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Médialab session : 48h pour créer le média innovant de demain

7 mars 2013

La Medialab Session parisienne a lieu du 22 au 24 mars. Le principe de cette émulation autour de la création du nouveau média innovant de demain ? Que journalistes, développeurs et entrepreneurs forment une équipe, présentent leurs idées et mettent à l’épreuve leur solution média. RSLN est partenaire et a rencontré Romain Saillet, fondateur des Medialab sessions.

RSLN : Quelle est l’origine du projet ?

Romain Saillet : Au cours de mon expérience professionnelle, j’ai eu la chance de travailler au sein de médias innovants et d’être aussi en même temps à proximité des startups et des écosystèmes numériques. Cette différence de culture m’a longtemps frappé. Et j’en suis arrivé à me poser la question des solutions qui pouvaient exister pour inverser la tendance dans la crise que les médias traversent. C’est au cours d’un voyage à San Francisco que j’ai été convaincu de la richesse de la collaboration des talents et des compétences. La simplicité avec laquelle ils réussissent à collaborer là-bas a vraiment modifié ma façon de percevoir les choses.

En rentrant, le constat ne pouvait aboutir qu’à une chose : écrire un premier concept. Inspiré des hackathons, il fallait l’adapter aux questions qui me semblaient importantes pour les médias : quelle est ma ligne éditoriale et comment je traite l’information ? Quel est mon modèle économique et comment je travaille avec ma communauté, quelle place je lui donne dans un média. Une fois ces questions posées, on peut alors se rendre compte que le triptyque – journaliste, développeur, designer – devait intégrer une compétence entrepreneuriale pour questionner la valeur de l’information. Derrière cette question se cache aussi l’indépendance du média, autre question majeure de ces dernières années.

Qui sont les fondateurs et quelles expériences ont-ils à la fois des médias et à la fois du fonctionnement et de la philosophie startup ?

J’ai fondé la Medialab Session aux cotés de Simon Robic, fondateur de Bringr, une solution d’écoute et d’analyse des réseaux sociaux, et précédemment journaliste pour Numérama et EntrepreNantes, et Yoann Digue, chargé de développement des filières numériques à Angers Technopole. Nous avons beaucoup réfléchi pour proposer une première version à Nantes en mai 2012 : avec l’expérience de Simon et celle de Yoann, au contact des startups angevines dans un écosystème solide et performant, nous avons travaillé énormément. Avec un regard sur les médias et une vision entrepreunariale, Medialab Session avait toutes les cartes en main pour débuter. Neila Romdane et Willy Braun nous ont rejoints pour travailler sur la session parisienne. Ils sont tous les deux auteurs du livre « Internet Marketing 2013 ». Neila travaille à l’Electronic Business Group (EBG) et Willy est aujourd’hui délégué général de France Digital.

Les médias devraient-ils se transformer et innover aussi rapidement que les startups ?

Le terme de startup de l’information est très intéressant. Un média peut être une startup, mais répond à des normes, des valeurs, une culture bien spécifique. C’est pour cela qu’il faut s’accorder sur la définition d’une startup. L’agilité, la rapidité d’action et la capacité de changer les règles pour mieux avancer sont clairement des valeurs que peuvent défendre les médias. C’est donc avant tout dans leur culture et leur gestion des projets que les startups peuvent influencer les médias. Ce terme permet aussi de rappeler aussi qu’un média est une entreprise, qui doit financer les personnes qui travaillent pour lui, donc qui se doit d’avoir des revenus. La question de la transformation de la valeur de l’information est au cœur de la crise que subissent les médias. Quelle est ma valeur ajoutée ? À partir de quand une information devient payante ? Comment je la finance ? Qu’est-ce que j’apporte comme nouveaux usages, services, à mes récepteurs ?

Le terme de startup de l’information permet de pouvoir parler de média et de financement sans tabou. C’est même sain de regarder le problème en face pour trouver des solutions qui aillent dans le sens des médias, des rédactions et plus globalement de l’information.

Comment on imagine et on invente un média innovant avec assez de force pour qu’il puisse être réalisé ensuite ?

Lorsqu’un porteur de projet passe dans une Medialab Session, il repart avec : une équipe compétente, une idée validée par des professionnels des médias et un réseaux de jeunes proactifs dans les médias. S’ajoutent des professionnels : directeur de médias, rédacteurs en chef et business angels. Nous permettons en 48 heures de gagner six mois de travail et une super expérience, sans même avoir gagné la Medialab Session.

Le gagnant reçoit l’accompagnement de partenaires, à la fois pour trouver des points d’entrées à des réseaux, mais aussi dans de l’accompagnement comme avec KissKissBankBank qui permettra au gagnant de bénéficier d’une stratégie de crowdfunding, afin d’amorcer le projet et d’obtenir ses premiers financements. Pour la session parisienne, nous avons aussi eu la chance de rencontrer les éditions Diateino qui offriront leurs livres au cours du week-end. Sup Internet nous épaule également pour cette Médialab Session parisienne. En tant qu’école qui forme les futurs développeurs et webdesigners, c’est une vraie chance qu’elle soit à nos côtés : ils ont très vite compris comment nous souhaitions travailler et accompagner les équipes. Ils ont aussi de très nombreux réseaux qui permettront aux équipes de se développer plus rapidement.

Pour réussir, quels sont les ingrédients ?

Les ingrédients commencent à être connus mais tout le problème se trouve dans le dosage. Il faut se laisser surprendre, ne pas vouloir tout contrôler autour de soi, au risque de bloquer toute créativité dans son équipe. Il faut donc être dans un esprit bienveillant et surtout communiquer un maximum pour se faire comprendre. Créer une dynamique de groupe est primordiale. Ensuite, il faut réussir à trouver un langage commun entre les différentes personnalités et compétences de l’équipe. Nous avons tous un jargon entre professionnels du même métier, qui peut vite ressembler à une bouillie verbale quand on échange avec d’autres. Il est donc nécessaire de créer un référentiel commun, afin d’avoir le même langage et éviter les incompréhensions. Il faut aussi être force de proposition. À la manière d’une troupe d’improvisation sur scène, il y a des règles à respecter pour que les idées prennent tout leur sens. Ne pas refuser une proposition, mais aller au bout du raisonnement pour voir ce que l’on peut y trouver. Si une proposition ne nous convient pas, il faut faire une contre-proposition et nourrir le débat au lieu de le scléroser.

Ces petites règles simples permettent aussi d’éviter les frustrations. C’est aussi valable dans la vie de tous les jours ! Apprendre à avoir tort est une valeur forte que nous défendons. L’échec est complètement accepté, s’il est compris et qu’il permet d’aller de l’avant. La Medialab Session est justement un espace de jeu où tout est possible. Y compris tomber deux ou trois fois pour mieux se relever. Ces quelques règles simples sont primordiales pour avancer, au cours de la session et après la session aussi. Trouver des financements, des partenaires, nerf de la guerre de toute entreprise mais plus encore dans les médias.

Est-ce que les rencontres peuvent aboutir à une aide du média créé même s’il n’est pas gagnant de la session ?

C’est très probable. Beaucoup de nos mentors viennent aussi pour découvrir les équipes et les projets présents. Ils souhaitent eux aussi être surpris et pourquoi pas proposer leurs services afin de les développer et de les aider. Les mentors et jury que nous avons choisis sont vraiment des amoureux des médias. Et j’espère bien qu’ils tomberont sous le charme de nos équipes !

Comment envisagez-vous les prochaines sessions ?

Pour la session parisienne nous avons eu beaucoup de travail parce que nous devions mettre en place un grand nombre d’outils, qui nous serviront pour la suite, comme le site internet, qui a été un gros bébé à développer. Nous avons eu la chance de travailler avec l’agence nantaise Escale Digitale, qui nous a vraiment accompagnés pour trouver les meilleures solutions à nos problèmes. Être épaulé est vraiment important ! Nous allons aussi pouvoir faire un premier bilan après la session parisienne pour toujours améliorer le concept pour offrir la meilleure expérience à nos participants. Nous avons déjà des idées que nous mettrons en application à Bruxelles et à Nantes. Chaque Medialab Session est vraiment organisée avec des personnes de l’écosystème. Travailler avec autant de personnes multiplie les échanges et fait naitre de bonnes idées aussi bien qu’elle permet de faire tomber les mauvaises.

Le gagnant de la précédente session, 102 heures, a-t-il transformé l’essai ?

Les gagnants de 102 heures sont en cours de développement de leur projet. Ils ont gagné l’année dernière le laboratoire innovant des assises du journalisme de Poitiers. Nous étions vraiment contents que la formation de l’équipe ait eu lieu à la Medialab Session de Nantes. Les principales personnes investies dans le projet ont fait évoluer leur carrière ensuite. Des journalistes ont développé leur propre projet, certains sont repartis en formation… C’est aussi ça la Medialab Session, avoir tout à coup un environnement qui te démontre que tout est possible. Et qu’il faut croire en tes rêves, parce que personne ne le fera pour toi.

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