Le numérique, un remède au chômage des jeunes ?

29 juin 2015

75% d’élèves amenés au bac pour 25% de chômage chez les jeunes : cette catégorie d’âge, priorité affichée du mandat de François Hollande, fait pourtant face à la crise. Parallèlement, les recruteurs de développeurs informatiques, dont le nombre de postes a augmenté de 20% au dernier trimestre 2014, peinent encore à dénicher la perle rare. Un paradoxe dont un nombre grandissant d’écoles d’informatique d’un nouveau genre se saisissent.

Web@cadémie, Simplon, Ecole 42… Le nombre d’écoles de préparation opérationnelle aux métiers du numérique ne cesse de croître. Leur cible ? Les jeunes, avec ou sans diplôme, parfois en décrochage scolaire, désireux d’apprendre les rudiments du code et de la programmation informatique. Une voie pour l’heure prometteuse puisque 50 000 postes sont aujourd’hui réservés aux métiers du numérique, dont 20 000 pour les développeurs. 

A l’occasion du Forum sur la gouvernance de l’Internet, déclinaison française de l’Internet Governance Forum (IGF), Alain Assouline présentait le programme de son école, la WebForce3, qui prépare son déploiement à l’étranger, 18 mois seulement après son ouverture.

Le numérique, une voie de reconversion pour les jeunes des quartiers prioritaires

Alain Assouline, président des Argonautes de WebForce3, voit dans les quartiers prioritaires un vivier de potentielles recrues pour ces métiers du numérique. L’école qu’il a créée forme de façon intensive et sur une courte période de trois mois et demi une centaine de jeunes de 30 ans en moyenne, généralement en décrochage scolaire, au développement informatique et à une culture web.

« Je suis convaincu que la réduction de la fracture sociale, notamment dans les quartiers prioritaires, passe par l’emploi », a expliqué Alain Assouline.

Forte d’un succès grandissant – l’établissement a reçu une inscription toutes les 10 minutes suite à la parution d’un reportage dans le Parisien – son école dispose désormais d’antennes dans les 4e et 10e arrondissements parisiens, d’un centre à Villeneuve la Garenne et compte se déployer dans une vingtaine de villes en France, ainsi qu’à Barcelone, Madrid et au Luxembourg. A la sortie, 85% de retour à l’emploi pour les jeunes formés, dont certains en mairie. Pour les 15% restants, qui avaient décroché avant le bac, ces formations leur ont donné le goût de reprendre leurs études.

50 à 60 écoles du numérique d’ici 3 ans

Ce type d’initiatives a priori « hors circuit » traditionnel s’inscrit désormais dans le cadre de la Grande Ecole du Numérique annoncée par François Hollande. L’objectif du gouvernement ? Faire en sorte que 50 à 60 écoles du numérique ouvrent cette année pour former 20 000 personnes au code d’ici 3 ans.

Ces formations, outre le fait de préparer leurs élèves à des métiers en croissance, donnent une seconde chance à ces jeunes en décrochage scolaire et désavantagés sur le marché du travail. Sans emploi ni diplômes, ces « Neet » (pour « not in education, employment or training ») seraient aujourd’hui 2 millions en France.

Nés à l’ère du numérique et qualifiés de digital natives, ils pâtissent pourtant bien souvent de la fracture numérique. Selon une étude d’Emmaüs Connect, leur taux d’équipement en smartphones et ordinateurs serait en moyenne 20% inférieur à celui de l’ensemble de leur génération. Pire : si 87% d’entre eux déclarent se servir d’Internet dans leur recherche d’emploi, ils seraient très peu à voir leurs démarches aboutir, faute de formation. D’autres initiatives émergent donc face à pareille situation d’urgence.

Une application pour découvrir les métiers du numérique

Conçue par des étudiants de la Web@cadémie, eux-mêmes en décrochage scolaire avant de suivre cette formation, l’application « Osez les métiers du numérique » sera présentée le 2 juillet à l’occasion du lancement de l’Emploi store, par Pôle emploi. Elle propose de faire découvrir aux jeunes, par le biais de fiches métiers et de quizz, les différentes opportunités offertes par ces métiers.

Nicolas Rivière, co-créateur de l’application, nous avait accordé une interview en amont de sa présentation sur le campus de Microsoft. Il a lui-même découvert la Web@cadémie par le biais d’un reportage :

« Je trouvais, avec mon équipe, qu’il était important d’aider les gens en décrochage scolaire et qui ne savent pas forcément ce qu’ils veulent faire après, pour les amener justement vers ce genre de métiers. J’ai moi-même toujours été passionné d’informatique. Je comptais au départ obtenir mon bac S pour intégrer Epitech, mais je ne l’ai pas eu.  J’ai donc suivi une formation en informatique avant de me diriger plus spécifiquement vers le web. Puis j’ai tout simplement découvert la Web@cadémie par le biais d’un reportage ».

Une reconversion réussie pour Nicolas Rivière, actuellement développeur web en CDI qui compte lancer sa propre entreprise dès que l’occasion s’en présentera. De quoi mettre fin au paradoxe d’une génération déconnectée de ses métiers ? A suivre…

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