Mode et Technologie: et si l’avenir se portait comme un vêtement ? share
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Mode et Technologie: et si l'avenir se portait comme un vêtement ?

1 octobre 2013

Paris célèbre cette semaine la Fashion Week. Une souffle indéniable de créativité dans la capitale, mais qui nous laisse avec une question tout de même : qu’en est-il en 2013 de l’alliance des textiles et des nouvelles technologies?  

A une époque où nos téléphones portables nous quittent rarement des mains et deviennent presque des extensions de notre corps, où des mini appareils traquant nos pas, calories et sommeil sont de plus en plus communs – sans parler de l’explosion en 2013 d’accessoires de mode connectés – (selon un rapport du Crédit Suisse de Mai 2013, le marché des technologies « mettables » atteindra les 50 milliards de dollars annuels d’ici 2-3 ans), le moment semble propice pour prolonger cette symbiose entre nos corps et la technologie avec le développement de la recherche en textiles « intelligents » et vêtements intégrant des nouvelles technologies. 

Depuis le jour où le premier homme s’est couvert d’un pagne, notre relation avec le textile n’a fait que de se renforcer à travers les siècles. De notre réveille le matin sur notre oreiller, de notre brosse à dents à la serviette du déjeuner, notre vie est rempli d’interactions avec des objets crées avec des fibres…  

Si l’on arrive à injecter de l’innovation pour dynamiser ces objets, on verra sans aucun doute des améliorations considérables dans notre quotidien. Juan Hinestroza est professeur à l’Université de Cornell à New York et a fondé le Laboratoire des Nanotechnologies Textiles. Ce laboratoire cherche à augmenter des fibres naturelles avec des nanoparticules pour leur donner un tout nouvel usage. Il s’agit de l’un des premiers lieux au monde où créateurs et scientifiques travaillent côte à côte pour créer des projets hybrides, entre mode et de technologies, en phase avec les préoccupations nouvelles des consommateurs. 

Pour Hinestroza, le futur proche verra des tapis capables d’allumer des lumières au fur et à mesure que l’on avance, des rideaux qui changent de transparence selon la présence ou non du soleil, voir même des vêtements « bons » pour la santé ou capables d’administrer des médicaments.  Autant de possibilités qui permettent de défier l’idée reçue de la futilité de la mode…

 « Mon rêve serait de n’avoir qu’une tenue qui servirait à tous les usages et circonstances », explique Juan Hinestroza « Le t-shirt rouge que j’ai porté la journée pourrait devenir noir après passage sous un champ électrique et adapté pour la soirée. Si, pendant une fête, on me renverse du vin sur le t-shirt, il ne se salirait pas. Le lendemain, je pourrais changer de nouveau sa couleur – en blanc pour aller courir – et il ne sentirait jamais mauvais, parce que je pourrais contrôler aussi les bactéries qui créent l’odeur de la transpiration. S’il fait froid ou bien trop chaud, les fibres pourront se gonfler pour gagner en épaisseur ou chaleur ou se rétracter. Le vêtement devient comme une sorte de seconde peau qu’on n’aura jamais à laver et qui aurait le confort et la sensation du coton, car il est 99.9999 % coton. » 

La seule différence ? Une couche de 5-nanomètres sur la surface du tissu. La composition de cette couche variera donc en fonction de l’usage qu’on souhaite lui donner. 

Aujourd’hui, le laboratoire de des nanotechnologies textiles de Cornell a déjà développé une robe qui permet de charger son téléphone, une tenue de sport qui repousse les gaz a effet de serre et développe actuellement pour l’armée américaine, des tenues de camouflage, capables de changer de couleur selon l’environnement. 


Njehringe est une collection de vêtements développée par Matilda Ceesay, étudiante à Cornell University, qui protège de la Malaria en intégrant un répulsif naturel contre les moustiques au niveau moléculaire des fils du tissu. 

Selon l’étude « Ces Textiles qui nous font du bien » de L’IFM (Institut Français de la Mode) en 2012, « les applications sont nombreuses, tels les textiles antibactériens, autonettoyants, anti UV, ou encore les textiles performants utilisés par les sportifs (nano fibres de carbone, carbon black…) » 

En France, la société Mater’io est une ressource précieuse pour la veille et l’archivage de ces nouveaux matériaux innovants et singuliers, à destination des architectes, designers mais aussi les créateurs de mode. Quentin Hersinger, fondateur de Mater’io Précise : 

« Pour certains les nanotubes de carbone représentent le matériau de l’avenir, qu’il servent à fabriquer des muscles artificiels ou un « textile » transparent et plus solide que le métal (oui, comme l’avion invisible de Wonder Woman). Un autre domaine en vogue, c’est le bio-mimétisme, porté par les enjeux environnementaux actuels et ce besoin qu’à l’humain aujourd’hui de se reconnecter avec le reste du vivant. La nature cache des phénomènes extraordinaires, tel le gecko, devenu véritable star du bio-mimétisme grâce à sa capacité extraordinaire d’adhésion sur des murs ou plafonds lisses (tel un Spiderman). En observant pendant vingt ans ce lézard, des scientifiques du Massachusetts ont réussi à reproduire ce dispositif d’« accroche ventouse » pour concevoir le GeckSkin, un scotch ultra-puissant qui se décolle facilement et qui est réutilisable. C’est génial. »

Des projets purement artistiques et esthétiques sont aussi sur le chemin de réinventer la mode grâce à la technologie. Le duo de créateurs Anglais qui forment Cutecircuit créent des robes interactives munis de LED qui réagissent et changent de couleur en fonction de différents stimuli (musique, chaleur, toucher), voir même une robe « Twitter », connectée via Wifi qui interagit en fonction de l’activité de son fil tweeter.  

  
Cutecircuit, Aurora Dress

Iris Van Herpin, révolutionne la haute couture depuis quelques années déjà, avec ses créations qui utilisent des procédés jamais vus dans la mode comme l’impression 3D. Ses créations ont largement contribué à introduire cette technologie au grand public, et explorent pour la première fois de nouveaux usages de l’impression 3D pour la mode.

Les créateurs New Yorkais de Continuum, continuent dans cette lignée avec des collections de robes et de lingerie en impression 3D modulables, fait sur mesure et achetables en ligne.

 
D. Dress, Continuum 

La mode a toujours été l’un des meilleurs moyens pour affirmer ses goûts et son identité. Dans cette société numérique où notre identité se définit de plus en plus par les technologies que l’on utilise, il est tout à fait logique que ces deux domaines finissent enfin par s’unir. 

Enfin, une alliance entre geeks et fashionistas !

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