et fonctions du storytelling, notamment autour d’un projet appelé Sherlock Holmes et l’Internet des objets. Ce dernier se penche sur les notions de droit d’auteur, de propriété et de vie privée à l’heure de l’Internet des objets, et la façon dont elles peuvent être remodelées au quotidien. Je suis persuadé que ce genre d’histoires narratives permettra de clarifier la vision grand public des nouvelles technologies émergentes… et d’inciter les gens à devenir davantage acteurs du monde fortement imprégné par le numérique dans lequel ils vivent désormais.  

Je mène enfin un certain nombre de projets de recherche et développement au sein de différentes communautés et villes. Il s’agit de trouver des façons intéressantes d’utiliser les données et de créer des environnements de design collaboratifs, pour tous types de milieux sociaux et parcours, en s’appuyant sur le processus narratif, le design thinking et les nouvelles technologies… Ce qui s’apparente assez à ce que l’on fait à l’occasion de Learn Do Share. Nous faisons collaborer des personnes aussi bien lycéennes que retraitées, des architectes, des ingénieurs, storytellers, game designers, UX interactive designer, artistes, scientifiques, ou encore jeunes élèves. 

Learn Do Share : l’open innovation, le design thinking et les nouvelles écritures numériques à l’honneur

RSLN : Ces espaces de collaboration accueillent-ils le même type de public que celui auquel s’adresse Learn Do Share ?

Lance Weiler : Oui, exactement. Learn Do share est un événement gratuit, ouvert à tous. Il s’agit de faire découvrir en 3 jours le pouvoir du storytelling et les nouvelles formes de narration existantes, notamment grâce aux outils numériques.  Le fruit des collaborations du public qu’il accueille est par la suite publié et consultable sur Internet sous la forme de Creative Commons. Cela fait 7 ans que nous créons ce type d’environnement social créatif à travers le monde. L’édition parisienne sera cette année centrée autour des enjeux de la ville et du développement durable, avec un challenge très ambitieux : réfléchir aux moyens de parvenir à recycler 80% des matériaux utilisés dans la ville. 

Cette réflexion sera au croisement du hackaton et du think tank pour s’attaquer à une problématique sociale et intégrer les nouvelles formes de narration dans le champ de l’économie sociale et solidaire.

RSLN : Votre événement met en valeur la collaboration et le partage, notamment par le biais d’outils numériques. Pourriez-vous nous en donner quelques exemples ?

Lance Weiler : Il en existe un grand nombre ! Généralement, ils servent à fluidifier la communication entre les collaborateurs, avec leurs modalités propres : certains se concentrent sur la messagerie, d’autres sur l’organisation, sur l’histoire ou encore l’apprentissage… ou se basent sur une combinaison de ces éléments. Slack me semble être un bon outil de messagerie collaborative, et va dans le sens d’une organisation moins pyramidale au sein des organisations. Basecamp, qui existe depuis un moment, simplifie grandement la gestion de projet et permet de suivre leur organisation au plus près. Plus récemment, un autre outil a vu le jour : Meerkat, qui sert à créer des vidéos live à partir d’un téléphone. Nous créons également, en partenariat avec Freedom Lab, des méthodes et outils, analogiques ou numériques, qui favorisent ce genre de collaboration.

L’open innovation et le design thinking font partie des méthodes et outils mis en avant lors de votre événement. Auriez-vous des modèles en la matière ?

Lance Weiler : Il y a à peu près deux ans, j’ai été particulièrement marqué par un livre désormais intégralement accessible en ligne : « Open Design Now », par Bas van Abeln, Roel Klaassen, Lucas Evers et Peter Troxler. Il me semble essentiel pour avoir un aperçu du futur du design et de la société actuelle. Je suis également de près un grand nombre de projets de storytelling qui concernent des domaines auxquels on ne s’attend pas. Columbia a par exemple ouvert récemment un programme de « médecine narrative » spécialement conçu pour les hôpitaux, et censé améliorer la prise en charge des patients au sein de ces institutions, ainsi que leur communication avec les soignants.  Un mélange d’analogique et d’outils numériques qui fonctionne plutôt bien apparemment. 

Cinéma et nouvelles technologies

RSLN : Vous êtes membre du Cinema Research Institute think tank on the future of film de l’Université de New York. Quel futur envisagez-vous pour le cinéma et quelle place accorder au transmedia ? 

Lance Weiler : L’aspect le plus excitant de l’évolution à venir du cinéma réside selon moi dans la façon dont les technologies émergentes pourront influencer la façon dont nous faisons des films. Et notamment du côté du public : le fait de permettre à des gens extérieurs à l’industrie cinématographique de s’impliquer dans de tels projets créatifs me passionne. 

J’ai d’ailleurs plusieurs fois utilisé cette mécanique, qui a à la fois trait à un design très local mais aussi à des influences globales, notamment à l’occasion d’un projet présenté à Sundance : Pandemic, en 2011, à propos de deux enfants face à une mystérieuse maladie du sommeil de leur mère. Avec Cronenberg également, quand nous avons fait « Body mind change », une merveilleuse expérience à mes yeux. Il s’agit à chaque fois de créer un objet narratif significatif, de faire voyager les spectateurs mais aussi de leur donner un impact sur le déroulement de l’histoire.   

Ce en quoi le futur du cinéma est intéressant, c’est le fait de transformer des lieux habituels tels que les salles de cinéma en espaces sociaux propices à la collaboration. Je constate un nombre grandissant de personnes qui valorisent les interactions physiques et seraient enthousiasmées par de tels lieux. Il suffit de regarder le succès des « secret cinemas » au Royaume-Uni, ces salles dans lesquelles on se rend sans savoir quel film sera projeté.

RSLN : Quels pays sont le plus avance par rapport à l’intégration de nouvelles technologies dans le milieu cinématographique ?

Lance Weiler : Un grand nombre de projets intéressants sont actuellement en cours en Amérique du Nord, notamment au Canada, au MIT Media Lab, ou à Columbia. Sundance et Tribeca sont évidemment des exemples de festivals particulièrement pertinents lorsqu’il s’agit d’explorer de nouvelles formes de cinéma. L’Australie compte également de très bons spécialistes à ce sujet. En ce qui concerne l’Europe, une communauté très puissante désormais, « Power to the Pixel », se charge de soutenir la création, le financement et la distribution de projets cross-media. Ce qui est merveilleux, c’est en tout cas que le mouvement se diffuse désormais au monde entier. 

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