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L'expo Museogames : des joueurs au Musée des Arts et Métiers

17 août 2010

Ce qui frappe le plus lorsque l’on pénètre dans le Museogames, installé du 22 juin au 7 novembre 2010 au Musée des Arts et métiers, c’est le bruit. Le musée est animé, vivant. La mise en scène réalisée par Trafik, un collectif lyonnais d’arts graphiques et numériques ancre plus l’exposition dans la tradition des salles d’arcade et des salles de jeux en réseau que dans celle d’un musée.

Les sons délicatement rétro des jeux cultes se mêlent aux discussions de passionnés et à l’excitation des plus et moins jeunes devant la collection de consoles et de jeux proposés.

Peut-être pour trancher avec cette atmosphère, l’exposition commence par une série de citations et de définitions. Stéphane Natkin, l’un des commissaires de l’exposition aux côtés de Pierre Giner et de Loïc Petitgirard, y définit par exemple le jeu vidéo comme une

« œuvre interactive dont l’objectif premier est de distraire ses utilisateurs et qui utilise par sa reproduction un appareil basé sur une technologie informatique ».

Interaction et distraction, le décor est posé.

« Les jeux vidéo résultent d’un souhait naturel de faire faire aux ordinateurs des choses amusantes »

ajoute Nolan Bushnell, inventeur de Pong et fondateur d’Atari.

« Une histoire à rejouer »

Rejouer l’histoire, c’est avant tout en connaître les grandes lignes : il y a 60 ans, les jeux vidéo n’existaient pas. Aujourd’hui près de 99% des adolescents y jouent et l’industrie du jeu vidéo pèse plus que celle du cinéma. L’exposition se propose de balayer cette courte histoire du jeu vidéo et de l’industrie vidéoludique, de Space War en 1962 à la création du jeu Pong au début des années 1970 jusqu’aux nouveaux projets Kinect.

Mais attention : l’expo Museogames n’est pas pour autant un « musée des jeux vidéo ». Son intérêt est ailleurs : rejouer l’histoire des jeux vidéo de Pacman sur Atari 2600 à Star Wars sur Gamecube.

Les vidéoprojecteurs reliés à chaque console dessinent sur les murs une frise chronologique : comme s’ils voulaient rappeler que le jeu n’existe que dans une interaction avec le joueur, les écrans ne montrent que les parties jouées en direct par les visiteurs.

La réussite de l’exposition réside dans cette capacité à mettre en perspective cette évolution des jeux vidéo et des consoles : au delà des graphismes et des représentations plus ou moins abstraites depuis les jeux en noir et blanc jusqu’aux décors 3D ultra-réalistes, c’est avant tout l’accessibilité (voire la facilité) des jeux qui a radicalement évolué.

Jouer à Pong ou à Pacman sur leurs consoles d’origine et avec les « manettes » de l’époque se révèle bien plus délicat que de tester une superproduction actuelle.

L’ouverture vers des joueurs plus « casuals », ces joueurs « occasionnels qui jouent à des jeux courts dont la prise en main est immédiate » selon la définition proposée à l’entrée, n’est ainsi pas un phénomène récent comme on aurait tendance à le croire, mais un mouvement de fond qui date des débuts du jeux vidéo et qui a permis la démocratisation et la massification de la pratique.

Peu de joueurs seraient sans doute aujourd’hui prêts à répéter des dizaines de fois une même séquence de jeu pour en arriver à bout à l’aide d’une manette dotée d’un simple et unique bouton.

C’est là l’un des intérêts majeurs de l’exposition : proposer au grand public une approche simple et ludique d’une culture du jeu vidéo pointue et réservée jusque là à de véritables fans. La présentation des différentes œuvres ne les oppose ni ne les met en compétition et les jeux 8 bit apparaissent au même niveau que les productions plus récentes.

Elle traduit également une invitation à un retour à des jeux moins propres, moins lissés dans un monde fortement technologique où l’hyperréalisme devient la norme, aussi bien dans les jeux vidéo qu’au cinéma.

Mais l’exposition ne sombre pas pour autant dans le regret d’un « âge d’or » révolu, elle se propose simplement comme une invitation à la découverte des origines et des évolutions du jeu vidéo, à la fois passées et futures. La question de la manette de jeu, qui n’a que très peu évoluée jusqu’à l’apparition de la Wii, et de son avenir se pose également, à l’heure du développement du projet Kinect de Microsoft qui vise à situer le joueur dans son environnement et à reproduire ses gestes à l’écran.

L’exposition tient ses promesses, en proposant un panorama complet tout en restant très, voire peut-être trop au goût des puristes, accessible. Les questions clés du jeu vidéo en tant qu’objet culturel, politique ou philosophique sont soulevées par certaines des vidéos proposées mais elles restent bien souvent sans réelles réponses.

L’accent est mis sur le ludisme et sur la découverte, dans un souci d’ouverture. Si réponses il y a, elles sont à chercher au détour d’une discussion entre passionnés et néophytes autour d’une borne d’arcade ou d’une Megadrive.

La conclusion de Chris Marker, cinéaste documentariste, qui conclut la visite mériterait d’ailleurs à elle seule d’être le sujet de la prochaine exposition du genre :

« Les jeux vidéo sont la première du plan d’assistance des machines à l’espèce humaine. Le seul plan qui offre un avenir à l’intelligence. Pour le moment, l’indépassable philosophie de notre temps est contenue dans le « Pacman ». Je ne savais pas en lui sacrifiant toutes mes pièces de 100 yens qu’il allait conquérir le monde.

Peut-être qu’il est la plus parfaite métaphore graphique de la condition humaine. Il représente à leur juste dose les rapports de force entre l’individu et l’environnement, il nous annonce sobrement que s’il y a quelque honneur à livrer le plus grand nombre d’assauts victorieux, au bout du compte ça finit toujours mal. » 

(visuel : 2010 © Musée des arts et métiers / Mickaël Ayache)

 

> Pour aller plus loin :

Le Museogames vu par l’Agence Française pour le Jeu Vidéo

Une série d’interviews réalisées auprès de spécialistes des jeux vidéos par le Museogames

Une histoire des jeux vidéo sur le site Museogames

– Bonus vidéo : confrontation entre l’univers de Buster Keafon ("Seven Chances", 1925) et le jeu Super Mario

 

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