Le Louvre poursuit sa mutation numérique

19 décembre 2011

Le numérique se fait peu à peu une place de choix au musée du Louvre.

À l’été 2010 déjà, le musée mettait en ligne un programme pour naviguer au plus près de dix-neuf œuvres parmi ses plus emblématiques et lançait une politique numérique résolument volontariste.

Ce jeudi 15 décembre, Henri Loyrette, président-directeur du musée, a réaffirmé cet attachement au numérique, au service de la « plus grande collection d’œuvres du monde » :

« J’aimerais abolir la croyance selon laquelle il existerait une concurrence entre visite virtuelle et réelle » comme en témoigne l’affluence du musée, sans cesse en augmentation.

Il est revenu sur le lancement du nouveau site Louvre.fr, fin novembre, qui avait donc pour objectif principal de jouer un maximum sur la complémentarité entre le lieu et son extension virtuelle.

> Le nouveau Louvre.fr pour « étendre le territoire » de l’institution

Pour mêler virtuel et réel, plutôt que de les opposer, dans une nouvelle version du site, un million d’euros – 1% du budget total du musée est dédié au numérique – et de longs mois de travail ont été nécessaires :

« Nous voulions encore étendre le territoire du musée auprès de tous nos publics (touristes, franciliens, enseignants, étudiants, curieux). Le but est de les accueillir au mieux avant, pendant et après la visite. Comme l’aspect encyclopédique du Louvre peut apparaître intimidant, nous avons rendu le site plus ludique » explique Henri Loyrette.

Comme on peut le voir ici ou , le site veut incarner une porte d’entrée la plus accessible et attrayante possible. Près de 70% des visiteursne viennent qu’une fois dans leur vie dans le musée, l’enjeu des « infos pratiques » est donc primordial. Surtout que « la plupart ignorent l’immensité du lieu », souligne la chef du service multimédia, Agnès Alfandari :

« Offrir un aperçu du musée dans sa globalité, c’était notre but. Savoir comment se rendre au musée, où s’y restaurer, si l’on peut s’occuper de son bébé, ce sont des informations qui doivent être les premières disponibles » continue-t-elle.

Au-delà de ces commodités, la mise en valeur des œuvres n’a pas été négligée. Là aussi le Louvre veut réaliser le tour de force de s’adresser, en même temps, à tous ses types de visiteurs, qu’ils soient néophyteshabitués ou même d’insatiables connaisseurs.

Pour compléter la stratégie déployée sur les réseaux sociaux – une page Facebook et un compte Twitter régulièrement mis à jour et très suivis – la plupart des éléments du site peuvent être partagés et recommandés.

Mais la prise de parole sur le site Internet reste par contre verticale : pour la direction du musée, les visiteurs attendent d’abord une parole d’experts, de spécialistes, plutôt qu’un lieu d’échanges.

> Une utilisation du numérique « intelligente » mais pas « systématique »

Et à l’intérieur des murs, qu’est-ce que ça donne ?

L’aile consacrée aux Arts de l’Islam, en chantier depuis 2008, suscite la plus grande attente :

« Ce sera un projet moderne, bâti sur une base vierge. Nous avons voulu jouer davantage sur l’impact émotionnel que provoquent les œuvres. Cartographie, jeux, fictions, livres virtuels et sons permettront de mettre le visiteur dans un état de questionnement et d’une meilleure réceptivité » promet Sophie Makariou, directrice du département des Arts de l’Islam.

Avant d’en voir plus sur ce projet, qui sera entièrement dévoilé en septembre 2012, plusieurs dispositifs – comme ce panneau pour comprendre la fabrication de la porcelaine tendre – ont déjà été réalisés et implantés dans le Louvre par le Museum Lab.

Ce laboratoire d’idées, né d’un partenariat entre le Louvre et Dai Nippon Printing, a pour but d’expérimenter de nouvelles pistes – écrans tactiles, puces RFID, réalité augmentée – afin de parler autrement des œuvres et des époques.

Comme souvent quand il s’agit de recherche et de développement, Agnès Alfandari reconnaît que le musée avance à tâtons :

« On effectue des tests, on évalue de nouvelles choses, mais il faut voir ce qui apporte une réelle plus-value aux utilisateurs. On se pose toujours la question : est-ce qu’on peut le faire autrement ? Si oui, alors on peut se passer du numérique » précise-t-elle.

Il n’empêche que, petit à petit, le Louvre est en train de moderniser, tout en douceur, plus de cinq mille ans d’Histoire.

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