Le numérique va-t-il révolutionner l'agriculture ?

3 juin 2013

Le numérique rebat les cartes dans tous les domaines, et l’agriculture n’échappe pas à la règle. Qu’il s’agisse de capteurs, de pulvérisateurs automatiques, et même de drones et de satellites, les nouvelles technologies sont en passe de transformer ce que le duc de Sully décrivait comme les mamelles de la France : le labourage et le pâturage. En voici quelques exemples.


L’irrigation assistée par ordinateur pour limiter les gaspillages 

Appliquer la juste dose d’engrais et d’eau dans les champs pour limiter les gaspillages : c’est l’objectif de l’agriculture de précision. The Nature Conservancy, l’organisation américaine de protection de l’environnement, teste depuis deux ans des dispositifs innovants avec les cultivateurs d’orge de Géorgie pour améliorer leurs productions tout en sauvant les moules d’eau douce de la région. La solution ? Réduire la consommation en eau grâce à un système d’irrigation assistée par ordinateur, et récupérer l’eau des champs afin de moins puiser dans les rivières. En deux ans, ce sont ainsi plus d’un milliard de litres d’eau qui ont été économisés.
 

Des robots pour surveiller et s’occuper des champs

L’irrigation à taux variable substitue à l’intuition des agriculteurs les données scientifiques adaptées aux différents plants et conditions de culture. Fruit d’une décennie de recherches scientifiques, cette technique s’enrichit sans cesse de nouvelles innovations, comme cette expérience qui vise à confier à des drônes la tâche d’effectuer des prélèvements pour vérifier que les cultures évoluent bien selon les prévisions.

Les robots volants sont-ils les assistants-agriculteurs de demain ? Possible si l’on croit en l’expérience d’une équipe de recherche de l’école d’ingénieurs de Harvard qui vient de mettre au point le plus petit robot connu à ce jour. Baptisé Robotbee (robot-abeille), il a nécessité des trésors d’ingéniosité pour miniaturiser de nombreux éléments utilisés dans la robotique classique. De l’espionnage industriel au drônalisme, ses missions peuvent être variées. Mais celle qu’a retenue en particulier l’équipe de chercheurs, c’est l’appui aux véritables abeilles dans leur fonction de pollinisation des champs.  

Autre catégorie d’agriculteurs robotisés : ceux chargés du désherbage, comme ces robots-laser tueurs de mauvaises herbes.
 

L’infrarouge pour surveiller la croissance des plantes

C’est un projet original que propose le collectif citoyen Public Lab au financement participatif via la plateforme Kickstarter, et que relaie Fast Co.Exist : Infragram, c’est son nom, propose d’utiliser l’infrarouge comme aide au jardinage. Par quel miracle ? Le principe est simple : les plantes absorbent la lumière bleue et rouge lors de la photosynthèse, mais rejettent l’infrarouge. En observant ces rejections à travers la caméra infrarouge, on peut voir comment les plantes convertissent le soleil en énergie… et mesurer ainsi leur santé.

En voyant quelles branches rejettent le moins de lumière infrarouge, le jardinier saura par exemple où couper lors de la taille en fonction des points de croissance de la plante. Une innovation rendue possible par la banalisation de cette technologie désormais accessible à tous : une caméra infrarouge coûte aujourd’hui moins de dix euros.
 


Un jeu vidéo pour former les fermiers de demain 

Etre agriculteur, c’est être capable de choisir ses cultures, de gérer le sol et de mener une récolte de la graine au marché en faisant face à la météo, les maladies et divers ravageurs, explique encore FAST Co.Exist. Il faut aussi compter avec la concurrence, parfois, des agriculteurs de la région. Si vous aimez relever ce genre de défi, Farm defenders est fait pour vous.

Conçu pour former les consultants que le gouvernement américain met à disposition des agriculteurs du pays, ce jeu vidéo couvre des centaines d’aspects de la gestion d’une ferme d’une manière très réaliste – la nature du sol de chaque village et les conditions météorologiques en temps réel sont par exemple prises en compte pour orienter les agriculteurs. Les joueurs peuvent même aller jusqu’à simuler la vente des denrées : à une coopérative ou directement au consommateur ? Immédiatement, ou après un temps de stockage qui engendre des frais spécifiques et fait courir le risque que s’installent des moisissures ?

Ce jeu financé par la fondation Bill & Melinda Gates est basé sur des données couvrant sept zones climatiques africaines. Coûteux à produire, il est bien entendu réplicable à l’infini, ce qui devrait permettre de réduire les coûts de formation des agriculteurs. Et dans les régions où les fermiers ne sont pas aussi aidés, il pourrait bien être des plus précieux – l’idée intéresse déjà des gouvernements d’Afrique et d’Asie.
 


Les données agricoles, ressource première nécessité contre la faim ?

Peut-on lutter contre la faim dans le monde en aidant les fermiers à partager des informations avec les ONG et les laboratoires de recherche agricole ? C’est le pari fait par l’équipe de SmartAgro, qui avait présenté à Imagine Cup 2012 un projet ambitieux : relier ces différents acteurs par une infrastructure logicielle.

Une autre initiative, Community Knowledge Worker (CKW) offre aux fermiers ougandais d’accéder via leur téléphone mobile à des informations sur la météo, les façons d’améliorer le rendement de leurs cultures ou encore les soins à apporter à leurs animaux. En augmentant la productivité de ces exploitations familiales, les initiateurs du programme ont bon espoir d’améliorer grandement les conditions de vie de toute la communauté… notamment en permettant aux enfants de fermiers d’aller à l’école.
 

Les changements dans le secteur agricole restent lents et les pratiques régies par des traditions parfois millénaires. Si elles s’annoncent comme une étape supplémentaire dans l’industrialisation des productions agricoles, peut-on espérer que ces innovations permettent de combiner récoltes abondantes et protection de l’environnement ? Une chose en tout cas est sûre : comme la plupart de nos professionnels, l’agriculteur de demain sera bel et bien transformé par le numérique…

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