New York, terre de dataviz

6 septembre 2013

New York est un terrain de jeu, un véritable bac à sable pour les designers d’information et les data scientists. Pour ceux qui veulent démontrer le surprenant pouvoir de la mise en image des données, l’exemple de la Grosse pomme est en effet tout trouvé : il parle au moins à 19 millions de personnes… quand il n’en fait pas rêver 7 milliards ! Et dans la course à l’intelligence des villes du monde, Gotham est bien entendu, par nature, un compétiteur de poids et de talent. La preuve avec ces quelques projets d’hier et d’aujourd’hui… qui rappellent que la ville n’est pas tant un monde de briques et de mortier que d’idées et d’informations. 

Prendre le « pouls de la ville »

A mesure que l’électronique se développe et se raffine, la ville se rêve de plus en plus intelligente. Pour réguler ses flux, combattre ses nuisances, les capteurs s’y installent partout et dessinent une image d’elle en temps réel, avec laquelle on rêve d’interagir. New York n’échappe pas à la règle bien sûr, elle est même bien souvent précurseur en la matière. En témoigne ce projet artistique retraçant le réseau de distribution des pizza dans la ville à l’aide des GPS embarqués dans les motos des livreurs :
 

Ou encore, cette visualisation des tweets envoyés depuis la grosse pomme selon la langue utilisée, qui permet de prendre la mesure de l’incroyable diversité culturelle de cette ville cosmopolite.
 

Voir sa rue au siècle dernier

A quoi ressemblait Harlem au temps des cowboys ? Superposez une carte interactive de 2013 avec une carte du New York de 1836, et vous aurez la réponse. Ou plutôt, profitez ici du fait que le Smithonian Magazine l’ait fait pour vous. On a vérifié : la trame des rues n’a pas trop changé, mais des pans entiers de terrain restaient à bâtir… et bien sûr, à côté d’Ellis Island qui a vu passer en un demi-siècle 12 millions d’immigrants, pas encore de trace de la Statue de la Liberté. 
 

Dans le même genre, on vous parlait ici de cette très belle carte permettant de visualiser le quartier de Brooklyn selon l’ancienneté des bâtiments : un formidable outil pour comprendre l’aménagement du territoire.
 

Une carte des métros, c’est utile mais ça peut être joli aussi !

« Les New Yorkais sont toujours prêts à vous indiquer votre chemin: en fait ils semblent assez fiers de savoir où ils sont eux-mêmes ». Qui ne s’est pas encore perdu dans le dédale des métros new yorkais ne prendra sans doute pas toute la mesure cette citation de l’écrivain Katherine Brush… et si le design pouvait nous aider à trouver plus facilement notre chemin ? 

Voyez ces deux cartes. Celle de gauche représente le réseau de métros tel que les New yorkais se le représentent au quotidien – le visuel étant en effet la carte officielle placardée dans toutes les stations. A droite, on découvre le travail d’un designer cartographe hors du commun : Max Roberts. L’idée de ce hacker ? Repenser toutes les cartes des réseaux de transports des grandes villes du monde, pour montrer qu’un bon plan n’a pas seulement besoin d’être pratique : il peut aussi être esthétique.

 

Un plan plus joli, mais sans doute aussi aussi plus pratique à utiliser. Pour la même carte revisitant le métro parisien, le designer avait ainsi déclaré :

« Cette carte est 50% plus facile à utiliser pour planifier ses déplacements que la carte officielle. Quand on pense à tous les touristes à Paris, c’est beaucoup de temps économisé ! »

Et le temps… c’est de l’argent !
 

Une carte sonore pour savoir où trouver l’ambiance souhaitée

Ce travail est un peu ancien déjà (on vous en parlait en 2010) mais il n’a pas pris une ride. Mark Edward Compos, étudiant en architecture au California College of the Arts à San Francisco s’est intéressé aux activités qui rythment la journée de la « ville qui ne dort jamais », par le prisme des sons d’ambiance. Dans la visualisation que vous pouvez voir dans la vidéo ci-dessous, différents lieux environnants classés par activité (cafés, bars, boites de nuit, parc, gym) sont chacun associé à une couleur. Leurs périodes d’activités respectives s’échelonnent autour d’un cercle qui représente les 24 heures de la journée.

Résultat ? Cette carte sonore de New York permet de savoir où s’installer à tout moment de la journée selon l’ambiance que l’on recherche… gageons qu’elle puisse aussi servir d’outil d’aide à la décision pour les aménageurs, le design sonore étant très utile pour concevoir la rue du futur.

Sensibiliser à des problèmes émergents

Manhattan, ce n’est pas seulement la magie des cupcakes : le Borough new yorkais remporte également le triste record du monde des inégalités de revenu, avec des écarts extrêmes dans les conditions de vie qui continuent de s’accroître, et l’on peut ressentir parfois en marchant d’une rue à l’autre.

Pour sensibiliser à ce problème, les designers d’information peuvent mettre les données au service de visuels militants, comme celui-ci que présente Fast Co.Exist : si on réglait la hauteur des buildings en fonction des écarts de revenu entre les habitants du quartier, certains contrastes seraient saisissants… et tous les records de hauteur des gratte-ciels de la Grosse pomme seraient malheureusement battus.

Dans la même veine, c’est souvent le plan de métro qui est utilisé pour rappeler qu’à Paris ou à Londres aussi, nous sommes loin d’être égaux sur toute la ligne.

 

Mais la dataviz sert aussi à la gestion des évènements dramatiques. Un exemple ? Lorsque l’ouragan Sandy et les dommages provoqués par son passage sur le Nord-Est des Etats-Unis ont marqué l’actualité en 2012, les data-journalistes du New York Times ont recoupé les informations de différents services de renseignement afin de créer des cartes interactives localisant les coupures de courant et montrant l’étendue des dégâts. Peut-être pourraient-ils travailler avec la police ?

 

Surveiller le développement de la ville 

Le New York Times nous surprend régulièrement par de nouveaux formats. Récemment, le site internet du journal a révolutionné la mise en forme du bilan politique : découvrir comment la ville de New York a évolué sous les douze années de mandat du maire Michael Bloomberg, c’est le défi brillamment relevé par cette modélisation de la ville qui nous en fait apparaître les changements majeurs. 

Selon les projets d’aménagement, un code couleur nous permet de visualiser les bâtiments concernés et des photos « avant-après » viennent illustrer les évolutions. On peut ainsi y surveiller les effets de la gentrification, en voyant comment d’anciens quartiers pauvres comme Harlem ou le Bronx ont progressivement été investis par des populations de jeunes cadres en quête de logements abordables. Ou comment le bord de mer s’est peu à peu transformé pour devenir un quartier luxueux tout en s’équipant pour faire face à la montée des eaux.

Alors, le journalisme du futur s’invente-t-il au New York Times ? Il faut dire que le journal a une belle tradition derrière lui. John Kennedy disait lui-même :

« Je ne pense pas que les rapports des services de renseignement soient tous intéressants. Parfois, je trouve plus de choses dans le New York Times ». 

Et maintenant… à vous de jouer !

A travers l’exemple de New York, toutes ces dataviz montrent que la ville se réinvente par tous ceux qui, en la vivant, savent s’emparer des données pour en retranscrire les vibrations, révéler ses dynamiques et les grandes tendances qui la traversent.

Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y a fort à parier que ce travail ne sera plus longtemps le privilège des designers et des data scientists. Des services comme DataAppeal oeuvrent à mettre le design d’information à portée de tous, en permettant à chacun de transformer des données géolocalisées en de belles visualisations 3D. Vous voulez essayer ?

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email