Les mobilités (vraiment) intelligentes, c’est pour bientôt ? share
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Les mobilités (vraiment) intelligentes, c'est pour bientôt ?

15 avril 2013

Stimulées par l’Open data, les applications visant à faciliter notre mobilité sont de plus en plus perfectionnées. Mais quand calculer le trajet le plus court suppose de mêler les données de multiples offres de transports, comment mobiliser les différents opérateurs pour rendre la ville « vraiment » plus intelligente ? C’est l’une des questions qui animaient les acteurs du territoire venus en nombre au colloque « Ville et gares numériques, quelles connexions ? » organisé par Gares et Connexions, la branche de la SNCF qui développe les 3000 gares du réseau en intégrant les différents modes de transport : bus, tram, vélos, voitures partagées, taxis… 
 

Collectivités locales, opérateurs et citoyens : tous dans la jungle de l’innovation ouverte ?

C’est promis : bientôt, nos smartphones nous guideront tout au long de nos trajets, de la porte du domicile à celle du lieu de destination. Les opérateurs de mobilité, tels la SNCF, Keolis et d’autres, participent de ce mouvement d’innovation en ouvrant leurs données transport ou en proposant leurs applications et dispositifs numériques ad hoc. Mais ils ne sont pas seuls dans l’aventure : des grands noms de l’univers de la téléphonie mobile et des technologies numériques proposent également leurs propres systèmes, pendant que des startups se joignent au concert avec des services utilisant les données publiques ouvertes de mobilité. 

Vous avez dit « complexe » ? En effet. Pourtant, quel que soit le nombre de services et d’opérateurs qui s’intéressent à nos trajets, ceux-ci ont surtout besoin d’être fluides : pour que l’on soit guidé efficacement, le passage d’un système d’information à un autre devrait se faire presque à notre insu. Aucune application ne devrait nous conseiller un trajet à deux correspondances de bus sans avoir vérifié si les données trafic sont bonnes, et si la station de vélos partagés toute proche ne nous permettrait pas d’être à destination plus rapidement…

Sauf que l’intermodalité est encore un véritable casse-tête pour les opérateurs de mobilité. Il en va de même pour l’interopérabilité des systèmes locaux, qui permettrait pourtant de guider les mobinautes de porte à porte sur de grandes distances. Reconnaissant que le jeu d’acteurs est « compliqué », Patrick Jeantet, le Directeur général de l’opérateur de transports en commun Keolis, explique que chaque transporteur a tendance à inventer son propre système. Présente dans de nombreuses agglomérations du territoire, son entreprise s’efforce pour sa part d’assurer une certaine homogénéité des solutions – vers des systèmes plus interopérables ? – tout en les adaptant pour partie aux enjeux et desiderata locaux. 

 

 

Un jeu d’acteurs parfois difficile à gérer…

Chargée d’une mission sur le sujet de la « gare contemporaine » par le Ministère de l’Ecologie en 2008, la sénatrice UMP du Bas-Rhin Fabienne Keller confirme : il n’y a en France aucun agent public qui puisse revendiquer la maîtrise de l’ensemble de la chaîne de mobilité, intégrant les différents moyens de transports utilisables pour un même trajet (bus, puis train, puis vélo…). L’élue préconise de confier ce rôle au maire ou au Président de l’agglomération.
 
Mais en attendant, les opérateurs de chaque mode ne peuvent qu’essayer de s’entendre au mieux. Ce qui n’est pas toujours une mince affaire : Laurent Fonteneau, le Directeur du service mobilité transports et stationnement du Grand Poitiers, confie s’être retrouvé bloqué pour placer dans la gare ferroviaire un panneau interactif annonçant les horaires de correspondance avec les bus de ville : l’espace de la gare n’étant pas géré par la même institution, il s’est vu opposer un refus.  
 

 

…mais un immense potentiel pour des mobilités plus intelligentes

Les mobilités numériques ne sont donc pas un sujet facile… mais certains parviennent à tirer leur épingle du jeu. François Ferrieux, le Président du Syndicat mixte de l’Oise, présente pour sa part un exemple réussi de partenariat entre opérateurs pour un système d’infomobilité intelligent au service des habitants du département. Application mobile, bornes de rechargement et consultation, carte à puce multimodale, QR code à chaque arrêt pour obtenir des infos en temps réel, annonces visuelles dans les bus et cars, valideurs et pupitres numériques, centrale téléphonique et autres sont délivrés gratuitement par le Syndicat à l’opérateur de transports. Tous ces outils produisent des données qu’un site web unique, oise-mobilite, centralise et exploite : on y trouve un calcul d’itinéraires qui a été primé pour son inventivité. Et pour cause : outre les différents moyens de transports publics, il intègre les propositions de trajet en voiture émanant du service de covoiturage du département. Et peut ainsi proposer d’intéressantes alternatives aux bus publics sur certains trajets mal desservis.
 

Intégrer une base de données covoiturage dans un système d’information de transports en commun ? Il suffisait d’y penser ! Et pour aller encore plus loin vers des systèmes de mobilité « vraiment intelligents », quand ajoutera-t-on aux options « bus et tram » des itinéraires à pied à travers les rues les plus agréables pour les piétons ? Ou des correspondances vélo intégrant les stations de location les plus proches avec leurs disponibilités, et conseillant les meilleurs itinéraires cyclables vers la destination ?

Pour aller plus loin, les places de stationnement sont aussi un enjeu, rappelle le fondateur de Parking Map. L’idée de cette startup est simple : des capteurs sans fils dans la voierie permettent de savoir en temps réel où sont les places libres autour de soi. Voilà une info supplémentaire à glisser dans l’appli d’infomobilité idéale… celle que les acteurs publics, les transporteurs et les innovateurs, unis tout au long de la chaîne de nos mobilités, ne manqueront pas de nous concocter.

Le mot de la fin ? Les amateurs de données ouvertes ont bien entendu un rôle à jouer. Comme le rappelle dans le public l’urbaniste Alain Renk, continuer d’ouvrir les données transport aux développeurs permettra de « faire entrer de la richesse et de la complexité ». 
 

  

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