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Le cloud et les start-up : un accélérateur d'innovation

28 octobre 2010
(Visuel : 500gls pour RSLN)
 
Nous poursuivons notre exploration de la révolution cloud computing. Après son effet sur les Etats, nous nous attachons cette fois à comprendre son impact sur les start-up, en présentant plusieurs jeunes entreprises dont le business model repose sur le cloud.
 
Le droit à l’erreur. Quel meilleur atout dans les mains d’une entreprise qui souhaite créer de nouveaux produits ou services, surtout lorsque celle-ci est toute jeune et dispose de faibles moyens financiers et humains ? L’une des clefs de l’innovation n’est-elle pas cette possibilité de tester en grandeur réelle une idée, sans que cela relève à chaque fois du quitte ou double ?
 
Comme le résume Guillaume Belmas, manager de business unit chez Wygwam, un bureau d’expertise technologique :
« Les start-up dans l’univers des nouvelles technologies ont autre chose à faire que de se soucier de leurs serveurs et de les gérer. L’essentiel pour elles, c’est de pouvoir mettre en oeuvre rapidement leur projet ».
Mais attention, prévient Patrick Bertrand, président de l’Association française des éditeurs de logiciels :
« Il est illusoire de penser que tout pourra se faire systématiquement à distance et sans le moindre contact. Les prestations de cloud, qui seront de plus en plus sophistiquées, devront, pour fonctionner le mieux possible, être accompagnées soit par des spécialistes chez le fournisseur lui-même, soit par des intermédiaires spécialisés à même de faire le tri dans les offres cloud pour choisir la mieux adaptée. »
En d’autres termes, c’est tout un écosystème qui va se mettre en place pour que le cloud soit totalement efficient.
 
> S’adapter avec souplesse
 
C’est d’autant plus décisif que le cloud constitue une ressource irremplaçable pour tous les créateurs. Une ressource peu coûteuse bien sûr, mais surtout s’accommodant parfaitement de l’incertitude qui caractérise toute recherche innovante.
 
Prenez l’exemple des réseaux sociaux, dont la plupart sont basés sur des solutions hébergées dans le nuage. Il est toujours difficile d’estimer à l’avance le succès qu’une nouvelle application va rencontrer auprès de leurs membres. Sous-dimensionner la capacité informatique d’absorption du nouveau trafic généré, c’est s’exposer à des dysfonctionnements meurtriers sur le plan marketing. La surdimensionner peut dramatiquement saler la facture. Avec le cloud, les pics à la hausse – comme à la baisse… – ne posent plus de problème.
 
> Exploiter le potentiel du mobile …
 
Simplicité, élasticité, mais aussi rapidité de réaction. On sait à quel point la faculté d’adaptation de l’offre sur ces nouveaux marchés est stratégique. Et ce n’est pas près de se calmer ! Le développement de l’Internet mobile est un vecteur privilégié pour l’innovation. Là encore, la souplesse du cloud va permettre d’offrir à des millions d’abonnés de nouvelles applications, d’avoir des feedbacks instantanés pour éventuellement ajuster le tir, sans que cela nécessite des investissements considérables.
 
Gilles Babinet, cofondateur de la start-up Captain Dashdont nous vous avons déjà parlé – résume à sa façon l’impact du phénomène : « L’informatique dématérialisée, c’est une formidable opportunité offerte aux tout petits de pouvoir très vite voir très grand. » 
 
> Un million et demi d’emplois en Europe d’ici 2015 ? 
 

 
Dans une étude publiée en 2009 (PDF) Federico Etro, chercheur et enseignant d’économie à l’université de Milan, a conçu un modèle théorique simulant les effets du cloud computing sur l’économie européenne et celle des différents États-membres de l’Union. Selon son analyse, l’adoption rapide du cloud computing sur le Vieux Continent pourrait permettre la création de centaines de milliers de nouvelles entreprises et par conséquent d’au moins un million et demi d’emplois.
 
« Le premier et principal bénéfice de l’informatique en nuage, c’est l’accès pour les PME à des ressources technologiques à coût réduit grâce à la mutualisation et au partage des infrastructures informatiques », précise Federico Etro.
 
La création de nouvelles entreprises enclencherait ainsi un cercle vertueux – stimulation de la concurrence, augmentation de la production, baisse des prix – et aurait, de facto, un effet positif sur la consommation. Rien qu’en France, on pourrait assister, d’ici à cinq ans, à la création de 9 000 à 48 000 entreprises et de 30 700 à 154 400 emplois.
 
> Deux championnes du cloud …
 
♦ LOKAD :  Analyser les ventes pour ajuster les stocks
 
Joannes Vermorel a du nez. C’est utile lorsque l’on se lance dans la fourniture de prévisions de ventes pour le compte d’autrui. Parti pour deux stages aux États-Unis, dont un dans les célèbres Bell Labs d’AT&T, cet ancien de Normale Sup option maths, âgé de 29 ans, avait en effet pu y mesurer à quel point le traitement de plus en plus fin des données, rendu possible par les capacités de traitement informatique toujours plus accessibles, offrait des perspectives commerciales considérables.
 
Certes, la prévision statistique n’est pas une science nouvelle. Elle date de plus d’un siècle. Ce qui est plus original, c’est la façon dont Joannes Vermorel va aborder cette discipline lorsqu’il commence à s’intéresser aux besoins des sociétés de distribution. Celles-ci, en tout cas les plus grandes, sont bien sûr rompues à l’exercice de l’anticipation. Mais sur la base d’historiques de ventes produit par produit.
 
L’idée de Lokad, la start-up créée par notre mathématicien en 2007, est beaucoup plus ambitieuse :
« Nous avons construit nos modèles pour analyser les données de ventes de produits, “ dans la largeur ”, c’est-à-dire en utilisant toutes les corrélations pour affiner les prévisions. »
En d’autres termes, il s’agit de croiser les informations concernant tous les produits, dans tous les points de vente, sur une période donnée. L’algorithme de Lokad peut ainsi analyser plusieurs millions de chiffres ! D’autant que la durée de vie standard d’un produit étant d’environ trois ans, c’est en moyenne dix-huit mois d’historique de ventes que les serveurs doivent avaler. Mais cela enrichit considérablement l’analyse et permet de gérer ses stocks de façon beaucoup plus précise.
 
Le recours à une solution de cloud computing s’est donc très vite imposé :
« Nous avons parfois besoin de traiter en à peine une heure, des données qui arrivent en fin de journée, afin que notre client puisse décider des produits à charger dans les camions qui quitteront le lendemain matin son dépôt à destination des magasins. »
Aujourd’hui, toutes ces opérations sont bien sûr automatisées. Trois cent clients de Lokad envoient régulièrement leurs statistiques pour des prévisions à échéance d’une semaine, d’un mois ou même d’une année. Les dix ingénieurs qui composent désormais l’équipe de Lokad sont assez fiers de leurs performances : le taux d’erreur de leurs clients, c’est-à-dire l’inadaptation du stock dans les magasins par rapport aux ventes qui se réalisent, a diminué en moyenne de 35 %. Pas mal. Et très rentable.
 
♦ KOBOJO : 2,5 téraoctets téléchargés par jour
 
L’histoire de Kobojo, dont nous vous avons déjà parlé sur RSLN, a commencé dans une chambre à Dublin. Volets fermés. Vincent Vergonjeanne et son ami Franck Tetzlaff s’enferment pour une semaine de travail intensif. Objectif : créer des applications pour réseaux sociaux, notamment des jeux en ligne. Et cela marche. Doucement dans un premier temps. Et puis soudain, l’explosion.
 
Une succession de jeux qui cartonnent (Docteur Love, Petits quiz entre amis et surtout Goobox) font décoller le projet, raconte Vincent Vergonjeanne :
« Nous sommes passés, en moins d’un mois, de 5 000 à 700 000 utilisateurs par jour »
 Kobojo est créée en septembre 2008. L’achat de serveurs vient compléter ceux qui étaient loués chez un hébergeur. La société a beau grossir (elle compte aujourd’hui 14 personnes), elle commence toutefois à être dépassée par la quantité de données à gérer : 2,5 téraoctets sont téléchargés chaque jour.
 
Pour s’adapter plus facilement à cette montée en puissance, Kobojo choisit alors de migrer ses applications dans le nuage :
« Nous avons un besoin énorme de souplesse et de capacités à absorber de très importants pics de demande, notamment entre 18 et 23 heures. »
Eh oui, Kobojo doit être capable de répondre sans le moindre délai à la demande de ses quelque 50 millions d’utilisateurs, tous jeux confondus, sur le seul réseau social Facebook.

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