Les 10 championnes françaises du logiciel

9 novembre 2007

Miyowa : le surdoué de l´Internet sur téléphone mobile

À 36 ans, Pascal Lorne en est à sa troisième startup. Après avoir revendu la précédente, ISMA P, au fondateur de Nokia, il a fondé Miyowa en avril 2003. La société est aujourd´hui leader – en Europe mais aussi en Asie – sur le marché de la messagerie instantanée et de l´e-mail sur téléphone mobile. « Ce créneau est actuellement en pleine explosion, »se réjouit Pascal Lorne.« Rapidement, nous avons signé avec MSN, Yahoo !, AOL et le Français Skyrock des accords mondiaux de licence de distribution nous permettant de porter leurs services de messagerie instantanée, de blogs et d´e-mails sur les plateformes des opérateurs de téléphonie mobile, et nous avons déjà déployé notre offre chez une vingtaine d´opérateurs, dont les cinq Français. » Pendant ses trois premières années d´existence, Miyowa a réinvesti tous ses profits pour financer sa croissance. Après une première levée de fonds de 3 millions d´euros en 2006, elle se prépare à en effectuer une seconde et atteindra les 5 millions d´euros de revenus en 2007. Lauréate Anvar et OSEO, labellisée « Jeune entreprise innovante », la société emploie déjà une cinquantaine de collaborateurs. Son siège est à Paris et elle vient d´ouvrir un bureau à Taïwan mais l´essentiel de ses effectifs est basé à Marseille. « Nous travaillons main dans la main avec les collectivités locales pour pousser l´emploi», souligne Pascal Lorne. «Ainsi, à Marseille, où nous avons embauché plus de 40 personnes, nous avons des locaux magnifiques subventionnés par Euroméditerranée, la ville de Marseille et la région. »

Equitime : dix ans de R&D pour en finir avec le casse-tête des plannings

Issue de l´université grenobloise Joseph-Fournier, Equitime est la première société française à avoir bénéficié de la loi sur l´innovation de 1999. Enseignant chercheur et titulaire d´un double doctorat en médecine et en informatique, Georges Weil a créé cette structure après dix années de recherche sur les plannings de personnels infirmiers. « J´avais constaté que, dans les hôpitaux, la gestion prévisionnelle des emplois du temps constitue un épouvantable casse-tête alors qu´il y a là des enjeux organisationnels, économiques et sociaux essentiels, explique Georges Weil. D´où l´idée de créer des outils informatiques d´aide à la décision spécifiquement dédiés à cette tâche délicate. Et si le secteur de la santé s´est avéré un modèle idéal, l´expérience a montré que le potentiel allait bien au-delà. » En effet, dès 2002 et après deux premières années difficiles, la start-up grenobloise conquiert de gros clients en plus du CHU de Nîmes : la branche restauration d´Auchan (Flunch), EDF-RTE, les Autoroutes et Tunnels du Mont Blanc…
« 2002 a été l´année du décollage commercial et, en 2003, nous avons doublé notre chiffre d´affaires, relate Georges Weil. En 2004, nous avons levé 2 millions d´euros auprès de la société de capital investissement Truffle Venture, ce qui nous a permis de passer à la vitesse supérieure. Depuis 2005, nous sommes sur un rythme de croissance de 45 % par an. » La société, qui a réalisé en 2006 un chiffre d´affaires de 2,8 millions d´euros, emploie aujourd´hui 44 personnes. Elle s´attaque maintenant à ce qui sera la prochaine grande étape de son développement : l´international.

Baracoda : une start-up pour deux success stories

Chez Baracoda, on mène de front deux activités aussi florissantes l´une que l´autre. « Nous sommes leader mondial des lecteurs de codes-barres Bluetooth», explique Thomas Serval, ENS /ENSAE spécialiste de l´économie de l´Internet et fondateur de la startup avec Olivier Giroud (X Télécoms). «Reliés par Bluetooth à un téléphone mobile ou à un ordinateur, nos lecteurs communiquent en temps réel avec n´importe quelle base de données. » En d´autres termes, un commercial qui feuillette, avec son client, un catalogue de produits n´a qu´à scanner les codesbarres des références qui l´intéressent pour en vérifier la disponibilité, lancer une commande, prévoir la date de livraison, le tout via l´écran de son téléphone portable. « Le champ des applications possibles est vaste, s´enthousiasme Thomas Serval. Aux USA, par exemple, où toutes les voitures sont munies de codes-barres, des municipalités utilisent nos scanners pour vérifier les autorisations de stationnement. » Mais c´est aussi Baracoda qui a mis au point et produit la Liveradio, premier radio-réveil Wifi autonome. Capable de capter plus de 8 000 stations de radio Internet et de lire à haute voix n´importe quel contenu en ligne, cette petite merveille a été lancée en France sous la marque Orange, rencontrant depuis lors un vif succès commercial.

Excentive : de l´intelligence en amont de la fiche de paye

C´est après avoir co-fondé puis revendu 404 Found !, société leader dans les domaines de l´e-marketing et de l´affiliation, que David Lerman crée Excentive en mars 2002. « Le marché commençait à se remettre de l´explosion de la bulle, les rescapés sortaient des caves », raconte-t-il. Ce diplômé de l´EDHEC pressent l´émergence d´un nouveau besoin dans le domaine des rémunérations. « À cette époque, les plans de rémunération des grandes entreprises ont commencé à se faire plus complexes et l´individualisation à gagner du terrain, tant pour motiver les salariés que pour maîtriser les coûts ». Excentive se spécialise donc dans l´automatisation de la « rémunération individualisée », autrement dit la gestion de la rémunération variable des collaborateurs et partenaires – commissions, primes, bonus, etc. – ainsi que le processus de révision salariale. « L´objectif est de mettre fin aux “usines à gaz”, sources d´erreurs, de réclamations et de démotivation. Mais au-delà des aspects techniques, il s´agit aussi de proposer aux entreprises un véritable outil de management et de pilotage », résume David Lerman. Une première version du logiciel a été commercialisée en 2004 après deux années de recherche. Trois ans et deux levées de fonds plus tard, Excentive affiche un chiffre d´affaires annuel de 3 millions d´euros, emploie 30 collaborateurs et peut déjà se targuer de sérieuses références : Groupama, Bouygues Télécom, le Groupe Caisse d´Épargne, Barclays, Cetelem… L´ambition de David Lerman est à présent de conquérir le marché européen, évalué par IDC à 300 millions d´euros en 2010.

Intrasense : Un logiciel au service du diagnostic médical

Étonnant parcours que celui de Stéphane Chemouny. Informaticien de formation, il a d’abord étudié la détection d’explosifs sur les images scanner des aéroports dans la Silicon Valley puis, de retour en France, s’est penché sur la modélisation de la croissance des plantes au CIRAD de Montpellier. Là, un postulat étonnant l’amène à collaborer avec le Centre régional de recherche contre le cancer : celui d’une similitude entre la structure des arbres et celle du foie. En juillet 2001, le jeune chercheur qui a trouvé sa voie soutient sa thèse de doctorat sur l’exploitation des images scanner des cancers du foie. « À cette occasion, j’ai pu constater à quel point le corps médical est demandeur d’outils permettant d’établir des diagnostics plus
précis à partir de l’imagerie abondante fournie par les scanners, radios et autres IRM, explique Stéphane Chemouny. D’où l’idée de créer un outil logiciel dédié à cette problématique. » Ce sera Myrian, un logiciel dont les applications sont considérables pour le diagnostic des cancers. Encore fallait-il passer du stade de la recherche à celui de la création d’entreprise. « Ce qui a tout déclenché, c’est d’être accompagné par un incubateur très efficace qui m’a poussé à me présenter au concours Anvar 2003, dont j’ai été lauréat. Cela m’a permis de réunir autour de moi toutes les compétences techniques, managériales, commerciales et financières nécessaires, mais aussi d’obtenir des financements de business angels. » Créée en mars 2004, la société emploie aujourd’hui 20 personnes réparties entre Montpellier, Paris et Shanghai où un bureau a été ouvert en juillet. Intrasense
collectionne prix et honneurs, le dernier en date étant le European ITC Prize, considéré comme la récompense européenne la plus prestigieuse dans le domaine des technologies.

Skyrecon : informatique haute sécurité

« Le marché de la sécurité “proactive” du poste de travail, qui consiste à détecter les menaces avant qu´elles ne produisent leurs effets, est en pleine effervescence », explique Ravy Truchot, président de Skyrecon qu´il a créé fin 2003 après avoir travaillé pour différents éditeurs de logiciels américains. Portant le niveau de sécurité à près de 100 %, la suite logicielle Stormshield protège le poste de travail contre l´ensemble des menaces non couvertes par les antivirus : contrôle d´accès au réseau, contrôle des supports amovibles (clés USB et autres périphériques), du Wifi et de l´utilisation des logiciels, protection des PC mobiles, chiffrement des données dans le cas d´un vol d´ordinateur… « Il nous a fallu trois ans de recherche pour mettre au point et finaliser notre produit», indique Ravy Truchot. «En 2005, nous avons levé 3 millions d´euros, ce qui nous a permis de passer du statut de petite société de R&D, où les fondateurs assurent la partie commerciale, à un vrai éditeur de logiciels structuré à l´anglo-saxonne avec une présence internationale. » Comptant aujourd´hui plus de 150 clients en Europe – des grands comptes tels que Groupama, le Minefi, Aviva ou encore la Direction de la construction navale –, Skyrecon étoffe régulièrement ses effectifs (plus de 35 personnes à la mi-2007). Une seconde levée de fonds (5 millions d´euros en février 2007) va lui permettre d´accélérer son développement à l´international, avec l´ouverture de bureaux aux États-Unis, berceau historique du marché de la sécurité informatique.

Neolane : trio gagnant

Chez Neolane, le chiffre trois porte chance. Troisième entreprise créée par un trinôme de « serial entrepreneurs » passionnés de nouvelles technologies et de logiciels – Stéphane Dehoche (président), Stéphane Dietrich (directeur général), et Thomas Boudalier (directeur technique) –,
la start-up avait pourtant choisi la pire période pour se lancer : l´année 2001. « Survivre n´a pas été facile et ce n´était pas le meilleur moment pour trouver des fonds. Nous nous sommes lancés sur fonds propres et, début 2002, avons réussi à lever 2 millions d´euros », se souvient Stéphane Dietrich. Le trio a d´ailleurs eu raison de persévérer : aujourd´hui, une centaine de grands comptes issus de tous les secteurs d´activité – banque, finance, assurance, distribution, transport, tourisme, et même des ministères ou encore l´APEC – utilisent ses logiciels. « Nous fournissons aux grandes entreprises une plate-forme marketing unifiée qui leur permet d´orchestrer l´ensemble de leurs stratégies d´acquisition et de fidélisation des clients, y compris les canaux émergents que sont l´e-mail et le téléphone mobile », précise Stéphane Dietrich. L´entreprise emploie aujourd´hui 70 personnes dont une cinquantaine est basée à Cachan, dans le Val-de-Marne. Le reste de l´effectif est réparti entre les filiales britannique, danoise et américaine car Neolane réalise 30 % de son chiffre d´affaires à l´international. À la fin 2006, elle a d´ailleurs bénéficié d´une seconde levée de fonds (5 millions d´euros) mise à profit pour attaquer le marché nord-américain.

Criteo : des algorithmes qui savent ce que vous aimez

Présenter le bon contenu à la bonne personne sur la bonne page Web, tel est le concept de Criteo, moteur de recommandation et d´analyse prédictive des comportements des internautes développé par l´entreprise du même nom. Lancé début 2007, le produit a été adopté par 3 000 sites en moins d´un semestre. « Nous avons mis au point une technologie très performante, brevetée et considérée comme faisant partie des meilleures du monde », s´enorgueillit à juste titre Jean-Baptiste Rudelle, son fondateur, ingénieur issu de dix années dans l´industrie et le conseil en stratégie, et déjà père d´une première start-up, Kiwee, revendue en 2004. « Notre produit intéresse trois types de clients, explique-t-il. Les sites de commerce électronique qui l´utilisent pour valoriser leur fond de catalogue et augmenter le panier moyen par client, les portails de contenu qui optimisent ainsi la navigation des visiteurs et fidélisent leur audience, et les médias en ligne qui améliorent la pertinence de leurs bandeaux publicitaires et donc leur rentabilité. » La start-up, qui a bénéficié de la collaboration des chercheurs de l´INRIA et obtenu un soutien financier d´OSEO, emploie aujourd´hui 22 personnes dont trois sont basées outre-Atlantique. « Nous sommes leaders en Europe sur un marché qui présente de fortes opportunités mais nous investissons encore énormément en recherche et développement», note Jean-Baptiste Rudelle. «Notre effectif est constitué pour un tiers de chercheurs. »

L4Logistics : qui dit e-commerce dit e-logistique

Leader français de la logistique pour l´e-commerce, L4 Logistics est à la fois un éditeur de logiciels – brevetée, la technologie L4 Epsilon a reçu le soutien financier de l´Anvar/OSEO – et un prestataire logistique, puisque l´entreprise réalise la logistique d´une quinzaine de sites d´e-commerce depuis ses deux entrepôts de la région parisienne. « Dans une certaine mesure, nous sommes aussi un incubateur car nous accompagnons les sociétés qui veulent développer un business de commerce électronique, en leur permettant de se concentrer sur leur offre et de s´appuyer sur nous pour tout ce qui est stockage, préparation de commande, livraison, etc. », souligne Sébastien Valoggia, qui a créé L4 Logistics fin 2000 avec deux partenaires issus, comme lui, du monde de la logistique. « Lorsque nous avons levé nos premiers fonds, fin 2001, le secteur était en pleine tourmente mais il y avait une forte demande des clients grands comptes pour la technologie sur laquelle nous étions en train de travailler. » L4 Logistics a, depuis, effectué trois autres levées de fonds pour un total de 7,5 millions d´euros, dont 3,5 investis dans la R&D. La société double chaque année son volume d´activités. Elle emploie aujourd´hui 100 personnes et va réaliser un chiffre d´affaires de 9 millions d´euros en 2007. « Nous avons l´intention de continuer à croître rapidement et déployer notre concept dans le reste de l´Europe, explique Sébastien Valoggia. Nous nous donnons jusqu´à 2010 pour devenir le leader européen des solutions d´e-logistique. »

Violet : le lapin qui donne des idées aux industriels

Figure incontournable de la galaxie numérique française, Rafi Haladjian est le serial entrepreneur par excellence : Violet, fondée en 2003 avec Olivier Mével – lui-même créateur, en 1994, d´une des toutes premières Web agencies françaises –, est sa seizième entreprise…
Et une fois de plus, il a eu le nez creux. « Toute une génération de produits numériques “post-PC ” est en train d´apparaître, explique-t-il. La miniaturisation, le coût dérisoire des composants électroniques, la disponibilité de technologies comme le Wifi, Bluetooth ou le RFID permettent aujourd´hui de rendre communicant n´importe quel objet. Imperceptiblement, notre environnement va se peupler de nouveaux types d´objets, tandis que nos objets familiers deviendront de plus en plus ouverts et communicants. Nous avons créé Violet pour nous inscrire dans cette mutation industrielle aussi importante que l´apparition de l´ordinateur individuel dans les années 70. » Souhaitant lancer un objet grand public emblématique de cette évolution, Violet a imaginé le « lapin communicant » Nabaztag, « premier ambassadeur de l´Internet des objets ». Lancé en 2005, ce qui n´était au départ qu´un « pied de nez », selon l´expression même de ses créateurs, a donné lieu à un carton commercial : les distributeurs se sont très vite retrouvés en rupture de stock. « Ce succès a déclenché de multiples demandes spontanées d´industriels de tous secteurs intéressés par ce genre de produits », constate Rafi Haladjian qui a financé Violet sur ses fonds propres depuis sa création jusqu´au lancement du Nabaztag. « Ensuite, pour grossir et surtout produire beaucoup plus, nous avons cherché des investisseurs, ce qui fut relativement facile puisque huit sociétés de capital-risque se sont proposées. » Un créneau visiblement porteur, des investisseurs empressés : Rafi Haladjian peut envisager l´avenir avec sérénité…



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Trois questions à… Marc Jalabert

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