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Les enjeux du cloud computing, vus par les « experts RSLN »

19 juillet 2010

(visuel : Formation de nuages, par solea20, licence CC)

Informatique en nuage
Domaine : Informatique/Internet.
Définition : Mode de traitement des données d’un client, dont l’exploitation s’effectue par l’internet, sous la forme de services fournis par un prestataire.
Note : L’informatique en nuage est une forme particulière de gérance de l’informatique, dans laquelle l’emplacement et le fonctionnement du nuage ne sont pas portés à la connaissance des clients.
[…]
Équivalent étranger : cloud computing.

Voilà, ça y est, le JO a tranché : le cloud computing, ou informatique en nuage a trouvé définition et traduction officielles, le 6 avril dernier.

Mais, histoire d’aller un peu plus loin que les mots, nous avons demandé quelques explications à nos experts. D’autant que vous n’avez pas fini d’entendre parler du sujet : le cloud computing fait, en ce moment, officiellement l’objet d’une consultation publique, menée par le secrétariat d’Etat à la prospective de Nathalie Kosciusko-Morizet dans le cadre du « grand emprunt ».

En sollicitant tant des patrons de start-up, que des représentants institutionnels et de grandes entreprises, ou des experts plus « sociétaux » du numérique, nous savions que nous pourrions croiser les points de vue sur les usages du cloud.

Et, au final, même les plus « modérés » s’interrogent plus sur la « temporalité » de cette « révolution », que sur la portée réelle de la mutation à l’oeuvre…

>> Voici un petit tour d’horizon des enjeux soulevés dans leurs contributions :

Lorsque l’usager (ré-ap)paraît…

C’est Dominique Piotet (Rebellion Lab, co-auteur de L’Alchimie des multitudes) qui est sans doute le plus imagé et le plus concret. Il nous raconte ainsi comment le cloud a sauvé « ses photos, sa musique, ses applications, son calendrier, ses contacts », le jour où son téléphone a « disparu » après « une bousculade dans le métro à Barcelone ».

Catastrophe ? Que nenni ! « Retour à l’hôtel et soulagement […] : tout est bien dans les nuages. Rien n’est arrivé ! ». Et d’en tirer un premier enseignement :

« Nos données prennent d’autant plus de valeur qu’elles sont dans les nuages, donc accessibles partout, et par tous les moyens. »

Cette mutation est structurelle, théorise à sa suite Nils Aziosmanoff,  fondateur de Navidis et président du Cube :

« L’usage est enfin au cœur des attentions. [On assiste au] passage de l’ère de l’informatique à celle du numérique, [quand] le front office prend le pas sur le back office. »

Pour Laurent Glaenzer, de Lemon Operations, société spécialisée dans le recrutement et la gestion de partenaires pour des sociétés dans l’informatique, c’est bien l’utilisateur qui est au centre du cloud :

« L’utilisateur, enfin affranchi de la barrière technologique et des contraintes d’infrastructure, retrouve enfin le pouvoir de décider de ses applications. »

Cette évolution, qui fait de « l’expérience utilisateur » l’un des piliers du développement de toute application, reflète également une évolution nettement plus structurelle de l’industrie du numérique, avance Stéphane Distinguin (faberNovel, af83, VP de Cap Digital, etc.)  – lisez sa contribution et vous verrez, il a même une petite tendresse particulière pour les DSI.

« En 15 ans, la Formule 1 de nos métiers est passée, imperceptiblement mais sans retour possible, du secteur professionnel au grand public », juge-t-il. « Le cloud computing, c’est l’adoption par les éditeurs B2B des modèles « grand public » dans leur fonctionnalité [et dans] leur architecture. »

De nouveaux jeux d’acteurs

La question posée par Stéphane Distinguin, qui a bien connu, de l’intérieur, La Cantine –  l’un des « moteurs » de l’innovation made in France – c’est également celle des acteurs. Et, in fine, du « qui perd » vs « qui gagne », à l’heure du cloud computing.

Frédéric Halley, l’un des co-fondateurs de Tioga Venture, cabinet de conseil en management spécialiste des nouvelles technos, esquisse une réponse :

« Les grands acteurs comme Amazon (EC2), Microsoft (Azure) ou Google ont ouvert leurs plateformes et infrastructures aux sociétés et développeurs tiers. Cette ouverture change radicalement la donne en permettant le développement simple et rapide d’applications […] par presque n’importe qui. Le partage des infrastructures (de plus en plus importantes et chères) abaisse drastiquement la barrière à l’entrée ; ce qui se traduira mécaniquement par une profusion d’offres et de services à la disposition des entreprises comme des particuliers. »

Avec une petite mise en garde, tout de même : il ne faudrait pas prendre pour des nuages de simples gouttelettes d’évaporation.

« Il existe encore une grande confusion sur le marché […]. Toutes les sociétés de technologie se revendiquent du ‘cloud computing’, même quand les architectures sous-jacentes ne sont que de ‘simples’ plateformes d’hébergement comme on en faisait dans les années 90… ».

L’Etat peut accompagner le mouvement avec plusieurs leviers … 

L’Etat et les grandes entreprises auront les moyens techniques et financiers d’adosser leurs systèmes d’informations à des clouds « privés, publics ou hybrides », situés n’importe où dans le monde. Mais pas les TPE-PME : Olivier Midière, président de l’ADEN (Association pour le développement de l’économie numérique), auteur d’une proposition sur la question, pose le débat autour des investissements publics en matière de cloud avec un questionnement assez proche des thématiques de souveraineté nationale – la France doit adopter une « stratégie alternative » en matière de cloud, écrit-il.

« Sous l’impulsion des pouvoirs publics locaux et dans le cadre de partenariats publics privés, [il faut créer] un maillage de centrales numériques éco-responsables (datacenters) […] répondant aux besoins informatiques tant des TPE-PME que des établissements publics et des citoyens dans les régions. »

Pour Marc Jalabert, de Microsoft France, un autre aspect de la problématique cloud vue du côté de l’Etat réside dans la question de la « libération » des données publiques  – ou mouvement Open data :

« Avec le développement de l’opendata, [le cloud va permettre] la mise à disposition d’une somme d’informations et de données publiques qui vont transformer le service au citoyen, et très certainement également la relation gouvernant/gouvernés, tout en promettant de spectaculaires avancées de la connaissance. »

Quel timing ?

Alors, révolution ou pas ? Pour cela, encore faudrait-il comprendre exactement à quel moment de cette « évolution » nous nous situons .

Alexis Mons (Groupe Reflect) par exemple, considère plutôt la généralisation du cloud comme « l’aboutissement » d’un processus :

« [Le cloud, c’est] l’abaissement des coûts matériels conjugué à l’accroissement des volumes stockés et circulants ».

Marc Jalabert, de Microsoft France, situe d’ailleurs l’importance du changement moins dans les évolutions technologiques que dans leurs usages en entreprise et pour le secteur public :

« Nous sommes déjà tous en fait des « Monsieur Jourdain » du nuage, qui utilisons des webmails, conversons sur les réseaux sociaux, stockons nos photos en ligne, etc. La nouveauté réside dans l’envergure qu’est en train de prendre le mouvement du cloud computing, et dans le fait que, depuis le grand public, il s’apprête à révolutionner l’entreprise et le secteur public. »

Cette vision est appuyée par Jamil Chawki, de France Telecom R&D :

« Nous sommes déjà au début de la maturation du cloud […] Le premier développement de la fourniture des applications depuis […] Internet [remonte à] la généralisation du vrai haut débit [en 2005]. »

Dominique Sciamma, du Strate College, se propose d’ailleurs très gentiment de nous rafraîchir la mémoire :

« Pour ceux qui ont un peu de mémoire informatique, il est toujours amusant de voir combien certains sont prompts à s’émerveiller de concepts anciens au motif qu’ils ont un nouveau nom. Le cloud computing, après tout, ne fait que réinventer l’informatique distribuée, dont Sun fut un temps le champion avec son « the computer is the network ». Et le programme SETI ne faisait-il pas du cloud computing, avant même qu’on en invente le nom ? »

Le cloud n’est pas une révolution en lui-même, mais plutôt un élément accélérateur de l’extension du processus consistant à s’abonner à un logiciel plutôt qu’à en acheter la licence – le « Software as a service, ou SaaS » – contextualise de son côté Patrick Bertrand, président de l’Afdel, l’association française des éditeurs de logiciels, qui vient de rédiger un livre blanc sur la question.

« Au-delà du buzz d’aujourd’hui [autour du cloud computing] », le modèle du « Saas » est « un horizon indépassable ». Il s’agit même, potentiellement, « d’une révolution industrielle ».

Enfin, toujours sur cette question de la temporalité, Nils Aziosmanoff tente, lui, de se livrer à un exercice de prospective – et, plus précisément, sur les métiers qui vont naître de ces changements, comme les « urbanistes de la donnée et les architectes du vivre ensemble » :

« Au XIXe siècle, le baron Haussman avait inventé le « haut débit urbain » qui a redéfini les usages de la cité. Au XXIe, l’histoire se poursuit, dans les nuages », écrit-il.

Et une négociation contractuelle pour rétablir la confiance

Quelle(s) relation(s) inventer entre ces différents acteurs qui vont être amenés à se repositionner ? Arnaud David, avocat au sein du cabinet August & Debouzy, privilégie la voie de la négociation contractuelle :

« [Le cloud] est extrêmement complexe en raison de l’éparpillement des données dans le nuage, notamment sur des serveurs pouvant être localisés dans des pays différents. [Il] présuppose une confiance absolue et unanime, [qui peut] être restaurée dans le cadre de la négociation contractuelle, par l’obtention de certaines garanties (disponibilité, confidentialité et sécurité des données ou des applications hébergées). »

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