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Objets connectés et big data : Emmaüs passe au numérique

24 avril 2015

Depuis sa mythique création en 1949, Emmaüs n’a cessé d’évoluer. En 2015, elle fait face aux mêmes enjeux de transformation numérique que n’importe quelle grande structure. Et doit s’adapter. Avec un parc de 18 000 conteneurs qui permettent de recueillir les dons qui la font vivre, elle se dote progressivement de capteurs connectés afin d’optimiser sa gestion… et ainsi mieux lutter contre la précarité.

Rencontre avec Emmanuel Torchy, fondateur d’iSwip et installateur de solutions iOT pour Emmaüs, qui nous explique le sens d’une telle démarche.

RSLN : Pourquoi avoir proposé une solution d’objets connectés à une association comme Emmaüs ?

Les employés d’Emmaüs se rendent compte qu’ils font parfois jusqu’à 50 km pour vider un conteneur… vide. Or cela mobilise du personnel, des moyens logistiques et donc des coûts… L’idée, c’est d’être pro-actif et de ne se déplacer pour un conteneur que lorsqu’on en a besoin, c’est-à-dire lorsque le taux de remplissage est au-dessus de 50% ou quand il y a plusieurs conteneurs remplis de 30 à 40% pour faire un petit crochet.

RSLN : A quoi sert, in fine, une telle installation ?

C’est de l’optimisation pour réduire les coûts de la collecte et réinvestir l’argent économisé dans d’autres secteurs. Ils visent ainsi 15% de retours sur investissement  qui vont pouvoir créer de nouveaux emplois. Grâce aux dons, Emmaüs crée en fait plein d’emplois et se montre très innovante, ce qui ne se sait pas forcément. Avec les vêtements très usagers par exemple, ils fabriquent des isolants. Broyés et compressés, on les retrouve dans nos maisons !

RSLN : Comment allez-vous accompagner cette innovation, une fois les capteurs installés ?

On part sur une production de centaines de bennes connectées et si ça fonctionne bien, ce sera la moitié du parc de 18 000 conteneurs qui sera concernée ! En termes d’innovation, je travaille sur plus d’une trentaine d’expérimentations IoT actuellement et pour Emmaüs, on envisage la partie géolocalisation notamment. En géolocalisant les véhicules, on pourra savoir à tout moment si un camion qui passe pour vider un conteneur en urgence car trop rempli peut faire un rapide détour pour une autre collecte par exemple. On avance petit à petit car Emmaüs doit essentiellement investir sur de l’emploi !

RSLN : Allez-vous également les accompagner vers l’analyse big data de leurs données ?

La solution s’arrête aujourd’hui à la remontée de la donnée et à sa mise à disposition sur le Cloud. Nous travaillons étroitement avec d’autres entreprises, notamment Microsoft France,qui ont des compétences en big data, machine learning … Pour le moment tout est affiché sur un portail web hébergé dans Azure. Il nous sert pour récupérer, traiter la donnée et la représenter sous la forme d’une carte qu’ils consultent chaque jour. A terme, ils espèrent même pouvoir automatiquement générer la tournée sur la carte mais c’est un partenaire avec qui nous faisons chaque chose en son temps.

RSLN : Quelles autres applications souhaiteriez-vous proposer grâce à vos capteurs ?

On aimerait travailler sur l’optimisation des tournées avec de la prédictibilité de l’info routière ou encore leur proposer un inventaire pour la maintenance par exemple. A terme, cela permettrait aussi, dans les opérations d’analyse, de savoir si c’est intéressant, sur une période de quelques mois, de laisser un conteneur à un endroit précis et de le déployer ailleurs s’il ne recueille pas assez de dons. On pourrait aussi voir l’incidence directe d’une campagne de communication ou d’une braderie, foire etc. sur la mécanique de don. Cela permettrait  à Emmaüs de poser des conteneurs temporaires lors de certaines manifestations.

RSLN : Travaillez-vous sur d’autres projets d’IoT à visée sociale ou environnementale ?

Je travaille actuellement avec Grand Lyon, pour qui nous avons placé des capteurs sur les tramways pour analyser toutes les 10 minutes la pollution de l’air. On sait donc toutes les 10 minutes dans quel endroit de la ville il fait bon vivre et cela donne aux citoyens la possibilité de le voir et surtout d’être prévenus en cas de pic de pollution.

RSLN : Vous travaillez beaucoup pour des associations, des entreprises ou des collectivités, mais allez-vous justement développer davantage d’objets connectés pour les consommateurs ?

Pour l’instant, on a prévu de créer un objet pour analyser la qualité de vie dans des logements : niveau sonore, niveau de pollution de l’air etc. La philosophie de notre société c’est un peu « un bon objet connecté est un objet qui sait se faire oublier », il faut qu’on ne sache même plus que l’objet est là mais qu’il nous remonte toujours de la data. Le capteur fait office de station de forage mais le pétrole est dans ce qu’on fait de la donnée, avec le Big Data.

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