Les journalistes du New York Times privés de « tweets » share
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Les journalistes du New York Times privés de "tweets"

10 juin 2010

(photo : Twitter escultura de arena, par Rosauraochoa, licence CC)

« Que ce soit en tant que nom ou en tant que verbe, "tweet" est à la fois familier, jargonnant et un beau néologisme. Et, au New York Times, nous tentons d’éviter tout cela. » Phil Corbett est au New-York Times ce que Jean-Pierre Colignon a longtemps été au Monde. Autrement dit : le maître ès orthographe, qui règne sur le style que peuvent revêtir "all the news that fits to print".

Et, d’après une info publiée sur site internet The Awl ce jeudi, Phil Corbett a fait passer, mercredi 9 juin, un mémo interne appelant les journalistes du quotidien à la plus grande vigileance quant à l’emploi de "tweet", souvent utilisé pour décrire un message publié sur Twitter, ou bien encore en tant que verbe d’action, à la frontière entre "dire" et "écrire".

« En dehors du contexte ornithologique, "tweet" n’a, pour l’instant pas acquis le statut de bon anglais ["to tweet" signifie en effet gazouiller, NDLR"]. Et le bon anglais, c’est bien celui que l’on est supposé utiliser dans nos articles d’infos », rapppelle Corbett. Le chef orthographique a fait les comptes : en un mois, il a relevé 18 occurences de "tweet", sous des formes et dans des rubriques diverses – à vrai dire, on a l’impression d’en trouver un peu plus, … .

« Cherchons ensemble des solutions de remplacement qui aient un peu d’intensité. Utilisons plutôt : "Twitter", "publié sur Twitter", "écrit sur Twitter", "un message Twitter", une "update Twitter". Et une fois que l’on a bien précisé que Twitter était le medium sur lequel la personne s’exprimait, utilisons tout simplement la palette des verbes de citation, du type "dire", etc. », écrit Corbett, qui se défend de toute défiance vis-à-vis des nouvelles technos. « Evidemment, les termes issus des nouvelles technos apparaissent rapidement. Et nous ne voulons surtout pas donner l’impression d’être rester bloqués à l’ère paléolithique. Mais nous encourageons l’emploi de mots ordinaires et à l’usage bien établis, plutôt que les derniers buzzwords jargonnants ! »

Ces arguments semblent recevables, écrit The Awl, qui s’insurge néanmoins contre l’une des propositions de Phil Corbett :  « Personne ne "dit" quoi que ce soit sur Twitter : soit l’on écrit, soit l’on dit, et je n’accepterai jamais l’idée que ces mots sont interchangeables. »

Et nous dans tout cela ? A priori, nous avons toujours tentés de respecter les injonctions de Phil Corbett, qui nous semblent plutôt fondées … et nous tâcherons de continuer !

edit, 11.06 : l’existence de ce mémo a bien été confirmée par des journalistes du quotidien américain.

> Pour aller plus loin :

– Le blog Langue Sauce Piquante, tenu par Martine Rousseau et Olivier Houdart, est l’un des lieux où, en ligne, on s’interroge sur les nouvelles manières d’écrire en bon Français.

– En France, le secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la francophonie, Alain Joyandet, avait lancé le concours "Francomot", pour trouver des équivalents français à cinq termes anglophones très utilisés sur la toile.

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