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lesdedicaces.com : tirer parti du numérique dans l'édition

23 mai 2013

Internet bouleverse la chaîne du livre dans son ensemble : système de rémunération, accessibilité des ouvrages numériques, concurrence entre libraires et sites de e-commerce sont autant de sujets sensibles pour les différents acteurs. Pourtant, Internet permet aussi parfois de recréer une dynamique à laquelle on ne s’attendait pas : renforcer ou créer des liens entre libraires, auteurs et lecteurs. Rencontre avec le fondateur de lesdedicaces.com, premier moteur de recherche de dédicaces francophones, Thibault Di Maria.

Comment en arrive-t-on à penser un site qui agrège les dédicaces de différents auteurs de différentes maisons d’édition ?

J’ai tout simplement répondu à mon besoin. Je souhaitais offrir un livre dédicacé à l’un de mes proches et je n’ai jamais pu trouver l’information nécessaire. Il manquait ce service quelque part. Je me suis alors lancé et la société est née en janvier dernier. Une version « bêta » du site avait été mise en ligne quelques mois auparavant, pour pouvoir observer comment le principe était reçu. Le monde de la culture en général, et la chaîne du livre en particulier, porte un regard souvent circonspect sur le médium internet. Et pour mieux connaître les processus d’organisation de séances de dédicaces, nous avons lancé une grande enquête [se clôturant le 25 mai, NDLR], la première du genre en France, à destination des auteurs, libraires et autres professionnels de l’édition. Nous livrerons les résultats en juin prochain.

Quels ont été les retours des professionnels ?

Nous avons eu une bonne réception du secteur puisqu’à ce jour plus de 200 libraires et maisons déposent régulièrement des dates de séances de dédicaces. Nous recevons aussi beaucoup de mails d’encouragement, je ne m’attendais pas à un tel engouement ! Les librairies ou les maisons d’édition ont bien compris l’intérêt d’un tel site. La version bêta m’a permis de tisser un lien et de montrer quelles sont nos valeurs et notre raison d’être. Par exemple, sur le sujet de la librairie, je considère qu’elles sont des lieux de médiation fondamentale et nous défendons l’idée. Si Internet fait peur à certains – cette espèce de notion fourre-tout dont tout le monde parle sans jamais désigner la même chose -, je le considère comme une opportunité. C’est un moyen, pas une fin en soi. Lesdedicaces.com tire ainsi le parti du numérique pour valoriser le lieu physique. Dans un monde où tout ou presque se dématérialise, la rencontre-dédicace permet de revaloriser les lieux, l’objet et l’auteur.

Vous répondez à un besoin de la part des lecteurs et le service a du succès. Mais comment pensez-vous le business model ?

Le site s’est construit sur des fonds propres, ce qui permet d’assurer sa gratuité. Mais pour continuer de l’enrichir et de le développer, nous avons identifié plusieurs leviers économiques. Avant tout chose, nous savons que nous répondons à un vrai besoin des lecteurs mais aussi des lieux de diffusion de la littérature ou des maisons d’édition : nous regroupons l’information et la diffusons largement. Et si quelques grandes librairies dynamiques ou des maisons d’édition ont déjà leur propre agenda, l’impact n’est pas le même. Nous ne touchons pas le même public. Car pour les sites des libraires – comme ceux des maisons d’édition – les gens les consultent peu, voire pas. En fin de compte, très peu de sites d’éditeurs annoncent les séances de leurs auteur-e-s et souvent les librairies n’ont ni le temps ni l’argent nécessaire pour s’en occuper. Dans les plus grandes structures il y a quelqu’un en charge de la communication, mais elles n’ont pas toutes cette chance.

 

En toute franchise, quand j’ai lancé la version bêta du site, je n’ai pas immédiatement pensé à un modèle économique en particulier. Aujourd’hui, pour assurer le développement du site et répondre aux suggestions de nos utilisateurs et utilisatrices, tout comme à celles des acteurs et actrices du monde de l’édition, la question se pose de manière plus forte. Si une version 2 du site verra le jour prochainement et proposera des expériences innovantes, nous proposons déjà différents services. Par exemple, nous avons un système de mise en valeur des évènements en page d’accueil et sur les pages intérieures, à un prix très accessible pour que chacun puisse en bénéficier, petit acteur comme grande structure.

Nous proposons aussi un widget (disponible aujourd’hui en version gratuite de base) qui permet d’afficher sur son propre site les séances de dédicace de son choix et sera bientôt personnalisable. Enfin, les projets que nous lancerons avec la version 2 se concentrent autour de la rencontre avec l’auteur-e, et l’émotion d’une dédicace reçue. On oublie trop souvent à quel point recevoir en cadeau un livre dédicacé pour un anniversaire ou autre occasion est vecteur d’une émotion : en plus de l’auteur-e lui-même, c’est la démarche de la personne qui vous l’a offerte qui est contenue dans cette trace écrite. Dans ce même registre, rencontrer un-e auteur-e est une expérience inoubliable.

Quel est le premier bilan et la suite ?

Aujourd’hui le nombre de dédicaces est exponentiel et le nombre de visiteurs aussi. Nous avions une à deux rencontres-dédicaces déposées par jour en début d’année et sommes aujourd’hui à 8 ou 9 dépôts quotidiens. Les potentialités de développement sont nombreuses, à l’image des multiples suggestions que nous soumettent tant les internautes que les libraires, les salons, les éditeurs ou les auteur-e-s. La V2 du site proposera par exemple un moteur de recherche « sémantique » et de nouveaux services qui devraient bousculer l’écosystème actuel des rencontres-dédicaces et contenter toutes les parties-prenantes. Je crois à l’entreprenariat culturel et l’entreprenariat éthique, c’est à dire un modèle économique où chacun puisse y trouver son compte, dans le respect de toutes et tous. Vaste programme…

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