L'identité et ses enjeux en contexte numérique

27 février 2012

Un profil pro sur Viadeo, un blog sur votre passion pour les jeux vidéo, un profil Facebook pour votre famille, et un autre, sur Facebook encore, pour vos amis. Votre identité en ligne recouvre presque toutes les facettes de votre personnalité… L’identité à l’heure du numérique provoque des pratiques et des stratégies originales.

Dans le cadre de la Social Media Week, le 9 février dernier, Curiouser, un cabinet d’études, a invité Julien Pierre, doctorant au Laboratoire GRESEC et auteur du blog Identités Numeriques, à s’exprimer sur « l’identité et ses usages en contexte numérique ». Retour sur l’identité vue à la lumière du numérique, une conférence donnée à l’IRI, l’Institut de recherche et d’innovation du Centre Pompidou.

> « Connais-toi toi-même », en mode numérique

Julien Pierre a commencé son intervention par l’aspect réflexif de l’identité en ligne. Notre identité, c’est d’abord ce que nous en percevons. Sur internet, le « connais-toi toi-même », cette injonction attribuée à Socrate, est toujours à l’ordre du jour : nous observons notre propre image à travers les réseaux sociaux, les blogs et les tweets.

Le numérique a cependant quelques effets notables sur notre identité : le numérique nous a poussés à modifier notre façon de nous exprimer. Julien Pierre souligne par exemple la réduction de la littérarité sur le web. Les contraintes de publication, comme Twitter et ses 140 signes, nous poussent à économiser les mots et à laisser de côté les belles et longues tournures littéraires. Ensuite, nous opérationnalisons notre identité, ou en d’autres termes nous adaptons l’écriture de notre identité à l’utilisation qui va en être faite ensuite : l’exemple type est le CV.

Autre point d’évolution notable : les traces de notre passé numérique, construisant notre identité, s’accumulent peu à peu. Notre identité en ligne a la particularité d’empiler nos actions, nos prises de parole à travers le temps. Une donnée qui soulève la question du droit à l’oubli et de l’évolution de l’individu au cours de la vie.

> Quand les internautes prennent leur identité en main : plans d’attaque

Face à la construction et au développement de l’identité en ligne, Julien Pierre explique que les individus déploient des stratégies propres au numérique.

Le premier type de stratégie repose sur la présentation de soi : c’est la façon dont chacun se présente qui participe au processus de construction de soi. Ce processus identitaire a l’avantage de favoriser notre estime de nous-mêmes, et vient de notre besoin d’extérioriser une partie de notre intimité. Un processus qu’Erwin Goffman, sociologue et écrivain Canadien, a identifié comme un travail de gestion d’image (en anglais : facework). Nous nous livrons donc à une théâtralisation de notre identité, une mise en scène réactivée et en pleine évolution en ligne.

« Notre ‘facework’ est investi dans les outils numériques. Nous mettons en place par exemple des avatars ou des écrits d’écrans, comme les retweets ou les likes, ces signes qui peu à peu construisent notre identité. », explique Julien Pierre.

Le deuxième type de stratégie repose sur l’apparence de soi. Ce sont les traces numériques que nous décidons de mettre en avant ou bien de cacher, voire de faire disparaître. Pour expliciter ces actions, Julien Pierre fait appel au terme de « clair obscur » que Dominique Cardon, sociologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, a lui-même repris. Nous adaptons nos prises de parole à nos besoins et publions sur les sites en fonction des signaux que nous souhaitons envoyer. Par exemple, nous publions notre profil sur LinkedIn pour mettre en lumière nos compétences professionnelles. Nous investissons World of Warcraft et y créons un avatar. Chaque site, où nous laissons une empreinte particulière de notre identité, met en en lumière une parcelle de qui nous sommes.

> Moi marrant, moi pro, moi gamer

Pour qualifier les usages de plusieurs identités en ligne, Julien Pierre emploie les termes d’ « identités plurielles ». Il commence par rappeler que l’utilisation de plusieurs identités n’est pas une pratique récente :

« Dans nos pratiques sociales, nous employons déjà plusieurs identités. Cela vient notamment du fait que nos identités sont construites à 99% par les autres. Notre nom vient de nos parents, l’Etat nous fournit notre carte d’identité, notre entreprise nous donne un statut professionnel, etc. »

La différence, à l’ère numérique, est que les usages comme celui de Facebook par exemple mettent à jour l’identité plurielle à travers les profils multiples. Un fait qui se remarque particulièrement dans l’utilisation de doubles profils Facebook chez les 18-25 ans. Les jeunes internautes naviguent souvent entre deux profils, l’un professionnel et l’autre moins sérieux. Et les deux profils leur permettent d’avoir une identité qui leur est propre et qui a des objectifs précis…

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