Opendata à Paris : « Nous publierons une vingtaine de jeux de données avant la fin 2010 » share
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Opendata à Paris : « Nous publierons une vingtaine de jeux de données avant la fin 2010 »

28 septembre 2010

(visuel : Jean-Louis Missika, par la Fondapol, licence CC)

Nous entamons la publication d’une série d’articles consacrés au mouvement de l’opendata par un entretien avec Jean-Louis Missika, adjoint au maire (PS) de Paris, chargé de l’innovation de la recherche et des universités.

Paris a engagé une réflexion sur la question, largement couverte sur internet : il nous semblait particulièrement intéressant de partir des expériences les plus proches… . Nous irons ensuite jeter un coup d’oeil à l’étranger, et notamment au Canada.

RSLNmag.fr : Le 8 juin 2010, le conseil municipal de Paris a examiné une délibération consacrant le principe général d’une « diffusion progressive des données » – voir la vidéo des échanges. Différents travaux devaient être entamés en ce sens. Où en est-on ?

Jean-Louis Missika : Nous avons engagé un travail de recensement des données, mené avec une double dimension : la recherche de bases de données techniquement utilisables, et socialement utiles. Nous avons progressé rapidement et nous avons identifié un certain nombre de données que nous allons mettre en ligne avant la fin de l’année 2010.

Ce temps a également été l’occasion d’une sensibilisation, en interne, à la question de l’ouverture des données. Après une première réaction plutôt réservée, notamment au regard des contraintes techniques, les équipes concernées ont été plutôt enthousiastes, et ont adhéré à cette volonté.

L’opendata soulève de nouveaux enjeux, que nous continuons encore à explorer en interne : la sécurité des données publiées, la question du respect de la vie privée, l’anonymat.

Concrètement, quelles données pourraient être diffusées ?

Jean-Louis Missika : Nous avons identifié une vingtaine de jeux de données répondant à ce double enjeu de technique et d’utilité et de fond. Il s’agit, par exemple, du catalogue des bibliothèques municipales, du plan de voirie, du rattachement des immeubles aux différents bureaux de vote… Pour l’instant, il s’agit principalement de domaines « grand public ».

Nous procèderons à des mises en ligne progressives : certains  jeux de données vont nécessiter un petit travail d’amélioration de la qualité technique, qui n’est pas gratuit.

Quels sont les bénéfices attendus de cette politique ?

Jean-Louis Missika : Le premier enjeu est évidemment démocratique. Ouvrir les données, c’est un engagement de transparence. Mais si l’on y regarde bien, il ne s’agit de toute façon que de rendre aux citoyens ce qui leur appartient : les bases de données, ce sont eux qui les ont financées, via l’impôt !

L’enjeu est également économique. Attention, nous n’avons pas pour objectif principal de faire de l’argent en vendant des données, mais de stimuler la communauté des développeurs, des start-ups. C’est une invitation à innover, à investir.

Aux Etats-Unis, le marché de l’open data représente plusieurs milliards de dollars. Certaines start-ups pourront peut-être d’ailleurs acquérir des avantages comparatifs décisifs en développant des process de valorisation des données.

Lors de l’examen de cette délibération au conseil municipal, les débats ont notamment porté sur la question des licences qui encadreront la diffusion de ces données [lire un résumé ici, par exemple]. Y a-t-il eu des avancées ?

Jean-Louis Missika : Nous avons bon espoir d’aboutir rapidement ! Les administrations ayant mené une politique de diffusion des données ont fait des choix assez disparates en matière de licence, créant souvent leur licence spécifique. Nous avons quant à nous décidé, après des discussions avec la communauté, de nous orienter vers une licence appelée «Open Database License » [des éléments de définition sont disponibles ici, en anglais, NDLR].

C’est une licence libre communautaire, plus adaptée à l’Open Data que les Creative Commons, que nous utiliserons forts d’une conviction : nous ne voulons surtout pas créer un système complexe, où il serait quasi impossible de croiser des données venant de plusieurs sources différentes, en raison de licences incompatibles.

Mais cette licence « ODbL » n’existe pas encore en version française, et c’est précisément ce à quoi nous sommes en train de travailler, avec les juristes de la Ville et ceux de la communauté. Il ne s’agit pas uniquement d’une traduction « linguistique » : il faut réellement l’adapter au contexte juridique français, aux différents textes en application.

Nous devrons ensuite soumettre notre proposition de licence à l’ « Open Knowledge Foundation », qui devra la valider. Le travail que nous sommes en train de faire ne sera pas limité au seul cas parisien : cette version française de la licence pourra ensuite être adoptée par d’autres villes.

La communauté « opendata » est très active en ligne, et chacune de vos propositions est scrutée, commentée, décortiquée [voir quelques liens dans notre rubrique : « A lire ailleurs »]. C’est ça, la « politique 2.0 » ?

Jean-Louis Missika : Une politique d’opendata ne trouve son sens que lorsqu’une communauté se saisit des données diffusées, pour les examiner, créer des applications …   Toute forme de mobilisation en ligne est donc pour nous un formidable encouragement : cela veut dire que la communauté existe, que le public pour lequel nous travaillons est bien là.

La seule expérience que j’avais eue jusqu’à présent d’un relais en ligne, c’était lors du lancement de la campagne pour le « .paris » [des détails, ici], avec des réactions essentiellement positives. En juin, lors de l’examen de la délibération sur l’opendata au conseil municipal, j’ai fait l’expérience inverse : j’ai reçu une volée de bois vert en ligne, notamment sur la question des licences. Je ne m’y attendais pas : j’avais simplement l’impression de dire des choses de bon sens !

Du coup, nous avons cherché à comprendre ce qu’il se passait : nous avons rencontré les critiques, et notamment le collectif Regards Citoyens et le chapitre Creative Commons France. Nous avons précisé notre démarche, nous avons également échangé. Ce mode de travail est totalement nouveau, et profondément stimulant : c’est, en quelque sorte, un exercice de « co-production ».

>> A lire également sur le sujet :

Tous nos articles sur l’opendata

Alexis Mons dans notre rubrique Le débat RSLN : « Il faut que l’Etat libère le gisement de valeur sur lequel il est assis : la donnée publique ».

Les articles du collectif Regards Citoyens sur l’opendata

Une présentation assez complète, par l’association nantaise LiberTic

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