Objets connectés, avez-vous donc une âme?

21 février 2014

Depuis 2008, le nombre de « choses connectées » a dépassé le nombre d’humains sur la planète : 25 milliards d’objets connectés côtoient 6,5 milliards d’individus. En 2015, on en prévoit trois fois plus encore. Où nous conduit cette (r)évolution des objets ?

C’était l’objet de la conférence plénière des Tech Days, le 13 février dernier, qui nous a aussi offert un tour d’horizon des initiatives les plus excitantes.
 

De l’Internet of things à l’Internet of everything 

 
L’Internet des informations avec le web, puis l’Internet des individus avec les réseaux sociaux et l’Internet des lieux avec les services de géolocalisation … la numérisation du monde se poursuit aujourd’hui avec l’internet des objets. 

Résultant de la convergence de quatre tendances – la puissance des capteurs, le cloud, le mobile et le Big data, cette nouvelle étape inaugure aussi l’ère de « l’internet of everything ». Vue comme un véritable gisement de croissance par le gouvernement, la transition vers un monde connecté fait partie des 34 projets d’avenir soutenus par François Hollande pour reconquérir notre industrie. 

Mais pourquoi les objets connectés sont-ils promis à un tel succès ? Illustration avec sept projets.

Rien ne se crée, tout se transforme

Grâce à un supplément de software (le logiciel) et de hardware (le matériel) faciles d’installation, Net Gadgeteer propose de connecter une table et une fenêtre. L’utilité ? Faire de la première une télécommande que l’on ne perdra pas, et de la seconde un support multifonctions : affichage d’informations, d’un écran de télévision ou tout simplement fermeture des volets en fonction de l’heure ou de la chaleur… de nombreuses possibilités numériques mais plus nécessairement digitales (des traces de doigts sur les fenêtres ? Trop salissant !) grâce à la reconnaissance des gestes.

…et devient intelligent ?

De l’habitat individuel à l’écosystème collectif de la ville, le numérique transforme les objets du quotidien pour qu’ils répondent plus finement à nos besoins, explique Joris Gaudion de Schneider Electric  Permettre aux habitants et à la ville de réaliser des économies, optimiser la consommation d’énergie du quartier pour réduire son empreinte carbone : voici deux des objectifs d’Issygrid, projet réunissant un consortium d’acteurs pour faire du quartier Seine Ouest d’Issy-les-Moulineaux un quartier intelligent. A terme, de telles initiatives pourraient s’étendre à une plus grande échelle et ainsi permettre de relever les défis d’un monde de plus en plus peuplé et urbain. Mais pourquoi l’idée de « rajouter une couche d’intelligence sur la ville » surgit-elle maintenant ?

Pour Frédéric Dittmar, du groupe Bolloré, c’est justement le modèle des villes du XXIème siècle qui impose la création de nouvelles solutions. La distance du lieu de vie au lieu de travail augmente chaque année, tout comme le trafic et la pollution, tandis que « les ventes automobiles chutent de 2% par an » … Autant de défis économiques, écologiques ou urbanistiques auxquels les objets connectés peuvent répondre par une déclinaison d’innovations. 

Sky is the limit ?

Mais l’intérêt des objets connectés ne se limite pas qu’aux besoins quotidiens : ils peuvent aussi bien trouver une fonction ludique que scientifique. Les drones sont à ce titre les objets connectés hybrides par excellence : d’abord utilisés à des fins guerrières, ils se font tantôt jouets, tantôt nouveaux alliés des cartographes pour Henri Seydoux, de Parrot.

Après le projet « Pompéi », Yves Ubelmann d’Iconem leur ajoute encore une autre dimension : celle de remplacer l’homme dans des tâches risquées ou extrêmement difficiles de la recherche scientifique. La visite d’un site archéologique miné en Afghanistan ou le croisement des données saisies par les drones avec des données annexes ne sont plus des obstacles insurmontables. 

 

« Mother » est un autre de ces projets connectés et hybrides. Un seul et même capteur peut servir à une multiplicité d’usages : vérification de la prise de médicaments, quantification de soi, localisation des clés… Pour Rafi Haledjian, de Sen.se, ce ne sont vraiment pas les objets qui comptent mais avant tout leurs usages. Et les objets connectés ne sont pas des objets intelligents : ils s’adaptent à la versatilité de leurs possesseurs, de leurs besoins. Ce faisant, ils peuvent aussi bien s’avérer inutiles que donner un nouveau pouvoir à l’homme.

Un avenir « post-humain » ?

Il est un domaine où l’objet connecté semble trouver un sens universellement utile : celui de la santé. Entre l’apparition d’une cellule cancéreuse et la visibilité de celle-ci par l’imagerie fonctionnelle, il s’écoule six années. Si l’on avait la possibilité de traiter les données de nos cellules dès l’apparition des premiers symptômes, on aurait alors la possibilité de réduire la première cause de mortalité en France. La Pill Cam est depuis 2001 capable de collecter ce foisonnement de données sur notre corps.

 

Collecter les données, les traiter de façon intelligente… Ce serait là le nerf de la guerre pour les objets connectés. Encore faut-il que celles-ci soient structurées, fiables – c’est à dire respectant la vie privée – et traitées de façon pertinente et sûre. Autre défi de taille : donner du sens à ces données pour qu’elles répondent aux besoins des utilisateurs, au bon moment. Gageons que ces objets, et les autres à venir contribueront à ce grand moment de structuration des big data… qui nous permettra de voir les objets connectés s’intégrer à notre quotidien !

Pour en savoir plus, la présentation de cette plénière des TechDays est à découvrir ci-dessous :

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