Maurice Benayoun : l’art multimédia pour changer le monde share
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Maurice Benayoun : l'art multimédia pour changer le monde

13 mars 2012

Dans le cadre de l’exposition d’« Emotion Forecast » et « Occupy Wall Screens » dans les rues de Chelsea, RSLN a rencontré Maurice Benayoun, un artiste de l’innovation multimédia dans l’art.

> Laisser de côté les préconceptions

« Je n’ai aucune fascination pour le monde digital. »

Le ton est donné. Maurice Benayoun, tout de noir vêtu, s’assoit dans un café du campus universitaire de Columbia à New York. L’artiste, invité à parler dans la prestigieuse « Ivy League » en tant que
« pionnier du multimédia et de la réalité virtuelle », tient à casser toute préconception à son sujet. Non, il n’était pas dans les premiers accros de l’informatiqueJe n’ai pas touché d’ordi avant mes 30 ans »). Non, il n’est pas obsédé par les réseaux sociaux (« Je me suis inscrit sur Facebook il y a trois ou quatre ans. J’ai un compte Twitter, mais je ne l’utilise pas beaucoup. »).

> Précurseur, mais « pas dans les premiers »

Il sourit : « Je ne suis jamais dans les premiers… mais jamais non plus dans les derniers ».

En ce qui concerne l’innovation multimédia dans l’art, Benayoun est pourtant bien un précurseur. L’artiste de 54 ans a été le premier à utiliser la 3D et les images de synthèse à la télévision, dans la série les Quarx. C’est d’ailleurs pour ce projet, en collaboration avec François Schuiten et Benoît Peeters, que l’ancien professeur d’arts plastiques a acquis son premier ordinateur, la trentaine passée. Nous sommes à la fin des années 1980.

S’en suit une longue liste de projets à renommée internationale, toujours liés à la réalité virtuelle, toujours concentrés sur l’interactivité de l’œuvre avec le public. Dans le Tunnel sous l’Atlantique, par exemple, l’artiste relie le Centre Georges Pompidou de Paris au Musée d’Art Contemporain de Montréal, permettant aux visiteurs de se voir sur des écrans de télévision, à un océan d’écart.

> Des œuvres produites par ceux qui les regardent

Avec l’avènement du Web 2.0., tout change pour « Mo Ben ».

« Pour un plasticien, les nouvelles dimensions sont foncièrement intéressantes », explique-t-il. Et le voilà soudain capable de « produire ce que l’on voit au moment où on le voit ».

C’est grâce au « temps réel » que naît son dernier opus, la Mécanique des Emotions, en 2005. Benayoun y mesure les émotions des individus autour du monde en calculant la récurrence de termes affectifs (« anxieux », « bonheur », « colère », etc.) instantanément et par aire géographique sur un aggrégateur d’information.

« Aujourd’hui, Internet est le système nerveux du monde, l’œuvre est donc produite par ceux qui la regardent », analyse le mécanicien improvisé.

> Des émotions, comme des valeurs boursières

Dernière trouvaille en date : prétendre que les émotions sont prévisibles, comme les valeurs boursières. Voilà l’objectif d’Emotion Forecast et Occupy Wall Screens, deux œuvres projetées depuis fin janvier sur l’écran géant d’une place de Manhattan, Big Screen Plaza, par la galerie Streaming Museum. La première création, une « météo des sentiments », présente les variations d’humeur des 3,200 plus grandes villes du monde sur un écran censé évoquer les chaînes internationales Bloomberg ou CNN. Le second écran compare l’état d’esprit des villes d’indignés aux marchés financiers (Madrid, colère +18.4%/ Société Générale + 7.3%).

Dans les deux cas, le but de Benayoun est de ramener le « facteur humain » au premier plan. Or, selon l’artiste, les écrans de télévision et d’ordinateur sont tournés sur le monde de la finance. Celui qui se dit partisan du mouvement « Occupy Wall Street » cherche donc à investir les médias, même de manière fictive, avec ses prédictions sentimentales. « J’aimerais être sur tous les écrans », admet-il avant de raconter qu’il est allé photographier Times Square pour faire un montage de ses œuvres sur les écrans du célèbre carrefour.

« J’ai envie de changer le monde, conclut-il. Après tout, c’est le fantasme de beaucoup d’artistes. »

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