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L’« open government » : quand numérique et citoyens modernisent l’Etat

5 mars 2015

« Nous devons utiliser l’ensemble des technologies et des méthodes disponibles pour ouvrir le gouvernement » annonçait Barack Obama en 2008 de ce qui allait devenir l’un des piliers des politiques dites de « gouvernement ouvert ». L’objectif : tirer pleinement partie du numérique et de ses valeurs pour revitaliser le débat démocratique et accroître l’efficacité de l’Etat et de ses services. Alors que la France et de nombreux pays s’engagent sur la voie du gouvernement ouvert, état des lieux des dynamiques en cours.

Transparence, participation, collaboration. Les racines du mouvement ne sont pas apparues avec lui. La nouveauté réside surtout dans le fait de placer le numérique au cœur de ce triptyque. Le numérique étant alors vu comme un outil de modernisation de l’Etat et du secteur public.

Quand les gouvernements s’inspirent de la contre-culture

Le numérique et le Web sont porteurs d’utopies, valeurs et méthodes qui peuvent donner une impulsion nouvelle aux mouvements de réformes du service public. Politiques qui s’inspirent de la contre-culture, comme le souligne Fred Turner, professeur à l’université de Stanford et auteur de Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture : le partage, l’insertion dans le débat ou encore la liberté d’expression sont autant de valeurs portées par le mouvement hippie qui ont inspiré le développement de l’Internet. Un mouvement qui trouve son prolongement dans une société « liquide » qui voit ses canaux de communication muter et ses relations sociales évoluer.

La diffusion des politiques d’open government s’est vu encadrée et amplifiée par la création en 2011 de l’Open Government Partnership – « plate-forme internationale » de rassemblement, d’échange et de débat autour du gouvernement ouvert – à l’initiative de 8 pays parmi lesquels le Brésil, les Philippines et les Etats-Unis. Une initiative qui réunit aujourd’hui 65 Etats, tous engagés à mettre en œuvre des « plans d’action » élaborés en étroite collaboration avec l’ensemble du corps social.

Des plans d’action qui présentent un nombre conséquent de caractéristiques communes. Autour de trois axes majeurs : la modernisation du Service Public, la simplification des procédures administratives et l’ouverture des données.

Le modèle britannique

Le portail Web du gouvernement britannique, GOV.UK, fait office de modèle du genre. Bâti par une équipe de spécialistes du numérique et de designers – le Government Digital Service (GDS) –, il présente la particularité d’avoir été pensé pour que l’expérience en ligne soit la plus fluide possible. La méthode : une démarche inverse à celle qui prévalait jusque-là et qui consistait à numériser les services publics sans réflexion préalable sur les potentialités nouvelles offertes par l’outil numérique. Ici, on pense utilisateurs et usages. « Tout l’enjeu est de rendre les services plus simples avant de les rendre numériques […] L’enjeu c’est de faire simple pour rendre le numérique possible » explique Russell Davies, directeur de la stratégie du GDS.

« Start-up d’Etat » : quand les administrations deviennent agiles

La particularité de cette méthode : s’inspirer des pratiques du secteur privé. Une influence qui se retrouve aux Etats-Unis, en France, ou encore en Corée du Sud. Les membres du GDS comme les membres de l’équipe qui a revu la première copie du site de l’ObamaCare sont issus pour la plupart du secteur informatique ou de l’univers des start-up.

L’approche promue pour moderniser et simplifier les services publics mise sur l’expérimentation, l’agilité des procédures et les itérations, pour perfectionner continuellement les services. Une approche désormais centrée autour des besoins exprimés par les usagers.

S’inspirant de la fameuse formule « code is law » de Lawrence Lessig, Henri Verdier, directeur d’Etalab et administrateur général des données de l’Etat français, souligne :

« On ne développe pas un bon produit sans le tenir soi-même, sans itérer en permanence, sans être en permanence en train de regarder qui s’en sert, comment il s’en sert, à quoi il l’utilise. Pour ce faire, il faut une intimité avec son produit, une familiarité avec son code, qui ne peut être obtenue sans le produire soi-même, sans intégrer les codeurs au cœur de son équipe. »

D’où l’apparition, dans plusieurs pays, de « start-up d’Etat » : de petites équipes agiles auxquelles les moyens sont donnés d’expérimenter, d’itérer. En étroite collaboration avec l’administration, mais surtout avec les citoyens. Open data, API ouvertes – pour développer des services tels que Marché Public Simplifié ou Mes aides, ce dernier prenant appui sur le « simulateur de réformes » français OpenFisca dont nous vous parlions récemment –, autant de réalisations qui visent à rendre le service public plus efficace, au service des publics, entreprises comme citoyens.

Un mouvement déjà initié en France par le Premier ministre Michel Rocard en 1989 et qui s’inscrit dans la lignée des réformes successives du service public. Une dynamique promue également par Axelle Lemaire, actuelle secrétaire d’Etat chargée du Numérique :

« La transparence de l’action publique, la gouvernance ouverte à la participation citoyenne, la réinvention des services publics par le numérique, sont des valeurs essentielles à promouvoir en France comme à l’international. »

Vers un « Etat plate-forme » ?

Le point crucial : bâtir un écosystème et l’animer ; ou tirer profit du dynamisme d’un écosystème existant. En s’inspirant du modèle des grandes plates-formes qui ont fait le succès du web depuis la fin des années 2000. Lancer des appels à contribution à destination des citoyens, de la « multitude » – comme c’est le cas pour la concertation lancée par le Conseil National du Numérique en vue d’élaborer une loi numérique ou encore la démarche faire-simple –, encourager et valoriser la réutilisation des données publiques, autant d’éléments qui illustrent cette volonté. In fine, l’objectif est de nouer des partenariats public-citoyens. C’est tout le sens du rapprochement intervenu entre l’IGN et OpenStreetMap.

S’inspirant de la pensée développée et défendue notamment par Tim O’Reilly, entrepreneur et penseur du Web, Henri Verdier rappelle :

« Une stratégie digitale [étatique] doit intégrer cette dimension stratégique de la révolution numérique, et intégrer, au cœur du système, les règles et les méthodes de cette révolution [pour] agir en permanence avec et comme les innovateurs numériques, start-ups, hackers, activistes. »

Des gouvernements s’inspirant des hackers et activistes, qui l’eût cru ?! Un esprit qui pourrait bien revitaliser la démocratie. A suivre…

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