Laure Lucchesi : « A Etalab, nous assurons une mission de service public en mode start-up ! » share
back to to

Laure Lucchesi : « A Etalab, nous assurons une mission de service public en mode start-up ! »

Portrait 8 juin 2016
Adjointe depuis 2013 et récemment nommée cheffe de la mission, Laure Lucchesi dirige la mission Etalab, qui coordonne notamment la politique d’ouverture et de partage des données publiques, au sein du SGMAP et sous l’autorité du Premier ministre. Et pourtant, rien ne la prédestinait à travailler dans un domaine aussi technique que celui de la data – ni dans l’administration d’ailleurs. A l’occasion du Forum Jeunes Femmes et Numérique, RSLN l’a rencontrée.

« J’ai toujours eu envie d’être là où les choses se passent », dit-elle, comme pour expliquer la diversité de son parcours : après des études de commerce à HEC, Laure Lucchesi part en Californie travailler dans le secteur des médias et de l’entertainment. « C’était au début des années 2000, à l’époque où cette industrie a commencé à se digitaliser : ce fut l’un des tous premiers secteurs rapidement impactés par le numérique. »

Aux Etats-Unis, Laure Lucchesi sent le vent venir. Elle s’appuie alors au départ sur son expérience dans le milieu de l’audiovisuel pour conduire des projets d’innovation et de transformation numérique au sein de grandes entreprises, ce qu’elle fera pendant huit ans en France, mais aussi en Inde, en Afrique du Sud ou encore au Moyen-Orient. En 2013, s’ensuivent trois mois de réflexion, pendant lesquels elle fait le point. « J’avais envie d’aller vers un modèle plus agile, je pensais plutôt rejoindre une start-up », confie-t-elle.

mur de post it

Mur de post-it. Etalab - DR

C’est Henri Verdier qui lui met le pied à l’étrier : alors directeur d’Etalab, il lui propose de rejoindre la structure qui à l’époque fonctionne comme « une sorte de start-up dans l’Etat », d’après celui qui est désormais Directeur interministériel du numérique et du système d’information de l’Etat, adjoint à la secrétaire générale pour la modernisation de l’action publique et administrateur général des données.

La mission Etalab en trois volets

Minuscule structure – une vingtaine de personnes– au sein des services du Premier ministre, la mission Etalab est notamment chargée de coordonner la politique d’open data, qui vise plusieurs objectifs. Le premier étant de partager la multitude de données produites par les services informatiques de l’Etat « le plus abondamment possible, afin de créer des externalités et de donner au citoyen du pouvoir d’agir ».

Un souci de transparence et de co-construction auquel est associée la société civile, que ce soient les citoyens ou les start-up – avec lesquelles  Etalab interagit fortement :

« Ce sont elles, entre autres, qui vont croiser les données plus largement que ce que nous faisons déjà, et pour proposer des mises en forme originales et inédites. Comme par exemple Handimap ou Accessible, qui ont conçu des services innovants et complémentaires au service public à destination des personnes en situation de handicap. »

laure-lucchesi-hackathon

Hackathon Etalab - DR

Par ailleurs, la politique d’open data permet également de renforcer l’efficacité administrative « Il y a un enjeu majeur de modernisation de l’action publique, précise Laure Lucchesi. Grâce à la plateforme d’open data data.gouv.fr, les données circulent mieux entre administrations : un ministère peut plus aisément utiliser des données produites par un autre ministère, mieux bâtir et piloter la politique publique qu’il conduit, et remplir plus efficacement ses missions. »

« Servir l’intérêt général »

La mission Etalab, le croisement des données, l’équipe qui l’entoure… Tout ceci, Laure Lucchesi en parle avec passion, doublée du plaisir de « servir l’intérêt général ». « On assure une vraie mission de service public, en ayant attiré dans l’administration des talents et des profils nouveaux et variés », précise-t-elle.

« On assure une vraie mission de service public, en ayant attiré dans l’administration des talents et des profils nouveaux et variés. »

0 share

Des personnes de tous horizons – codeurs et informaticiens, spécialistes de la cartographie, mais aussi des gens venus des sciences sociales ou encore des data scientists. Les qualités communes de ces derniers sont notamment de savoir faire preuve de pragmatisme et d’une « curiosité d’esprit », pour être capables de manipuler des distributions complètes de données, de percevoir des signaux faibles parmi celles-ci, afin d’en tirer de quoi changer l’action publique en profondeur.

« De l’innovation ouverte, pour inventer de nouveaux services et identifier des pistes d’amélioration », dit encore Laure Lucchesi, qui se félicite de l’ouverture, lors d’un hackaton de deux jours début avril, du code source du calculateur des impôts.

L’open data, « nouvelle frontière de la révolution numérique »

« La donnée est l’une des nouvelles frontières de la révolution numérique, affirme Laure Lucchesi. Il y a cinq ans déjà, lorsque je travaillais en conseil auprès de grandes entreprises, le big data était une question émergente. Qu’il s’agisse d’ouvrir les données qui peuvent être partagées, ou de favoriser leur utilisation par les acteurs publics pour qu’ils conduisent encore mieux leurs missions, nous contribuons à dynamiser l’action publique. » Elle qui aime être au cœur de la transformation, apprécie particulièrement cette position « un peu avant-gardiste » :

« Nous avons une position assez inédite, qui allie des liens avec les administrations françaises, des échanges avec nos homologues internationaux et une interaction continue avec l’écosystème numérique. Il y a à la fois un rôle prospectif, une action de coordination interministérielle et un volet opérationnel et de mise en œuvre. »

Une position qui contribue, par ricochet, à faire émerger de nouveaux modes de pensée au sein de l’administration. « Nos actions comportent une part de changement culturel, mais c’est ça qui créé la richesse ! », conclut-elle avec enthousiasme.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email