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Olivier Schrameck (CSA) : comment le numérique peut créer de la diversité culturelle

2 décembre 2014

L’exception culturelle française est-elle soluble dans l’économie numérique ? Olivier Schrameck, le Président du CSA pense que oui. Au micro du Forum de Tokyo ce mardi 2 décembre, il explique pourquoi et surtout comment le CSA entend adapter son action à l’évolution rapide de la création et de la consommation culturelles.

« On tend à opposer artificiellement le numérique et l’exception culturelle », regrette Olivier Schrameck, le Président du CSA au Forum de Tokyo. Pourtant, nous vivons une démocratisation sans précédent de l’accès à la création : accès aux œuvres, d’une part et à la démarche créative, d’autre part. Le numérique permet l’ouverture au monde, rappelle-t-il : du fait de la délinéarisation des services, on se libère du temps et des contraintes des anciens usages. Le numérique renouvelle aussi les formes de la liberté d’expression : « les possibilités de commenter, de recommander et de partager les programmes en sont autant d’exemples ».

Du point de vue des créateurs, c’est aussi l’apparition d’une « culture web créatrice de formes nouvelles » qui irrigue les médias. Partis de rien et devenus des stars sur les réseaux sociaux, des réalisateurs de courts-métrages ont conquis les plateaux. Touscoprod invente le mécénat populaire. Et Olivier Schrameck de citer le mode de financement original du film Polisse, qui associe internautes et chaines de TV.

« La diversité doit être prise en compte plus largement »

Ce foisonnement suffit-il à garantir la diversité culturelle ? Le président du CSA pense que non. L’exception culturelle française est fondée sur l’idée que les biens culturels ne sont pas des produits marchands comme les autres, et que leur diversité doit être garantie par la loi.

 
Mais quand les modes de création et de consommation de la culture changent à toute allure, bousculant les modèles établis, le régulateur doit s’adapter, explique Olivier Schrameck : « la diversité, notre réglementation audiovisuelle l’appréhende surtout sous la forme d’une diversité des offres, des œuvres. C’est l’obligation de la constitution de catalogues. Mais à mon sens, [elle] doit être prise en compte plus largement ».

Autrement dit, l’action du CSA en faveur de la diversité doit intégrer le renouvellement rapide des formats et l’apparition du participatif dans la conception ou le financement. Et c’est un défi, explique son Président, car plus la diversité est importante et plus les choix sont restreints : « de l’hyper-offre résulte un égarement de l’utilisateur et une concentration des actions autour de quelques titres ». Pour lui, la solution se trouve dans la fonction de recommandation : d’abord humaine, dans une recommandation éditoriale de l’œuvre à partir de l’univers de l’auteur ou autour d’une thématique. « Cela contribue à la liberté de choix de l’utilisateur et privilégie la découverte ».

 
Dompter les algorithmes de recommandation culturelle

Et quid des recommandations automatiques à l’aide d’algorithmes, dont les acteurs de l’audiovisuel s’équipent de plus en plus ? Netflix se base sur les données personnelles de l’utilisateur, l’heure de visualisation ou le temps de pause, rappelle Olivier Schrameck qui énumère les risques : profilage des utilisateurs au détriment de la vie privée, enfermement de chacun dans ses propres goûts au détriment de la découverte, tentation pour le service de privilégier ses éditeurs. Dernière menace, et non des moindres, la standardisation d’une offre désormais calquée sur les attentes du public.

Pour lui, la solution semble venir de la réglementation des algorithmes, une idée déjà évoquée par le Conseil d’Etat en septembre dernier : la diversité serait respectée si la recommandation automatique était calibrée pour prendre en compte, non seulement les goûts des utilisateurs, mais aussi les caractéristiques des œuvres proposées. 

Autre moyen d’action : définir les règles d’une « saine concurrence » des plateformes d’accès aux produits culturels, la circulation effective des oeuvres étant un « objectif fondamental du CSA ». A ce titre, Olivier Schrameck explique l’intention du CSA d’évaluer l’efficacité de la réglementation des SMAD (Services de médias audiovisuels à la demande) en coopération avec ses homologues européens de l’ERGA. A l’heure de la recommandation algorithmique, il s’agit avant tout de comprendre les effets de la réglementation des catalogues sur les choix des utilisateurs. 

Diversité des acteurs, des choix et des services : ainsi le président du CSA résume-t-il les trois conditions de la diversité culturelle. Celle-ci est pour lui une promesse, mais pas une garantie : « à tous les niveaux, quelles que soient les technologies, la diversité se conquiert par un effort obstiné ».
 

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