Maxime Leroy : « Collaborative Cities, c’est le web au sens large ! » share
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Maxime Leroy : "Collaborative Cities, c'est le web au sens large !"

2 août 2013

Nous nous étions intéressés à lui l’année dernière, lorsqu’il se préparait à partir caméra au poing pour un Tour des villes collaboratives en Europe et aux Etats-Unis. Le voici de retour avec un web-documentaire qui se présente comme une collection des meilleures initiatives du petit monde des Co- (covoiturage, coworking, couchsurfing…) en pleine explosion. Maxime Leroy, 23 ans, designer d’interfaces, n’a pas sitôt fini cette incursion dans l’économie collaborative qu’il est prêt à repartir dans mille autres projets. De passage à Paris cet été, nous l’avons intercepté pour qu’il nous partage son expérience.
 

RSLN : Tu as déjà parcouru 11 villes, il en reste encore une (Barcelone) à en croire le site de Collaborative Cities. D’ailleurs il y a encore des publications régulières sur le site web. Est-ce que cela veut dire que ton périple n’est pas terminé ? Mais alors, que fais-tu ici ?

Maxime Leroy : Ah ! Les joies du crowdfunding, entre ce que tu projettes, ce que tu budgètes et ce que tu fais ! Ajuster ses plans, c’est parfois inévitable, mais ça faisait aussi partie de notre projet. Rien n’était écrit à l’avance : c’est une expérience que les gens ont vécue en nous suivant. On a donc fait des choix éditoriaux. Et globalement toujours plus que moins, au grand dam de ma banquière.

On s’est attardés sur les projets les plus intéressants à raconter, soit parce que leur modèle était innovant, soit parce qu’ils reposaient sur des valeurs intéressantes, ou encore parce qu’ils portaient des challenges juridiques. Par exemple, quand nous sommes allés voir AirBNB à San Francisco, la personne que nous avons interviewée est allée ensuite discuter avec un responsable « Policy » de la Mairie. Aujourd’hui, on a régulièrement des actualités sur des interdictions du service dans certaines villes. C’est dire si les challenges sont importants ! 

C’est dans cet esprit qu’on a changé certaines villes. Il y avait Portland, mais on est allés à Pittsburgh finalement pour être sûr de rencontrer Cameron Tonkinwise, une référence sur ces questions légales et économiques. On est allés récemment à Milan. Quant à Barcelone, on ira plus tard. À la première occasion ! 
 

Comment s’est passé ton périple ? Les galères, les bonnes surprises, les meilleurs souvenirs ?

J’ai adoré l’initiative Not Far from the Tree à Toronto, et le Noisebridge Hackerspace de Mitch Altman. C’est avec eux que j’ai passé le plus de temps. Not far from the tree (une cueillette coopérative et solidaire doublée d’une banque alimentaire, ndlr) ça peut faire bobo en apparence, mais ils se vivent comme une startup alors c’est un tout autre esprit. Et ils grossissent très vite : ils comptent déjà en tonnes de fruits récoltés.
 

Question galères, on est vite arrivés au bout de la somme obtenue sur Kickstarter. L’avion notamment a coûté très cher ! Pour économiser, on a privilégié les transports les moins chers entre les villes américaines : les bus de nuit… mais Detroit-Pittsburgh, on ne les fait pas n’importe comment quand on a 5000 euros de matériel ! J’ai passé des nuits enchaîné à mes sacs. J’étais seul à ce moment, car mon cadreur a dû rentrer en France pour des raisons personnelles. Mais il m’a montré comment filmer et m’a laissé son matériel. Bref, le plan a pas mal changé !
 

Un enseignement sur l’organisation de projets crowdsourcés ? 

Quoi qu’on en pense, le crowdfunding n’est pas une machine à sous. J’ai passé 2 à 3 heures par jour à poster des statuts, je suis allé parler à chacun sur Kickstarter, allant chercher chaque don de 15 euros en 1-to-1 ! En fait, le budget que tu peux prévoir de récolter doit correspondre à la taille de ta communauté. Nous on visait 12 000 euros, avec un panier moyen de 40 euros, ce qui est assez modeste dans le domaine du crowdfunding. 

Ce que j’ai adoré dans cette expérience, c’est de pouvoir la vivre de façon complétement transmédia : les gens qui recevaient la newsletter me répondaient par mail. Les gens m’encourageaient, me téléguidaient par tous les réseaux. On a joué toutes les cartes pour maintenir les liens avec la communauté : Facebook, Twitter, Flickr, chaîne Viméo, timeline sur le site… les meetups et avant-premières dans chaque ville, moments plus officiels où on pouvait prendre du recul, étaient les plus intéressants pour impacter les communautés. En fait, ce webdoc, ce n’est pas un documentaire qui est sur le web. C’est aussi le web au sens large, le web avec nous pendant le tournage !
 

Et ce monde de la sharing economy, qu’est-ce qu’il t’a appris ?

J’ai réalisé qu’il y a deux types de projets collaboratifs, selon leur vocation à être déployés ou non à grande échelle. Dans certains cas c’est une initiative individuelle créée dans un lieu, avec des valeurs propres à la communauté qui la développe. Là, la duplication est difficile mais le projet peut inspirer ailleurs des initiatives similaires. Il faudra par contre une autre équipe fondatrice dans le nouveau lieu, qui devra appliquer ses propres valeurs.

Dans d’autres cas c’est une startup qui a l’ambition de se déployer à grande échelle. Si elle réussit, elle aura beaucoup plus d’impact : le service deviendra mainstream, et même ma mère va connaître. Mais elle n’aura pas le même impact sur ses valeurs fondatrices, car elle pourra beaucoup moins contrôler ce que font les gens qui l’utilisent.

Ce que j’ai découvert aussi, c’est que l’acteur déterminant pour le futur de l’économie collaborative, c’est l’Etat, qui doit offrir un cadre légal. C’est ce qui va faciliter le développement de cette nouvelle économie, ou bien tout bloquer. Quand San Fransisco installe la HOV Lane, une voie accessible seulement aux voitures occupées par au moins trois passagers, des auto-stoppeurs trouvent facilement des trajets gratuits en aux heures de pointe. Ca crée du lien et du sens. Quand de l’autre côté des Etats-Unis, la ville de New York choisit d’interdire AirBNB, c’est tout un pan de cette économie qui s’en trouve bloqué.
 

Qu’envisages-tu pour la suite ? Est-ce qu’il y aura une saison 2 du webdoc ?

Le plus difficile avec un projet financé collaborativement, c’est d’y mettre un terme. Officiellement il y a un début, une fin, un livrable. Mais les gens ne comprennent pas quand c’est terminé : je reçois encore régulièrement des mails me proposant de couvrir de nouvelles initiatives !

En tant que designer, je suis arrivé à ce projet par le monde des interfaces. Ce qui m’a passionné, c’est de voir comment on fait tout ça. Et ce projet m’en a inspiré un autre : je me suis aperçu qu’on pouvait aider ces communautés en facilitant la formation de groupes informels dans une unité de lieu (Maxime Leroy développe maintenant Naow, une application sociale de groupes géolocalisés, ndlr). Mais on a mis tout Collaborative Cities en licence CC, des logos au design du site, de manière à ce que quelqu’un qui souhaite faire une saison 2 puisse la faire sur la base de plein de déclinaisons possibles. On peut traduire les vidéos dans d’autres langues, aller dans d’autres régions… je serais ravi qu’une saison 2 se tourne, surtout en Asie et en Amérique du Sud où les choses bougent beaucoup !
 

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