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LIVE-BLOGGING – La « fail party », première conférence de l’échec entrepreneurial

31 janvier 2011

(Visuel : Gilles Babinet lors de la première "failcon" française, mardi 1er février)

Le concept vient des Etats-Unis. En France, l’idée arrive tout juste, et surprend encore. Mardi1er février, Microsoft [l’éditeur de RSLN], Techcrunch France, le cabinet d’avocats Kahn & Associés et Silicon Sentier organiseait un événement d’un genre nouveau : la première conférence dédiée à l’échec entrepreneurial.

Objectif de cette conférence : rappeler que les carrières des ces fondateurs de startups ne sont pas (toujours) un long fleuve tranquille, contrairement à ce que l’on pourrait croire à force de ne célébrer que leurs succès.

« C’est important de célébrer le succès, mais plus important encore de tirer les leçons de ses échecs », encourageait ainsi régulièrement Bill Gates.

>> Blaise Vignon, responsable de l’écosystème startup à Microsoft, rappelle le principe général :

« On est ici pour parler d’échec : pas comme d’un accident de carrière, mais pour voir de quelle façon on peut apprendre de ses échecs, comment il peut être positif. Pour prendre le temps d’apprendre de ses échecs. »

Il est appuyé par Roxanne Varza, éditrice de TechCrunch en France :

« Il faut distinguer l’échec parce qu’on n’a pas les compétences de l’échec parce que simplement on n’a pas réussi. On va parler de cette deuxième catégorie. »

>> C’est Gilles Babinet, « serial-entrepreneur » (à l’origine de la création du groupe Absolut, de Musiwave, ou encore de Eyeka et Captain Dash), qui prend le relais. 

Il détaille ses propres échecs (ce lien vaut de l’or, cliquez, vous ne serez pas déçu), et ceux de personnalités considérées comme des "loosers" par leurs contemporains – Einstein, les Beatles, ou même Jésus, excusez du peu :

« L’échec est un mal français. On dit aux Etats-Unis que les loosers ne sont pas des pestiférés, et c’est vrai. Les américains considèrent le pays comme un terrain de jeu, et les entreprises comme des ballons de foot. Cette attitude manque en France.

Notre peur du regard des autres limite notre créativité. Or la peur est la pire des choses pour un entrepreneur.

Se planter ne change rien à ce que l’on est au fond de nous. Ceux qui se sont plantés ne sont pas des loosers. Ce sont des gens qui savent des choses que vous ne savez pas. Ce sont des gens qui savent ce qu’est essayer.

La somme de vos chutes fait que vous savez marcher. Et le succès est aussi la somme de vos échecs. »

… Et le tout résumé en une slide, peut donner cela : 

 >> Autre point de vue, celui du VC, c’est-à-dire de l’investisseur, avec Michel Dahan, de Banexi Ventures :

« On reçoit plusieurs "repeat entrepreneurs", qui ont connu des échecs, ou des  semi-échecs. Et ils nous intéressent. Ils en ont souvent appris beaucoup, et ils ont vraiment envie que les choses se passent bien.

Alors que le fait d’avoir réussi peut rendre autiste aux évolutions, aux nouvelles manières
de faire… Les entrepreneurs qui réussissent manquent parfois aussi d’humilité. Or l’humilité est toujours nécessaire.
»

>> Daniel Kahn, du cabinet Kahn & associés, délivre ses conseils pour rebondir en cas d’échecs :

« Il faut bien réfléchir avant de se lancer : surtout en termes d’assurances. Ne pas risquer ses biens personnels, former une société à responsabilité limitée. Toujours bien s’informer et réfléchir, pour qu’un échec entrepreneurial n’ait pas d’incidences personnelles néfastes sur le long terme.

En cas d’échec : surtout ne pas dissimuler ses expériences précédentes, garder confiance en soi, car un échec ne remet pas en cause ses qualités personnelles, et capitaliser sur ce que l’on a appris. »

>> Une table ronde réunissait enfin plusieurs interlocuteurs, autour de la question de l’acceptation de l’échec en France. 

Pourquoi la France semble-t-elle un peu moins à l’aise que d’autres pays sur la question ? Jean-David Chamboredon (ISAI) a livré quelques pistes :

« Le système éducatif français est à la fois égalitariste – on en veut un peu à ceux qui réussissent – et élitiste. Ceux qui prennent des risques sont aux extrêmités. On trouve donc deux types d’entrepreneurs : ceux qui n’ont rien à perdre, et ceux qui se sentent protégés. Entre les deux, il ne se passe pas grand chose, et c’est dommage. »

A la question « Comment accueillez-vous les personnes qui sortent d’un échec ? », il témoigne :

« Si la personne explique que tout est la faute des autres, il y a peu de chance qu’il trouve un financement. En revanche si le diagnostic est lucide, on se dit que la personne est plus forte que celle qui n’a rien vécu. »

Frédéric Pie (ex-Vodeo) livre ses propres expériences :

« Un échec sert à préparer un rebond. Il permet de mieux se connaître. Si on n’est pas fait pour être à la tête d’une société de centaines de personnes, il ne faut pas tenter d’y arriver. Mieux vaut donc être petit maître chez soi que de "se diluer" dans de trop gros projets. »

La conclusion de cette conférence revient à Stéphane Distinguin, de Fabernovel (et contributeur très régulier des débats RSLN) :

« Les points les plus importants que je retiens sont d’abord la valeur de l’apprentissage – en intégrant l’échec, on avance. La relativité également : il y a des choses bien pires que de ne pas réussir à monter une entreprise. Et puis d’ailleurs : les mentalités sont en train de changer, peu à peu : cette conférence le prouve, non ? »

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