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Le fact checking jouera-t-il un rôle dans la campagne présidentielle ?

20 février 2012

Le fact checking est-il une pratique qui fera trembler le monde politique ? La vérification des faits en temps réel permet de mettre le doigt sur les incohérences des discours politiques. A l’occasion d’une séance du Social Media Club à la Cantine (Paris 2è) le 23 janvier dernier, nous avons pu aborder cette question : « Le fact checking va-t-il influencer la campagne présidentielle 2012 ? ».

Cette pratique a trois impacts majeurs sur la campagne la présidentielle : elle donne un nouveau rôle au web dans le débat, elle renouvelle l’intérêt pour la précision dans les discours politiques, elle apaise et elle enrichit le débat.

> De nouveaux outils de vérification grâce au numérique

Le fact checking est clairement un produit du web. L’idée ? Les faits ou les chiffres annoncés sont vérifiés et comparés. Comment ? Les recherches d’informations sur Internet sont une possibilité. D’abord, le recours aux internautes est possible via le crowdsourcing, c’est-à-dire le fait d’utiliser la connaissance des internautes sur le sujet en question. Ou alors on peut faire appel à l’open data pour la recherche de données fiables et précises émises par des institutions. Nigel Shadbolt recommandait d’ailleurs ici de ne pas faire de l’open data une pratique partisane. Le web, auparavant objet de méfiance, se transforme en référence.

Un des exemples les plus intéressants de ce que permet le fact checking ? Le blog PolityFact, créé par Bill Adair en 2007et son véritomêtre, ce petit baromètre qui mesure la véracité des déclarations des hommes politiques américains. Le blog a depuis été primé par un prix Pulitzer et visité chaque jour par 80 000 visiteurs. Une façon simple et rapide d’offrir une mesure de la véracité aux internautes. Un exemple plus ancien, quoique moins connu, est le site public factcheck.org. Le site dépend de la fondation Anneberg Public Policy Center et décerne des pinocchios aux personnalités politiques dans le faux. L’image simple et parodique, tout à fait adaptée à la culture du web, a ensuite été reprise notamment par le Nouvel Obs.

De plus, sur le web, le fact checking provoque un télescopage de la réaction rapide et de la réflexion profonde. L’instantanéité de la vérification est confrontée à des réflexions de fond : des internautes très compétents sur le sujet du débat peuvent apporter d’autres chiffres ou renvoyer vers des textes de références ou encore des dossiers de fond. Pour Cédric Mathiot, responsable du blog Désintox de Libération, le web joue un nouveau rôle dans le débat politique :

« En faisant se télescoper le temps court et le temps long, le web permet de garder des traces des discours et d’avoir des réactions rapides et pertinentes. Les journalistes sont obligés d’intégrer cette relation particulière au temps à leur méthodologie de travail. Ils jonglent alors avec les archives, les tweets, et les commentaires ».

> Renouveler l’intérêt pour le travail d’enquête

Le fact checking renouvelle également l’intérêt des rédactions pour la vérification des données énoncées. Jean-Marie Charon, sociologue des médias à l’EHESS, note un regain d’intérêt pour la recherche de chiffres de référence, à travers cette pratique du journalisme interactif. Le fact checking remotive les rédactions et renouvelle les méthodes du journalisme d’investigation. Pour le sociologue, le fact checking est un apport intéressant au vu de l’évolution des rédactions aujourd’hui : avec la réduction des moyens et des effectifs, les journalistes doivent être plus réactifs. Le numérique leur donne des outils pour pallier ce manque de moyens.

Et pour les internautes, qu’est-ce que ça change ? Le fact checking prend du temps et nécessite d’être capable de statuer sur la fiabilité d’une source. Deux données qui ne le mettent pas à la portée du grand public. Par contre, le fact checking peut avoir un impact réel sur les internautes les plus connectés comme les blogueurs, et donc indirectement sur tous les lecteurs qui les suivent. Pour Jean-Marie Charon, le fact checking a aussi un autre intérêt :

« Les internautes bénéficieront sans doute de ce journalisme de précision qui ringardise les journalistes-animateurs et met sur le devant de la scène les journalistes spécialisés. Cette méthode est à la mode dans les rédactions. Elle a un aspect viral qui pourrait avoir un impact. Cela va peut-être interpeller les chefs de rubriques et les journalistes spécialisés. Ils pourraient rapidement regagner en visibilité.»

> Enrichir et apaiser le débat

Avec les nouvelles possibilités de vérification offertes par le web, les journalistes peuvent plus facilement déceler les contradictions. C’est pourquoi le fact checking pourrait avoir une réelle influence sur la campagne 2012. Pour Anthony Hamelle, responsable R&D chez CLM BBDO, l’agence de communication, et responsable de la campagne en ligne de Dominique De Villepin, le fact checking enrichit le débat :

« La vérification des données nous permet de voir les journalistes et les politiques jouer leur rôle. Le fact checking a un effet miroir pour les candidats et les oblige à prêter attention à la précision de leurs paroles. En parallèle, cela oblige les journalistes à évaluer et confronter les données. La recherche du chiffre exact n’épuise pas le débat politique, il le recentre».

Le temps réel oblige les politiques à plus de précision dans leur communication. Il devient plus difficile d’instrumentaliser les chiffres pour orienter le débat et vendre de l’idéologie. De meilleures bases pour recentrer le débat sur des questions de société essentielles.

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