Le Louvre en ligne : une plateforme communautaire en septembre et un nouveau site internet en 2011 share
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Le Louvre en ligne : une plateforme communautaire en septembre et un nouveau site internet en 2011

29 juillet 2010

(visuel : © 2007 Musée du Louvre  / Angèle Dequier – www.louvre.fr 2010)

Naviguer dans le sfumato et les craquelures de La Joconde, observer l’application que La Dentellière de Vermeer met à accomplir sa tâche, plonger dans les corps enchevêtrés de La Mort de Sardanapale, … . Depuis le 22 juin, le musée du Louvre propose, sur son site internet, une fonctionnalité permettant de naviguer au plus près d’une sélection de dix-neuf œuvres, parmi les plus emblématiques du plus visité des musées parisiens.

Ce programme, développé par le concepteur et éditeur de logiciels Ucaya, avec le service DeepZoom, de Microsoft [l’éditeur de RSLN], est l’une des nombreuses manifestations extérieures de la politique numérique résolument volontariste de l’institution.

Site web, médiations in situ, et applications mobiles :
Agnès Alfandari, à la tête du service multimédia du Louvre, nous détaille les trois axes de cette politique. « Notre logique générale est la suivante : quand une technologie est disponible, en quoi peut-elle nous aider ? Se révéler utile ? Le web n’a plus vraiment à faire ses preuves. Sur les autres technos, nous réfléchissons en permanence … »

A l’origine était « le service internet » …

Agnès Alfandari : « Le numérique au Louvre est né en 1995 au moment du lancement du site internet louvre.fr. Le web a donc été le cœur de notre mission, avant que d’autres fonctions ne s’ajoutent. Très rapidement, une ligne a été fixée : celle de ne pas être uniquement un site de promotion, mais qui met l’accent sur les contenus, un site de ressources.

C’est une volonté claire de notre part, et dont on peut voir, aujourd’hui, les résultats : sur la plupart des sites de musées, les visiteurs viennent avant tout pour trouver des infos pratiques, et ces rubriques pèsent 80% du trafic. Sur Louvre.fr, la rubrique la plus consultée, c’est celle consacrée aux œuvres. Evidemment, elle est talonnée par celle des renseignements pratiques, mais nous sommes au-delà du rapport 50/50 … . Cela correspond parfaitement à notre volonté d’être un site de médiation, et pas uniquement de renseignements. »

Un process éditorial particulier …

« Nous avons mis en place un process éditorial un peu particulier : les contenus sont très largement produits par les différents départements de conservation du musée, et pas uniquement dans le service multimédia. J’estime à 80% du fond éditorial la production réalisée par les spécialistes des départements, et à une quarantaine le nombre de contributeurs du site au quotidien – alors que mon service comprend vingt personnes. Nous essayons donc d’aller chercher propos, commentaires et expertise à la source. Et tous les textes sont validés par les différents départements scientifiques. »

« Je n’ai pas d’ingénieur qui code … »

« Nous sommes un service d’une vingtaine de personnes, ce qui est plutôt important à l’échelle du Louvre. L’équipe réunit plusieurs générations, et, du coup, plusieurs type de formations : les personnes qui ont 35-45 ans ne risquent pas d’avoir été diplômées d’une formation multimédia, puisque ce type de cursus n’existait pas !

Une grande partie des personnes du service est passée par l’Ecole du Louvre, mais il y a également, dans l’équipe, des ingénieurs, au profil plus techno. Mais attention : tous sont avant tout des chefs de projet … et je n’ai par exemple aucun ingénieur qui passerait son temps à coder, puisque nous avons externalisé cela ! »

Un nouveau Louvre.fr à l’été 2011

« C’est un chantier que nous avons anticipé il y a un plus d’un an, et qui va nous occuper au moins jusqu’à l’été 2011 … Notre grande ligne directrice est la suivante : accorder une plus grande place au visuel, à la vidéo. Les images structureront la future ergonomie du site. Autre nouveauté : nous allons tenter de nous affranchir un peu de l’organisation du musée, peu compréhensible pour le public.

Je m’explique : si vous cherchez La Vénus de Milo, par exemple … . Vous allez vous rendre dans la rubrique « œuvres »  …. puis devoir être capable de la placer dans le bon département – Antiquités grecques, étrusques et romaines – puis, là, être capable de dire qu’il s’agit d’art grec, et non romain ! Bref, on a déjà perdu du monde … .

Nous utiliserons désormais très largement les différentes fonctionnalités de type « mise en avant », etc. . Nous proposerons également une frise chronologique. Jusqu’à présent, impossible de regrouper des peintures et des sculptures de la Renaissance qui sont dans des départements différents. »

Une communauté lancée en septembre 2010

« Nous lancerons un espace communautaire en septembre 2010, baptisé pour l’instant « Communauté Louvre ». Cette plateforme a été conçue et co-développée dans le cadre d’un partenariat d’innovation avec Orange. Techniquement développé à part du site, nous relayerons néanmoins cet espace communautaire depuis le site … Nous allons tester différentes pratiques communautaires : contribution, partage, échange, indexation, labellisation… sur cette plateforme et si les résultats sont concluant nous intégrerons ses fonctionnalités à louvre.fr. 

Cet espace communautaire s’adressera au grand public, et permettra la création de groupes de discussion à accès modulable. Il proposera des liens systématiques avec les réseaux sociaux du type Twitter, Flickr, etc. . Pour illustrer son usage, nous voulons, par exemple, permettre aux enseignants de l’histoire des arts à l’école et à leurs élèves d’échanger, de préparer une visite au musée, de la prolonger. »

Le numérique in situ : « Donner des clefs sans se faire remarquer »

« Nous avons une logique d’expérimentation, grâce à Museum Lab, un véritable laboratoire d’expérimentations, installé à Tokyo, via un partenariat avec la société DNP. Le principe est simple : nous proposons un nouveau type d’exposition où sont présenté une œuvre, ou un petit groupe d’œuvres, accompagnée d’une dizaine de dispositifs de médiation multimédia.

Ces expositions sont ouvertes au public bien-sur ce qui nous permet de tester et d’évaluer nos propositions. L’idée est de multiplier les formes de médiation afin de permettre aux visiteurs de musée de mieux comprendre et s’approprier l’œuvre d’art. Un exemple ? Dans un musée la majorité des informations sont données sous forme de texte à lire, parfois un peu scientifiques, longs…

Le numérique permet de « dire » autrement, de délivrer des informations par l’expérimentation, comme avec cette boite immersive que nous avons conçue dans laquelle le visiteur était invité à entrer et à avancer. Il pouvait véritablement entrer dans le tableau et comprendre ainsi la manière dont l’œuvre était construite.

Etre guidé dans son observation, faire pour comprendre, toucher, ressentir…les possibilités du numériques sont riches et nous semblent être un complément très intéressant à la médiation plus traditionnelle. C’est une logique de découverte par l’expérimentation, plutôt que la lecture. Nous évaluons ensuite ces expériences, pour en tirer des enseignements, valider l’utilisation d’une nouvelle technologie … .

Mais attention : il n’est pas question qu’un dispositif numérique entre en concurrence avec l’œuvre. Le numérique est un outil qui doit rester discret, et donner des clefs sans se faire remarquer. »

Ouvrir les tiroirs des commodes …

« Nous avons trois grands chantiers en cours sur le numérique in situ : la réouverture du département des Arts de l’Islam, cour Visconti, les salles des « trois antiques », consacrées à l’antiquité tardive dans le bassin méditerranéen, et pour 2012-2013, les salles des objets d’art et du mobilier du XVIIIe siècle.

Un exemple de la place du numérique in situ dans ce dernier : nous sommes en train d’y concevoir des cartels numériques. Les cartels classiques, ce sont ces plaquettes qui donnent donnant diverses informations : titre, auteur, etc., sur l’œuvre. En version numérique, ils sont un précieux complément d’information. Certains permettront par exemple d’ouvrir les tiroirs de meubles qui, évidemment, ne peuvent pas être touchés ! »

Le smartphone peut démocratiser l’accès au musée

« L’application iPhone du Louvre a été lancée il y a un an, elle est gratuite, et a été téléchargée à 2,5 millions de reprise : c’est évidemment un très grand succès, mais nous n’allons pas nous arrêter là !

Des développements sur d’autres systèmes d’exploitation sont en cours, et vont nous permettre de toucher un public sociologiquement plus large. C’est l’un de nos enjeux fort : nous savons que l’utilisation des smartphones n’est pas réservée à une élite, loin de là, et nous comptons bien nous en servir pour aller vers les gens.

C’est l’un des axes de démocratisation de l’accès au musée, car nous savons que nous sommes encore largement inaccessibles, que tout le monde ne se sent pas autorisé à aller au musée. La mobilité passe également avec les audioguides, désormais disponibles sur téléphones, et qui peuvent donc sortir du cadre du musée. »

L’extension du domaine du Louvre

« Nous ne voulons pas nous contenter d’un discours « descendant ». Evidemment, les visiteurs, du site ou du musée, attendent de nous la production d’un discours assez « officiel », mais cela ne nous empêche pas de nouer un dialogue riche avec nos publics. 

Nous sommes par exemple en pleine réflexion sur la manière dont nous pourrons tirer partie de tous les contenus générés par les visiteurs, notamment lors de leurs visites. Ils ont tendance à utiliser divers espaces d’expression en ligne comme une « carte postale numérique », un « livre d’or en ligne » [Nous avions évoqué cette tendance dans notre compte-rendu de l’opération qui a mis Twitter au cœur de la Nuit des Musées, NDLR]. Mais cette fois, la technologie nous impose -encore – quelques limites : certains  murs du Louvre font cinq mètres de large. Du coup, l’utilisation du Wifi ou de la 3G … ce n’est pas encore tout à fait ça ! »

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