Politique et réseaux sociaux : « A force de vouloir rentrer dans 140 caractères, on peut perdre en spontanéité » (Laurent Grandguillaume) share
back to to

Politique et réseaux sociaux : « A force de vouloir rentrer dans 140 caractères, on peut perdre en spontanéité » (Laurent Grandguillaume)

Rencontre 6 septembre 2016
Que font donc les élus sur les réseaux sociaux ? Comment s’approprient-ils les différentes plateformes ? Les réseaux sont-ils de simples outils de communication ou des lieux de véritables échanges et de débats ? Ces derniers ont-ils un impact dans leur travail quotidien, que ce soit dans leurs relations avec les citoyens ou les médias ? RSLN a rencontré Laurent Grandguillaume, député de la Côte d'Or (PS).
Laurent Grandguillaume évoque son usage des réseaux sociaux et ce que ça change à la politique.

Comment avez-vous découvert les réseaux sociaux ? Sur quels réseaux êtes-vous présent ?

Comme la plupart des personnes, par le bouche-à-oreille. Je me suis inscrit sur Facebook dès son lancement en France, en 2007. Aujourd’hui, j’y ai un compte et une page.

J’ai mis plus de temps à me mettre à Twitter, parce qu’au départ je ne voyais pas trop l’intérêt, je trouvais que cela faisait redite avec ce que je postais sur Facebook. J’ai commencé à en voir de bons usages à l’époque du Printemps arabe, mais aussi pour tout ce qui est partage de positions, d’opinions.

J’utilise aussi LinkedIn. Et j’ai également un blog et un compte Whatsapp, pour ma communication personnelle, avec mes proches. Quant à Instagram et Snapchat, j’ai essayé, pour voir, mais je n’ai pas trouvé d’usage qui me serve dans mon activité, et ça ne m’a pas plus intéressé que cela.

Quel réseau social préférez-vous ? Pourquoi ?

Définitivement Facebook, par rapport aux interactions que l’on peut avoir avec nos administrés : que cela prenne la forme d’échanges cordiaux ou de débats enflammés, c’est totalement interactif et surtout immédiat. De plus, on a toute la place pour écrire, il n’y a pas la limite de 140 caractères comme sur Twitter…

Le matin, vous êtes plutôt radio, média en ligne ou réseaux sociaux ?

Les trois à la fois. J’écoute la radio, notamment France Info, je lis la presse en ligne – Le Monde principalement. Et je consulte aussi mon fil Twitter, plutôt sur smartphone que sur ordinateur.

Quelle est votre utilisation des réseaux sociaux ? Personnelle ? Professionnelle ?

J’ai une double utilisation des réseaux, à la fois personnelle et professionnelle, mais pas dans les mêmes proportions : je dirais 80% de professionnel contre 20% d’usage personnel.

Gérez-vous vos comptes « publics » tout seul ou êtes-vous accompagné ? Si oui, comment parvenez-vous à harmoniser le ton entre votre compte personnel et les comptes gérés par votre équipe ?

« Quand je partage une information, je le fais en y donnant un sens, sinon je m’exprime en mon nom propre. »

72 share

Il n’y a que moi qui poste, du coup l’harmonisation se fait très naturellement. Ce qui peut créer des difficultés : je pense notamment au moment où j’ai été médiateur dans le dossier du conflit entre taxis et VTC, j’avais une centaine de notifications Twitter par jour, ce qui peut devenir compliqué à gérer. Cela veut surtout dire que ça limite les possibilités : je ne peux clairement pas passer ma vie dessus.

Plus généralement, le fait de tout gérer seul est un choix : je me dis que ce qui intéresse les gens sur les réseaux, c’est davantage une position, une expression de la personne, plutôt que d’avoir des liens Internet qui renvoient sur ce que fait la personne à un instant T, comme dire ceci ou cela dans une émission politique, qui sera de toute façon repris par la suite.

Quand j’ai envie de partager une information, je le fais en y donnant un sens, ou alors je retweete, sinon je m’exprime en mon nom propre.

Pour ce qui est de mon blog, j’écris lorsque j’en ai envie, et je poste directement. En revanche, j’ai également un site institutionnel qui génère une newsletter, dont je ne m’occupe pas, c’est la seule chose que je délègue.

Laurent Grandguillaume. Laurent Grandguillaume via Flickr (DR)

Répondez-vous aux messages ou commentaires qui vous sont adressés ?

Oui, mais pas à tous car, comme je vous le disais, je suis seul à gérer mes comptes sur les réseaux sociaux ainsi que mon blog. J’essaie de répondre aux commentaires et messages au fur et à mesure, entre deux rendez-vous ou événements par exemple. En revanche, je lis tout ce qui m’est adressé.

Beaucoup de personnalités politiques ont fait savoir qu’elles avaient du mal à supporter la violence de certains messages ou commentaires qui leur étaient adressés sur les réseaux. Avez-vous déjà été confronté à cela ? Le cas échéant, comment avez-vous réagi ?

Justement, pendant la médiation entre les VTC et les taxis, je me suis fait pas mal insulter, notamment par des « trolls ». J’en ai bloqué une bonne partie, et après, ça s’est calmé. Avant d’en arriver à cette extrémité, j’ai voulu engager le dialogue, mais ça n’est pas possible quand on est face à des discours du type « tous pourris », ou qui défendent les théories du complot…

Entre insultes et menaces, on finit par se construire une carapace, on éteint le portable et on attend le lendemain. Je dirais même plus : quand on exerce une fonction politique, c’est normal voire conseillé de s’endurcir, car on en prend vraiment « plein la gueule » !

Avez-vous un souvenir de « fail » mémorable ?

Je relis bien chaque tweet, chaque post avant d’appuyer sur « envoyer », donc il n’y a pas de fail dont je puisse me souvenir… En revanche, je me souviens du DM fail d’Eric Besson, ça m’a fait sourire mais ça ne va pas plus loin !

Peut-être parfois une faute qui passe, quand le correcteur orthographique fait des siennes, ça peut arriver ! Si c’est le cas, je modifie mon post si c’est sur Facebook, si c’est sur Twitter, j’efface et réécris si je m’en rends compte tout de suite, sinon je laisse passer, surtout s’il y a déjà eu des interactions.

Pensez-vous que la démocratisation des réseaux sociaux a un impact sur le débat politique ? Il est fréquent d’entendre que cela favorise des stratégies de « petites phrases », au détriment du fond…

« Pendant une session parlementaire, les gens peuvent m’interpeller sur un point précis. »

72 share

Je pense que le vrai problème, c’est la médiatisation en général. Les médias parleront de celui qui va faire le bon tweet, la bonne phrase, donc il se croira forcément un peu plus influent que ses confrères… Mais c’est éphémère. Et je crois que les citoyens s’en fichent un peu, au fond.

En revanche, la démocratisation est une bonne chose du point de vue des citoyens, car ça leur fait un lien beaucoup plus direct avec nous : par exemple, pendant une session parlementaire, les gens peuvent m’interpeller en direct sur un point précis.

Cela étant, le numérique peut aussi rétrécir l’imaginaire : à force de vouloir rentrer dans 140 caractères, cela réduit les possibilités de communiquer de façon spontanée. D’autre part, ne pas avoir les bons codes pour communiquer sur ces réseaux peut également être un frein.

Au final, pensez-vous que les réseaux ont modifié votre rapport au citoyen dans le cadre de vos fonctions ? Et si oui, en quel sens ?

Cela enrichit mon travail, dans la mesure où je peux entrer en contact avec des personnes que je ne rencontrerais pas autrement, des gens qui ne prendraient pas forcément rendez-vous avec moi mais qui, en revanche, n’hésitent pas à m’interpeller sur les réseaux à propos de tel ou tel sujet.

Cela permet aussi de communiquer sur des projets qui n’ont pas beaucoup d’écho dans les médias. Par exemple, j’ai défendu, avec plusieurs autres députés, un projet de loi d’expérimentation pour des territoires zéro chômage de longue durée, avec très peu de soutiens au départ. Je me suis beaucoup servi des réseaux sociaux pour communiquer et trouver des personnes pour nous soutenir afin de pouvoir avancer sur le dossier. Twitter et Facebook m’ont permis de toucher des gens directement concernés par le sujet, que nous avons pu embarquer par la suite !

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email