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Le numérique dans les chaînes de télé : « Organisations et budgets n'ont pas encore suivi »

15 juillet 2010

Sur le papier, la mission de Claire Leproust à l’agence CapaTv est simple : sensibiliser les équipes au numérique. Dans les faits le chantier est d’importance. « Je n’y connaissais rien, mes équipes n’y connaissaient rien, concède Hervé Chabalier, patron-fondateur de l’agence. Et je me disais qu’il fallait que nos journalistes sachent de quoi on parle. »

Dès son arrivée en janvier 2008, après avoir collaboré chez un cablo-opérateur et CanalSatellite, créé son entreprise (TV for mobile), Claire Leproust met en place les Mardis du numérique, conférences très didactiques sur les enjeux du web à destination des collaborateurs de Capa. Un peu plus de deux ans plus tard, elle se félicite d’avoir déjà convaincu un bon tiers, voire 40 % des effectifs. « Ça commence à donner envie. »

Arrivée seule à la tête du département Développements numériques, elle compte aujourd’hui un peu moins de dix collaborateurs, installés au cœur des rédactions à l’image de L’Effet Papillon (Canal+) ou de Global Mag (Arte) pour animer les blogs et sites des émissions, chats et forums.

Ses chantiers sont devenus multiples : elle doit enrichir et faire en sorte que la vie des émissions se poursuive sur Internet, concevoir des programmes pour tous les écrans (téléviseur, ordinateur, mobile…) ou encore tenter de nouvelles expériences interactives. Et ce sur tous les projets. Dans le cas des émissions déjà à l’antenne, CapaTv gère les forums (Les Infiltrés sur France2) ou encore construit un réseau de « éco-respondants » (GlobalMag). Dans le domaine de la fiction, Braquo, les coulisses a permis en trente épisodes de découvrir l’envers du décor de la série policière diffusée sur Canal+. Avec un certain succès : braquo.tv a dépassé le million de visites.

Reste à convaincre les diffuseurs. « La difficulté vient moins de chez Capa, que de l’absence de demande de leur part ». Pourtant, « on commence à travailler sur des formats qui, sans la dimension numérique n’auraient pas la même modernité ou n’existeraient pas. » A l’exemple de La Vie à sac, projet de webdocumentaire sur les plus démunis en association avec Médecins du Monde, qui pourrait très bien être diffusé à la télé. « Ce n’est pas parce qu’un projet est initié par le web qu’il ne peut aller sur la télé, au contraire ».  Très énergique, elle mène de front une vingtaine de projets. Dont celui d’une émission sur le cinéma avec France4 et Allociné, avec des blogueurs au nom de code Ketchup, ou une émission citoyenne avec le Bondy Blog.

Reste un écueil : l’organisation dans les chaînes de télé elles-mêmes. « Il y a toujours les gens du web et les gens de l’antenne. Même si de plus en plus de patrons sont conscients de ce mouvement, les organisations et les budgets n’ont pas encore suivi. Mais il ne faut rien lâcher, accompagner ceux qui n’ont pas encore compris », conclut-elle, déterminée.

> Visuel :

– Capture d’écran, Claire Leproust, dans le podcast Be my guest (2007).

> Pour aller plus loin :

Making-of : pourquoi RSLN s’intéresse à l’info en ligne, par Eric Boustouller, Président de Microsoft France

Enquête, acte I : une info désintermédiée

Enquête, acte II : de nouveaux formats

Enquête, acte III : money, money, money

Nicholas Lemann (Columbia) : « Le journalisme en ligne fait désormais partie intégrante du journalisme de qualité »

Pierre Haski : « Sur Rue89, nous publions une vingtaine d’articles par jour, il en faudrait cinquante… »

Alain Weill : « Le bilan des "newsroom" est excellent »

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Reportage : Les geeks sont-ils l’avenir du journalisme ?

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