« Les machines peuvent-elles penser? », l’ambitieuse question d’Alan Turing share
back to to

« Les machines peuvent-elles penser? », l'ambitieuse question d'Alan Turing

29 janvier 2012

RSLN s’associe à la troisième journée des Tech Days, organisés par Microsoft à Paris, et vous convie à la séance plénière qui aura lieu le jeudi 9 février de 9h15 à 10h30 : « Sommes-nous encore utiles ? ». Pour approfondir le sujet de la confrontation de l’humain et de la machine, nous vous proposons une série de billets autour de la notion d’ « agent intelligent ».

En 1950, à l’époque où les ordinateurs ressemblaient à d’énormes réfrigérateurs, Alan Turing fait montre d’une lucidité peu commune dans son article Computing machinery and intelligence. Le mathématicien britannique se demande si « les machines peuvent penser », et décide de poser le problème sous la forme d’un jeu, devenu après sa mort le « test de Turing ».

Turing imagine un « jeu d’imitation », qui se déroule de la façon suivante : un interrogateur pose des questions via un écran à un homme et à une femme situés dans deux pièces distinctes. Il doit déterminer leur genre en leur posant des questions comme « quelle est la longueur de tes cheveux ? ». L’homme a pour enjeu de tromper son interlocuteur en se faisant passer pour une femme… Maintenant, imaginons qu’une machine prenne la place de cet homme. Sa mission ? Se faire passer pour un humain. Si l’interrogateur échoue à déceler la présence d’une intelligence artificielle, alors le test est réussi !

> La science-fiction a encore de beaux jours devant elle

Plus d’un demi-siècle après la formulation de ce défi, aucun programme n’a clairement réussi à le relever avec succès. Chaque année, le Loebner Prize récompense le « robot parlant » qui se rapproche le plus d’un comportement humain. En 2011, c’est Rosette, la création de Bruce Wilcox, qui a été récompensée. Nous vous laissons juger par vous-mêmes de ses performances.

L’exemple parfait de la machine intelligente serait plutôt à chercher du côté de HAL 9000, l’ordinateur surdoué et acteur principal de 2001, l’Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick.

 

HAL a réussi à acquérir deux éléments de l’intelligence humaine essentiels pour Turing, le langage et le bon sens. L’ordinateur va jusqu’à redouter d’être débranché par les astronautes avant la fin de leur mission.

Cette véritable prise de conscience de l’ordinateur par lui-même reste donc une prouesse, bien loin des réalisations proposées lors du prix Loebner.

> Questionner la notion d’intelligence

Malgré son côté fascinant, le test de Turing n’est pas du tout considéré comme un but absolument indispensable pour le progrès de la recherche en intelligence artificielle. Marvin Minsky, fondateur du Groupe d’intelligence artificielle du MIT (Massachussetts Institute of technology) considère inutile cette course à l’imitation de la pensée humaine, comme le rapporte John Sundman, écrivain et spécialiste des nouvelles technologies, dans son article Artificial stupidity.

Ainsi, des logiciels conversationnels comme Rosette ou Alice (Artificial Linguistic Internet Computer Entity) peuvent obtenir de très bons scores au test de Turing tout en restant passablement stupides. Ils n’apprennent rien d’une conversation à l’autre, mais se contentent, en fait, de puiser dans un répertoire de « bonnes réponses », qu’ils produisent de façon mécanique selon les propos de leur interlocuteur.

La question fondamentale est de savoir comment définir le terme « intelligence » et d’effectuer une distinction entre l’intelligence des hommes, et celle, dite artificielle, des machines. Ces dernières sont imbattables pour effectuer de puissants calculs, mais peuvent-t-elles par exemple faire preuve d’humour ? On leur demande de prédire le climat sur Terre dans cinquante ans, mais peuvent-elles proposer des idées originales ?

Les résultats obtenus lors du test de Turing sont donc avant tout un moyen de savoir si la machine est capable de simuler la pensée humaine, en aucun cas de se l’approprier. Pas si mal pour le britannique, qui, comme le raconte son biographe Andrew Hodges, caressait déjà à l’époque le rêve de la « fabrication d’un cerveau ».

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email