Mais au fait, c'est quoi un webdocu ?

30 novembre 2009

(visuel : capture d’écran, Le corps incarcéré, Le Monde.fr)

Ils s’invitent au festival de la fiction télé (à la Rochelle, en septembre), sont mis en avant sur les grands sites d’information (arte.tv, lemonde.fr), ou se taillent la vedette lors d’événements dédiés, et notamment lors du festival des quatre écrans, qui s’est déroulé du 18 au 20 novembre, à la Bibliothèque nationale de France, à Paris. 

Ils ? Mais si, voyons : ce sont les « webdocumentaires », « webfictions », et autres « webfilms », bref, tous ces projets de création spécialement destinés à être diffusés, de manière exclusive ou non, via les « nouveaux écrans ». Financement, mais surtout innovation créatrice : RSLNmag.fr passe en revue les points communs et les différences avec les formats destinés aux « écrans traditionnels » de la télé et du cinéma.

Rien de très neuf côté gros sous …

Partir en Chine (voir « Voyage au bout du charbon » sur LeMonde.fr), passer des journées entières dans une chambre mortuaire (voir « Thanatorama », sur Upian et Rue89), mobiliser des équipes à Gaza et à Sderot pendant plusieurs semaines (voir « Gaza/Sderot », sur Arte.tv), sans oublier de développer des intefaces dédiées et souvent très léchées : le budget d’une production destinée au web est généralement conséquent. 

Dans le détail, les professionnels évoquent des budgets qui vont de 30.000 pour un webdocumentaire « simple » comme Le corps incarcéré, à 450.000 euros pour la série « Portraits d’un nouveau monde », sur France Télévisions. 

Mais, pour l’instant, il n’y a pas franchement d’innovation sur les business plan de ces productions : les acheteurs que l’on imagine « naturels », à l’exemple des médias en ligne, ne roulent généralement pas sur l’or, et peuvent tout au plus apporter des financements de l’ordre de 2.000 à 3.000 euros. Quelques marques, comme des fabriquants d’appareils photos, financent bien quelques productions, mais de telles actions de mécénat reste marginales.

S’adosser à un programme « classique »
(documentaire télé, notamment), reste donc souvent « la condition sine qua non pour un meilleur financement » selon Arnaud Dressen, à la tête de la société Honkytonk Films, interrogé par l’hebdomadaire spécialisé Le Film Français.

Et en attendant de nouveaux formats de financement,
la première source de fonds pour le webdocu, aujourd’hui, est le Centre national du cinéma (CNC). Sur l’année 2008, il a ainsi distribué une enveloppe de 1,4 millions d’euros à quatre-vingt-sept projets – voir son bilan d’étapes, deux après les premières aides (format PDF)

Des nouvelles écritures, non-linéaires

La vraie révolution du webdocu, pour l’instant, tient plutôt dans les formats qu’il permet d’explorer. 

Les projets 100% web financés par le CNC ont ainsi tous en commun « de proposer une nouvelle relation avec le spectateur qui se trouve au cœur de la narration, en immersion », note le Centre national du cinéma dans son premier bilan d’étapes. « Le spectateur est invité à faire son propre parcours narratif, à commenter, échanger, participer, contribuer », poursuit l’institution.

Même constat, mais résumé de manière un tantinet plus radicale,
pour David Dufresne, ancien de Libération et Médiapart. « Il est temps, bordel de merde, de changer les codes », lance ainsi sur son blog le réalisateur, qui travaille notamment sur un projet baptisé Prison Valley, sur la question de « l’industrialisation des prisons » aux Etats-Unis. Selon lui, l’enjeu est immense : c’est tout l’habitude du récit « linéaire » qui doit être bousculée, remise en question, sans pour autant sacrifier « la nervosité et la rigueur journalistiques ».

Rendez-vous dans un an, au prochain festival des quatre écrans, pour faire le point ?
 
> Pour aller plus loin : 


Web-documentaires : inventifs mais fragiles
(interview, d’Emiland Guillerme, du blog Webdocu)

Mediastorm : un site de reportages multimédia

Une émission de « L’Atelier des Médias », sur RFI, consacrée au web documentaire

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