Mettre à jour le logiciel « démocratie »

15 avril 2015
Crise des institutions, déficit de légitimité, baisse de la participation… C’est pour tenter de répondre à la crise politique que nous traversons que se sont associés l’Institut Montaigne, Terra Nova et Renaissance numérique autour de l’initiative Démocratie. Mise à jour. L’objectif : engager une réflexion ouverte sur la façon dont Internet et les outils numériques peuvent être des leviers du sursaut démocratique. Pour faire suite aux cinq ateliers participatifs organisés dans différentes villes de France, se tenait le 9 avril dernier à l’Assemblée Nationale une après-midi de restitution de ces travaux en présence de nombreux experts de ces thématiques. Compte-rendu.

« Internet provoque des révolutions majeures dans toutes les sphères de la société. Il est donc normal que le monde politique soit également concerné ! »

C’est Laure de la Raudière, députée d’Eure-et-Loir (UMP) et spécialiste de ces questions, qui donne le ton en ouverture de l’événement : si le numérique ne peut tout résoudre à lui seul, il s’impose de plus en plus comme un pilier des politiques de réforme de l’Etat. En témoignent les politiques de gouvernement ouvert mises en œuvre par la France et de nombreux pays autour du triptyque « transparence, participation, collaboration ».

Quand numérique rime avec transparence

De gouvernement ouvert, il en était question dès le début de la première table ronde – « La transparence grâce au numérique : diktat ou opportunité pour la politique ? ». Henri Verdier, directeur d’Etalab et administrateur général des données de l’Etat français, souligne que le mouvement en faveur de l’ouverture des données publiques n’est que la concrétisation de principes inscrits depuis 1789 dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. La technique au service de la transparence démocratique, en somme.

Pour autant, le numérique est-il une chance pour la transparence, questionne Thierry Pech de Terra Nova ? Oui, répond Daniel Lebègue, président de Transparency International France. La transparence c’est avant tout faire preuve, pour quiconque détient un mandat public, d’ « accountability » – de redevabilité – envers les mandants.

Selon Daniel Lebègue, la transparence répond à deux attentes : elle facilite l’accès à l’information afin de permettre aux citoyens de participer pleinement au contrôle des décisions publiques et elle renforce l’efficacité de l’action publique, ce qui passe notamment par une meilleure diffusion de l’innovation. Deux principes qui sont aux racines de l’open data. Le nerf de la guerre : la recherche d’un équilibre entre ce principe de participation des citoyens à la vie publique et le respect de leur vie privée.

Décoder pour mieux informer

Mais pour participer à la vie publique de façon accrue, les citoyens doivent aussi être mieux informés. C’est notamment la tâche qui incombe aux médias d’après Samuel Laurent, journaliste au journal Le Monde et à l’initiative du projet Les Décodeurs. Il propose ainsi de « mettre l’information en forme en la remettant dans son contexte », au moyen par exemple de visualisations de données. Les réseaux sociaux transforment les manières de s’informer. Cela implique que les médias doivent évoluer pour être en mesure de guider les citoyens au sein des multiples flux d’informations qui les entourent.

Au-delà des médias, d’après Laure de la Raudière, c’est avant tout les élus qui doivent prendre en compte cette nouvelle figure du citoyen, demandeur de plus de transparence et de débat collaboratif. Internet est depuis de nombreuses années un lieu d’expression direct pour les représentants. Il faut également qu’il devienne un lieu d’écoute et de veille pour plus d’élus, car Internet permet de recueillir des signaux faibles sur ce que pensent les citoyens de certains sujets.

Sommes-nous en démocratie ?

Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a choisi de débuter son intervention en ouverture de la deuxième table ronde – « L’expression citoyenne sur Internet : un nouveau souffle pour notre démocratie ? » – en répondant à cette question corrosive venue du public.

Car qui dit gouvernement représentatif dit aussi participation des citoyens, et pas seulement lors des rendez-vous électoraux. Le numérique apparaît alors comme le pharmakon, c’est-à-dire le poison autant que l’antidote, qui permet de retrouver une part de confiance et d’approfondir la participation. Il est acquis qu’il permet de renforcer le dialogue et de faire participer des acteurs exclus des espaces classiques de représentation. Mais se pose des problèmes d’inclusion ou encore d’hyper-professionnalisation. Aujourd’hui le numérique ne traite pas la question de la représentativité.

Pour Loïc Blondiaux, il est donc nécessaire que des « animateurs », des médiateurs participent à faire vivre la démocratie. L’initiative Parlement & Citoyens en est un exemple probant.

« Le numérique ne peut pas tout »

Internet change la donne. Ce qui nous amène à repenser que nos institutions, notre système ayant été conçu pour d’autres modalités de communication, d’après Gilles Dowek, chercheur à l’INRIA.

De nouveaux systèmes de communication desquels tous les citoyens ne sont pas familiers. Ce qui soulève également la question cruciale de l’inclusion. Car pour participer via l’outil numérique, encore faut-il y avoir accès, savoir l’utiliser et enfin s’orienter vers les sites en question. Ce qui fait dire à Guillaume Liegey, cofondateur de la start-up en stratégie électorale Liegey Muller Pons et responsable de la campagne de terrain de François Hollande en 2012, que « le numérique ne peut malheureusement pas tout ». Mais les outils existent et se développent, reste aux élus et aux citoyens à savoir se les approprier et ainsi développer de nouveaux usages.

« La question démocratique est centrale »

Le politique est-il conscient de ces enjeux  ? Oui pour Thierry Mandon, Secrétaire d’État à la Réforme de l’État et à la Simplification, chargé de clôturer l’après-midi :

« Il faut ressourcer, revitaliser notre structure, et utiliser le potentiel transformateur du numérique comme outil de revitalisation de la démocratie. » 

Et cela s’articule autour de cinq axes : le numérique est vu comme un outil d’information des citoyens, il permet de repenser les formes de participation à la vie publique et d’améliorer tout ce qui relève de la production des normes, tandis que l’ouverture des données publiques encourage l’innovation et permet d’optimiser les politiques publiques.

Alors si la réponse ne peut pas être que numérique, ses potentialités et nouveaux usages y participent :

« Au moment où la défiance est grandissante et où dans le même temps l’Etat cherche à reconquérir sa puissance, le numérique s’impose comme un outil de modernisation majeur de l’Etat. »

Mais ce potentiel ne pourra être maximisé qu’au prix d’une diffusion massive de la culture numérique au sein même de l’Etat.

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