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Newsgames : entre appropriation des rédactions et investissement des internautes

29 mars 2013

Réunis dans l’Ecole de l’Image des Gobelins, près d’une dizaine de professionnels des médias se sont rassemblés le 27 mars dernier pour faire un état des lieux des newsgames, ces jeux en ligne mêlant information et gaming, et des problématiques qu’ils soulèvent. Compte-rendu.

Transmettre l’information par le divertissement, c’est une nouvelle manière de s’adapter au web et à ses usages. Dans un flux constant d’information et dans la recherche de divertissement, le newsgame revendique une approche ludique de l’actualité et s’inscrit dans le panorama des jeux sérieux ou serious games en anglais.

Engager le dialogue avec l’internaute

Journaliste et co-réalisateur du newsgame du Monde.fr Primaires à gauche sorti à l’occasion des primaires socialistes en 2011, Florent Maurin est venu faire une typologie des différents newsgames, une présentation que vous pouvez retrouver ci-dessous.

Comme il l’explique, les newsgames réinventent la manière de communiquer avec l’audience :

« Habituellement le journalisme fonctionne sur l’ordre du discours linéaire. Un objet interactif comme le newsgame lui change de référentiel et se positionne sur le mode de la discussion. l…] Le but ultime est de faire comprendre un système à l’internaute en le laissant le manipuler. »

Et nombreux sont les newsgames impossibles à gagner. Jouer pour échouer, telle est l’expérience proposée par une grande partie ces nouveaux produits médiatiques. Le but étant de de faire réfléchir l’internaute a posteriori et de lui faire prendre conscience des différents enjeux du thème abordé comme l’a précisé Florent Maurin :

« Je perds donc je pense. C’est comme ça que les jeux vidéo vous font travailler. […] Le but c’est aussi de créer une communauté et d’engager le débat. »

Intégrer un nouveau format dans les rédactions

Mais changer le format pour transmettre l’information et la proposer sous forme de jeu n’est pas toujours chose facile dans une rédaction, et l’équilibre entre information et divertissement est souvent difficile à atteindre. Nabil Wakim, journaliste au Monde.fr et qui a également participé au newsgame Primaires à gauche l’a ainsi expliqué :

« À un moment donné on était arrivés à une version de Primaires à gauche qu’on pensait aboutie et finalement beaucoup de personnes nous disaient que c’était trop compliqué et pas suffisamment amusant.

Je pense que le principal défi qui se pose à nous journalistes est d’utiliser ce format comme un moyen de faire comprendre le monde qui nous entoure, mais la difficulté principale, outre l’aspect financier, est cet équilibre à trouver dans le message. »

Alice Antheaume, Nabil Wakim, Olicier Mauco

Le newsgame pour explorer les données

Et les newsgames répondent également à d’autres problématiques auxquelles les médias sont confrontés aujourd’hui, notamment la collecte, la gestion et l’analyse des données.

Comme indiqué dans la typologie des newsgames faite par Florent Maurin, certains jeux ont pour but de creuser des données.

De nombreuses rédactions ont ainsi intégré des journalistes de données à leurs équipes, mais le travail peut s’avérer beaucoup trop dense pour une seule et même personne, notamment lorsqu’il s’agit d’étudier plusieurs milliers de documents.

Les newsgames sont donc une bonne occasion de mettre l’audience à contribution en lui offrant la possibilité de participer à l’analyse.

Mais à l’instar de Nabil Wakim, Pierre Romera, développeur et expert en journalisme de données n’a pas manqué de préciser qu’il fallait faire attention à ne pas rendre les dispositifs trop compliqués au risque de perdre l’audience comme ce fut le cas de Despotic Minds : bien que le sujet ait été passionnant, le dispositif semblable au jeu master mind a découragé de nombreux internautes.

Entre sollicitation des internautes, divertissement et information, les créateurs de newsgames doivent là encore trouver un équilibre.

 

Nouveau format, nouvelle formation des journalistes

Et les journalistes en devenir doivent être formés à ces nouveaux formats. S’ils apprécient pour la plupart les outils offerts par le web, certains étudiants en journalisme doivent apprendre à les maîtriser. Et cela va jusqu’à apprendre à coder comme l’a expliqué Alice Antheaume, responsable de la prospective au sein du master journalisme de Sciences Po.

« Nous avons beaucoup d’étudiants qui viennent de milieux littéraires à la base. Le but du jeu c’est de les faire penser autrement qu’avec du texte. Ils ont du mal à se dire “quel est le meilleur format pour raconter mon histoire ? ».

À Sciences Po ils ont des cours de code. L’idée c’est de connaître un minimum la technique pour pouvoir mieux dialoguer avec les développeurs par exemple. »

Et Olivier Mauco consultant et concepteur de serious games va plus loin encore. Ce qui est au coeur de l’expérience du newsgame, c’est le game design :

« C’est une forme de langue proche du code. On écrit un processus d’expérience : comment on va faire explorer et découvrir un espace. »

Le tout afin de faire vivre une communauté autour d’un thème comme il l’a précisé :

« La gamification c’est l’utilisation de techniques du game design pour créer de la relation avec la communauté. Le but ici est de créer un espace d’appropriation et d’investissement. »

Si les newsgames viennent compléter le paysage des formats d’information innovants, ils sont toutefois confrontés à diverses problématiques au sein des entreprises médiatiques, notamment celle du financement de tels projets, souvent très coûteux. 

Il n’y a d’ailleurs pas que dans les entreprises médiatiques que le jeu vidéo a fait son apparition et l’éducation intègre désormais ce format à l’apprentissage. De quoi révolutionner les programmes et l’approche classique de l’enseignement.

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