L’auto-édition est-elle une alternative aux éditeurs traditionnels ? share
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L'auto-édition est-elle une alternative aux éditeurs traditionnels ?

3 janvier 2014

Loin d’avoir tué l’industrie du livre, le numérique lui offre une nouvelle jeunesse et lui permet d’aller à la rencontre de nouveaux lecteurs, notamment sur tablettes. Mais ce type de transition ne se fait pas sans mal et le secteur rencontre de nombreux bouleversements qui concernent évidemment le lectorat, mais aussi les auteurs et les éditeurs.

Un modèle de contenu plutôt qu’un modèle de diffusion

Lulu.comSmashwords, Lightning House… depuis plusieurs années, les plateformes d’auto-publication ont fleuri sur Internet. Elles permettent aux auteurs de mettre directement en vente leurs ouvrages sans passer par une maison d’édition. Un modèle qui rencontre un franc succès partout dans le monde, comme en Europe par exemple où une étude de la plateforme Books on Demand (BoD) révèle que les auteurs auto-édités sont passés de 3000 en 2003 à 25000 en l’espace de 10 ans. 

Le marché nord-américain se porte également très bien. Selon Actualitté, aux Etats-Unis, 20 des 100 meilleures ventes de livres numériques en 2013 sont issues de l’auto-édition.  Au Canada, le site nous rapporte que ce sont plusieurs centaines de milliers de livres qui ont été auto-publiés en 2013 contre 30 à 40 000 par les maisons d’édition traditionnelles. En France aussi des auteurs se font remarquer à l’image d’Agnès Martin-Lugand qui a auto-publié le très populaire « Les gens heureux lisent et boivent du café », après que celui-ci ait été refusé par 4 maisons d’édition. 

Forte de son succès, elle a ensuite signé un contrat avec les éditions Michel Lafon et a vendu son ouvrage à près de 75 000 exemplaires en version papier.

Si la pratique a séduit de nombreux auteurs, elle ne concerne pas seulement ceux en mal d’éditeurs. Ils sont nombreux à faire aujourd’hui ce choix par souci d’indépendance afin de valoriser davantage le contenu que la diffusion.

L’auto-édition, un « incubateur à nouveaux talents » ?

La pratique s’est donc imposée au sein du marché et a même pris ses quartiers à la foire du livre de Francfort. Une apparition accueillie avec un certain enthousiasme par certains professionnels du secteur. Lors de l’événement, Jean-Daniel Belfont, directeur des Editions de l’Archipel déclarait ainsi sur France Culture :

« C’est un vivier puisque notre métier c’est de rechercher les bons livres partout où ils se trouvent alors ce serait stupide de ne pas tenir compte de ces auteurs auto-édités. »

Et pour cause, les éditeurs ont un intérêt certain à laisse l’auto-édition se développer. Une fois les auteurs couronnés de succès sur le web identifiés, ils peuvent leur proposer des contrats en s’assurant un lectorat solide et une audience élargie. Une manière d’externaliser l’identification des potentiels auteurs à succès.

Mais le phénomène mérite d’être relativisé et les professionnels sont nombreux à décrier les qualités très variables des ouvrages proposés à la vente.

Autre point non-négligeable : auteur et éditeur sont deux métiers bien distincts et il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir efficacement auto-éditer son ouvrage. 

L’édition requiert en effet diverses compétences comme la relecture, le design ou encore la mise en page. Elle exige aussi un réseau de professionnels élargi pour permettre aux œuvres, même auto-éditées, de rencontrer leur public. Pour être efficace, l’auto-édition représente donc une charge de travail conséquente et se révèle être une industrie encore en maturation. Comme l’affirmait récemment la journaliste Suw Charman-Anderson dans Forbes

« Nous sommes encore à l’aube de l’auto-édition et les infrastructures dont nous avons besoin sont encore en construction. Avec le temps, ça deviendra plus facile, pas seulement pour les outils mais aussi en termes de management. »

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