MuseoMix : quand l’esprit du web souffle sur les musées share
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MuseoMix : quand l'esprit du web souffle sur les musées

9 janvier 2013

Si le numérique au service de l’innovation muséale ne date pas d’hier, de nombreux musées attendent encore d’en bénéficier de tout le potentiel, pour offrir par exemple des expériences interactives susceptibles de plaire à de nouveaux publics.

Alors, quand des fous de web et de culture débarquent dans dans l’une de ces vénérables institutions pour inventer de nouvelles manières de la visiter, le résultat est explosif : c’est le projet MuseoMix, dont nous vous avions parlé ici, et que nous sommes allés suivre là. Samuel Bausson, du Muséum de Toulouse, et Stéphanie Bacquère, de l’agence Nod-A, nous en disent un peu plus sur cette démarche hors du commun.

RSLN : Comment est né MuseoMix ?

Samuel Bausson : Lorsque tu fais de la médiation culturelle, tu t’intéresses forcément à la façon dont tu peux améliorer l’expérience des visiteurs de ton musée. Mais après avoir fait plein de tentatives, tu te heurtes à une certaine limite de fonctionnement : c’est cloisonné. Il n’y a pas la même fluidité et l’énergie créative que tu peux trouver dans certaines communautés en ligne. Alors comment les transférer dans le monde réel ? Tout est parti de là.

En quoi votre approche est-elle différente ?

Samuel Bausson : On voulait faire quelque chose qui soit itératif, design et user-centric. Pas comme dans un musée classique, où on a un comité scientifique qui fait un cahier des charges, et travaille avec des prestataires en mode descendant. Là, on ne parle pas en termes d’exposition, puis de médiation, puis d’équipe web en dernier lieu : on intègre tout le monde en même temps. Chacun comprend la spécificité de chacun, et le web n’est pas qu’un outil : il fait la médiation.

Sur Mixeum.net, tu trouveras un article qui s’appelle « le musée légo » : l’impulsion, le pourquoi on fait ça, c’est ce texte. Ce qu’on veut surtout, c’est trouver des musées ouverts, plus participatifs… que le mode contemplatif soit pas le seul mode.

Stéphanie Bacquère : Ici, on a une culture anti-rhétorique qui vient du Net, et que certains appellent « action-cratie » : ceux qui ont le droit à la parole, c’est ceux qui font des choses. Comme tout dans le numérique, ça change le rapport au pouvoir, et ça redistribue les pouvoirs partout ! 

La médiation par le web permet à des amateurs de faire aussi bien que des experts, en somme ?

Samuel Bausson : Les gens ne sont pas experts, mais ils s’approprient les œuvres qu’ils sont chargés de revisiter en fonction de leur idéal muséal. Il n’y a pas de dichotomie, de dimension de commande et de cahier des charges.

C’est aussi très intuitif : on n’est pas un séminaire qui réfléchit sur ce qu’est un musée. Et on a plein de volontaires : c’est notre récompense.

Stéphanie Bacquère : Ce qui stimule les muséomixeurs, c’est qu’on est très orientés « résultat ». Les équipes ont trois jours pour délivrer un produit qui se situe entre la maquette, la preuve de concept et le prototype. Trois jours, et pas un de plus ! Si à la fin du week-end, leur dispositif n’est pas achevé, le musée ouvrira quand même le lundi matin, et les visiteurs le trouveront tel quel.

Alors ils ne comptent pas leurs heures, et de notre côté, on leur laisse le plus de temps possible : MuséoMix est ouvert de 8 heures à 23 heures, et les gens sont nombreux à rester jusqu’au bout !

Il faut dire qu’ici, ils ont tout ce dont ils ont besoin : un atelier de fabrication classique, un fab-lab avec des outils comme l’imprimante 3D, du matériel pour faire de la conception assistée par ordinateur… S’il leur manque quelque chose, l’équipe est là pour le leur fournir : on peut aller acheter tout et n’importe quoi.

Après, on ne fait pas de techno-push : si un crayon leur suffit, c’est ok pour nous aussi !

Mais concrètement, comment le web hybride-t-il les ateliers ?

Samuel Bausson : L’année dernière, on a trouvé que MuséoMix n’était pas encore assez structuré sur le net. Alors cette année, on a mis le paquet : on a des outils de travail collaboratif, un tableau de bord en ligne et un reporter dans chaque équipe projet. L’idée, c’est de permettre à des muséomixeurs de vraiment participer « à distance », et que ceux présents physiquement puissent demander des conseils en ligne.

Comment avez-vous convaincu des musées de se laisser « remixer » d’une façon aussi inhabituelle ?

Samuel Bausson : il faut dire qu’on avait déjà une forte « caution musée ». En tant que webmaster du Muséum de Toulouse, je suis « hybride » entre une culture web et une culture musée. Etant dans les musées, je vois bien comment ça se passe : des réunions, des conférences qu’on ne fait qu’entre nous, entre gens des musées… et où on n’apprend pas tant qu’en faisant.

Côté web, on avait monté un fil twitter sur l’innovation avec Nod-A. Avec Julien Dorra, on avait aussi monté l’opération Orsay commons pour prendre et distribuer au public des photos d’Orsay, lorsque le musée a décidé de les interdire. Diane Dubray, la fondatrice de Buzzeum, a aussi cette double culture.

 

Et qui est propriétaire des idées et des concepts qui sont développés ici ?

Stéphanie Bacquère : On encourage les gens à libérer ce qu’ils ont fait.

Samuel Bausson : On a quelques règles que chacun doit accepter. Par exemple, si quelqu’un apporte une brique et qu’il ne veut pas l’ouvrir, il ne faut pas que ça empêche la réplication du dispositif dans un autre musée. On n’a pas encore trouvé une licence qui nous convienne, mais on en cherche en tout cas.

Stéphanie Bacquère : L’année dernière, une startup s’est montée suite à une collaboration réussie entre des MuseoMixeurs ! Et le concept a du succès : on a un MuseoMix à Montréal, et un autre à Amsterdam qui se préparent.

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