Les réseaux sociaux s'invitent aux festivals

20 juin 2013

Comment les festivals de musique se sont-ils adaptés au web social ? Alors que s’ouvre la saison estivale, la question se pose sur leur présence et leur activité en ligne. Trois festivals ont accepté de répondre à quelques questions sur leurs pratiques : le festival des Vieilles Charrues qui se tient à Carhaix dans le Finistère, le festival Papillons de Nuit qui a lieu à Saint-Laurent des Cuves et enfin, les Nuits Sonores de Lyon.

Il y a les nouvelles recrues, les habitués ou encore les inconditionnels festivaliers. Chaque année à l’arrivée de l’été, les festivals de musique ouvrent leurs portes. En l’espace de quelques années, les publics se sont élargis et l’attirail des festivaliers a partiellement changé. 

Suréquipés, ils restent désormais largement connectés depuis les sites de concerts jusqu’au camping. Ils prennent des photos avec leurs smartphones, les postent en ligne et s’identifient comme communauté sur les réseaux sociaux. 

Mais comment les organisateurs font-ils face à ces nouveaux usages et comment tirent-ils profit des réseaux sociaux pour faire de leurs festivals non plus seulement des rendez-vous annuels mais des expériences personnelles tout au long de l’année ? Quel lien le numérique permet-il de créer le public ? Réponse avec trois festivals français de renom. 

Faire des internautes des prescripteurs du festival

Outre leurs sites internet qui permettent de centraliser toutes les informations importantes pour le public, notamment la programmation, les festivals de musique ont massivement investi les réseaux sociaux au cours des cinq dernières années. L’objectif : atteindre de nouvelles cibles et fidéliser la communauté. Pour Pauline Le Vexier, chargée de communication au festival des Vielles charrues, ils permettent donc de se rapprocher du public et de faciliter la communication :

“ […] On ressent une proximité plus importante. Avant le public n’avait pas le réflexe d’aller sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui on est constamment sollicité par message privé ou par commentaire. C’est plus instantané.

Et les festivals de musique sont des expériences partagées généralement en groupe, entre amis ou en famille. Les réseaux sociaux s’imposent donc par leur pouvoir de mobilisation de communautés. Les internautes sont largement invités à partager les contenus et à recommander les artistes.

À partir du moment où ils adhèrent au propos, l’échelle pour toucher les gens est très forte », affirme la chargée de communication qui précise :

« ça nous permet d’aller chercher des gens qui ne pensaient pas être festivaliers. Les internautes sont des relais, ils sont prescripteurs du festival.

Créer des « festivals participatifs »

Si pour certains festivals d’envergure comme les Vieilles Charrues, les réseaux sociaux servent avant tout à transmettre des informations sur les artistes, d’autres plus modestes cherchent à construire une communauté d’expérience en créant un lien plus personnel. Une stratégie adoptée par Papillons de Nuit explique Alexis Olivier, community manager du festival :

On veut garder une relation avec le public tout au long de l’année. On se positionne donc partout où l’audience se trouve sur le web. On veut profiter des souvenirs des festivaliers, on veut parler d’eux et on souhaite qu’ils nous racontent leur festival. On veut un festival participatif.

Cette année l’un des festivaliers nous a même envoyé une photo de lui en Australie avec le bracelet d’entrée du festival. Et l’idée n’est pas tant que l’on interagisse avec le public mais que les festivaliers interagissent entre eux et que l’on crée une communauté d’expérience autour du festival.

Le gros pic d’activité ? Le lundi suivant le festival, quand les gens sont rentrés chez eux. Ils ont commencé à poster des photos, des vidéos, on les a beaucoup vu interagir sur les réseaux sociaux.

Le web permet donc de cibler les communautés à qui s’adresser. Pierre-Marie Ouillon, coordinateur artistique chez Arty Farty qui organise les Nuits Sonores à Lyon, constate :

La communication avec le public est beaucoup plus facile. On cible beaucoup mieux le public sur internet qu’en mettant des affiches à l’extérieur.

Mais les réseaux sociaux servent également aux festivaliers pour s’organiser. Les pages Facebook officielles des festivals sont régulièrement des interfaces pour trouver des co-voiturages ou revendre directement des places. Certains festivals à l’image des Francofolies ont même mis en place une “bourse aux billets” pour mettre en contact les festivaliers.

Et les réseaux sociaux sont aussi l’’occasion pour les équipes de jauger les réactions des festivaliers au cours du festival. Ils leur servent donc de repères. Mais faut-il encore avoir intégrer une certaine culture du numérique.

 

Une culture numérique chez les organisateurs

L’organisation des festivals mobilise la plupart du temps des centaines de personnes, employés ou bénévoles. Il est donc nécessaire de coordonner l’ensemble et de faire remonter les informations importantes à faire circuler au public sur les réseaux sociaux. Si la démarche peut paraître évidente à ceux qui utilisent régulièrement ce type de médias, elle n’est pourtant pas des plus faciles à mettre en place. “ C’est une culture qui doit transcender tous les niveaux de l’organisation d’un festival » témoigne Alexis Olivier, « mais ça peut prendre du temps à être mis en place.

Si le rassemblement des photos à poster et des informations peut parfois s’avérer compliqué, le challenge va plus loin précise Pauline Le Vexier des Vieilles Charrues :

Il est essentiel d’avoir une unicité dans le ton.

Les festivals, qui sont souvent des structures associatives, sont donc en voie de professionnalisation sur les réseaux sociaux. Ces derniers jouent un rôle majeur dans la programmation de certains festivals et provoquent des mutations au sein des corps de métier.

“ Les réseaux sociaux révolutionnent le métier de programmateur ”

Internet est un outil essentiel pour révéler des artistes. Et en matière de musique électronique le web aiguille dans la sélection de ceux qui feront partie de la programmation. Pour Pierre-Marie Ouillon des Nuits Sonores de Lyon, les réseaux sociaux ont révolutionné le métier de programmateur de festival :

“ […] les réseaux sociaux ont amené une connaissance accrue des milieux artistiques. Les outils numériques font qu’on a un flux d’information plus rapide et plus important. On a découvert beaucoup de nouveaux créateurs sur le web qu’on a ensuite programmé.

Mais Pierre-Marie Ouillon veut toutefois relativiser leur impact et estime  qu’ils ne pourront jamais remplacer l’expérience du festival pour fidéliser le public :

Je pense que la volatilité du public sur les réseaux sociaux est importante. Nous voulons avant tout favoriser l’expérience sensible du festival pour fidéliser, on veut faire découvrir les lieux. Une expérience festivalière très bonne vaut beaucoup plus qu’une surprésence sur les réseaux sociaux.

Et s’agissant de la couverture médiatique des événements, les festivals ne se cantonnent plus aux médias traditionnels. Ils sont désormais nombreux à convier des blogueurs influents raconte Alexis Olivier du festival Papillons de Nuit :

On a voulu élargir les critiques cette année. Au lieu d’avoir que de la presse classique on a invité des blogueurs afin de rester dans cet esprit de papillons de nuit numérique.”

Certains festivals commencent même à créer leurs propres dispositifs médiatiques puisque les Vieilles charrues ont lancé une webTV retransmettant en direct les concerts. Mais pour pouvoir tout suivre sur place, encore faut-il avoir les infrastructures nécessaires.

Des festivals qui s’équipent

Et pour les festivals, fournir un accès internet aux festivaliers est un enjeu de taille. Le festival normand Papillons de nuit s’est équipé dès 2011 d’un réseau wifi sur le camping et sur le site afin de permettre aux festivaliers de communiquer plus facilement. Une nécessité selon Alexis Olivier :

En général on ne capte pas la 3G, donc nous savons mis en place un réseau wifi pour que les gens puissent communiquer.

Un dispositif lourd à mettre en place et auquel les Vieilles charrues ont renoncé. Mais ils proposent toutefois depuis deux ans une application qui une fois téléchargée ne demande plus de connexion pour consulter la programmation.

Mais les liens entre les festivals et le numérique dépassent parfois largement le cadre des réseaux sociaux. Rendez-vous très rapidement pour notre deuxième article consacré aux festivals de musique.

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