Le numérique : une opportunité à ne pas rater pour les femmes ? share
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Le numérique : une opportunité à ne pas rater pour les femmes ?

15 décembre 2010

« Le numérique peut-il réduire les inégalités hommes-femmes ? » Voilà la question que posait une enquête Microsoft/Ipsos, que nous avons décryptée ici, et qui a introduit la conférence sur la place des femmes dans la révolution numérique organisée mardi 7 décembre dernier au Campus Microsoft France

Nous vous proposons quelques notes
prises lors de cette rencontre, qui réunissait Valérie Dagand, (présidente du réseau CyberElles), Brigitte Grésy, (Inspectrice générale des Affaires sociales), Isabelle Juppé (auteure de La femme digitale), Natacha Quester-Séméon, (directrice générale de I-marginal, journaliste et blogueuse), Mounia Rhka, (co-fondatrice de Girls in Tech Paris), Cécile Barry (présidente nationale de l’association Action’elles), Ana Feldman, (directrice de la mission locale de Toulouse), Cyrille Quertier (du Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles – CNIDFF), et Marlène Schiappa-Bruguière, (fondatrice de mamantravailler.fr).

> Le constat

Surfeuses assidues … :

Natacha Quester-Séméon, directrice générale de i-marginal, et blogueuse « canal historique » :

« Les femmes n’ont pas de handicap technologique particulier et sont, au contraire, des utilisatrices assidues du Net : plus de la moitié des internautes sont des femmes, elles passent en moyenne 8% de temps en plus à surfer, achètent plus en ligne, sont plus actives sur les réseaux sociaux, etc. »

… mais pas très présentes dans les emplois

Valérie Dagand, présidente du réseau Cyberelles :

« Dans les emplois TIC, tous secteurs confondus, les femmes n’occupent que 17% des emplois. Plus inquiétant encore : la part des femmes dans les métiers techniques, d’ingénieurs notamment, régresse chaque année… »

> Quelles explications ?

Avant tout un problème d’image, selon Isabelle Juppé, auteure de La Femme numérique :

« Il faut travailler sur la représentation des filières technologiques, pour que les TIC soient davantage valorisées auprès des filles. L’image du geek est tenace, et peu séduisante… »

Une question d’orientation, aussi, analyse Brigitte Grésy, Inspectrice générale des Affaires sociales :

« Il y a un réel problème d’accès aux professions techniques, qui restent un apanage masculin. On trouve seulement 10% de filles dans les sections scientifiques, technologiques et industrielles. »

Mais le véritable enjeu reste la fracture sociale qui exclut les femmes issues de milieux défavorisées du numérique. Brigitte Grésy, toujours :

« Il existe une nette fracture entre les femmes, selon les catégories socio-professionnelles auxquelles elles appartiennent et leurs revenus, et donc à une bipolarisation croissante entre les femmes cadres et les femmes « précaires » : si les premières progressent très rapidement, les secondes sont maintenues dans le sous-emploi et le travail précaire. A titre d’exemples : 84% des salariés à temps partiel sont des femmes et les 2/3 des salariés à bas salaires sont des femmes… »

> Des pistes

Brigitte Grésy :

« Le numérique pose encore des problèmes de coût et d’équipement. Il est aussi trop compliqué, pas assez intuitif pour les personnes qui ne maîtrisent pas les compétences de bases, comme la lecture. Il faut faire des TIC plus ergonomiques pour capter de nouveaux publics, c’est tout l’enjeu de l’e-inclusion. Et développer les connexions à bas coûts, dans les logements sociaux notamment, comme multiplier les espaces publics numériques. »

Isabelle Juppé :

« Les usages évoluent de plus en plus vite, ce qui rend la formation fondamentale et l’existence de multiples relais de transmission indispensables. »

> Un levier pour l’emploi ?

Cyrille Quertier,
du Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles rapporte une étude réalisée par l’agence nouvelle des solidarités actives auprès de 80 antennes dédiées à l’accompagnement des femmes.

Selon cette étude, il existe cinq freins à l’insertion professionnelle spécifique aux femmes : la mobilité, l’estime de soi, la garde d’enfants, le niveau de qualification et l’isolement.

« Le numérique peut agir comme un levier d’insertion professionnel en répondant à chacun de ces freins, par l’accès à l’information à distance, la maîtrise d’un nouvel outil, le travail à distance et la communication via les réseaux sociaux. »

Marlène Schiappa-Bruguière, fondatrice du site mamantravaille.fr – réseau web de mères actives :

« Internet a révolutionné la vie des mères au foyer, ne serait-ce qu’en permettant l’accès à la vie sociale pour les jeunes mères ayant dû quitter leur emploi pour élever leurs enfants. Mais il permet également de devenir des « Mompreneurs », des mamans entrepreneurs pour répondre aux problématiques de garde d’enfants, de manque de disponibilité. Bref : de conciliation entre vie privée et vie professionnelle. »

Bref … : une foule d’opportunités, comme le résume Natacha Quester-Séméon  :

« Aucune norme de genre ne définit l’univers numérique, il n’est pas encore codifié : il représente l’opportunité pour les femmes de se l’approprier, de développer de nouveaux métiers numériques. » 

(photo : Anita Leung)

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