Pourquoi Atlantico innove dans le petit monde de l’info en ligne share
back to to

Pourquoi Atlantico innove dans le petit monde de l'info en ligne

1 mars 2011

C’est un nouveau venu dans le (petit) monde de l’info web : Atlantico, un nouveau "pure player" (un site qui n’est pas adossé à un média traditionnel) est accessible en ligne depuis lundi 28 février.

La profession de foi de l’équipe est à lire ici.

Pour décrypter cette naissance, nous laissons à d’autres le soin :

> de commenter la ligne / la non-ligne politique du site,
> de décortiquer la mise en scène de l’info sur la home du site,
> de présenter son business model – au programme : site 100% gratuit, équilibre financier visé à 36 mois, publicité, et levée de fonds conséquente ayant fait rentrer quelques usual suspects de l’économie numérique à son capital, notamment Xavier Niel et Marc Simoncini (les détails sont sur Rue89).

Entre débat d’idées et digest

Nous vous proposons plutôt de détailler ici la particularité du modèle éditorial retenu, qui est construit à deux niveaux

  • Une très large place est accordée à des contributeurs extérieurs à la rédaction, dont le dénominateur commun est leur ancrage dans le débat d’idées

    Ils sont soixante-quatre listés à ce jour, mais Jean-Sébastien Ferjou, le directeur de la rédaction du site, affirme compter un vivier de  « 300 contributeurs ».

Ceux-ci interviennent de plusieurs manières dans les contenus du site : ils proposent des contributions inédites, et semblent également les "experts" privilégiés des interviews conduites par la rédaction du site.

Bref, ils rappellent un peu le pool des pundits mobilisé par le site américain Politico dans sa rubrique Arena – à ceci près qu’ils réagissent à l’actu et ne répondent pas à une question éditorialisée.

  • La rédaction du site, de son côté, produit de courts formats : par leur nombre, par leur capacité à coller à l’actualité chaude, ils seront très rapidement les plus présents sur le site. C’est ainsi, par exemple, qu’est traitée la mort d’Annie Girardot, lundi 28 février et non par une contribution extérieure ou la diffusion d’une dépêche d’agence.

Ces revues de web (un genre éditorial que vous pouvez lire chez nous) sont donc le résumé, en un à deux feuillets (1.500 à 3.000 signes), d’une information publiée en ligne, sur d’autres sites.

Attendez-vous à y trouver quelques lignes de contextualisation, puis une ou deux citations fortes d’un article parfois très long produit ailleurs. Un peu plus poussé que le résumé des revues de presse radios … mais suffisamment courteset éditorialisées pour rentrer dans le cadre du code de la propriété intellectuelle et des courtes citations qu’il définit.

Ce modèle est revendiqué par Jean-Sébastien Ferjou, le directeur de la rédaction :

« La vocation première [d’Atlantico] est d’être une plateforme d’aiguillage vers une information fiable et adaptée aux nouveaux modes de consommation de l’information sur Internet »

Et, interrogé par L’Expansion, il précise s’adapter là aux codes de lectures du web : 

« On sait qu’au bout de 500 mots, plus de la moitié des les gens ne lisent plus. Nous souhaitons nous adapter au temps dont disposent les internautes (4 à 5 minutes) pour les renvoyer vers l’information la plus pertinente. »

[Ajoutons, pour être complet, que de très courtes brèves sont agrégées à partir du fil EMM, projet de la Commission européenne.]

Personal branding et storytelling out

C’est bien ce mix qui est encore largement inédit dans le paysage de l’info en ligne en France. Slate.fr [disclaimer : notre partenaire pour les rencontres RSLN] mixe bien articles de journalistes, chroniques d’invités, et revues de web, mais ces dernières pèsent proportionnellement moins dans le volume des contenus produits que la place qui leur accordée chez Atlantico.

Deux évolutions peuvent être relevées dans ce modèle :

1. Sur le plan de la relation entre le lecteur et les journalistes, Atlantico la joue définitivement modeste. Les contenus produits par la rédaction ne sont pas signés, on ne trouve pas d’ours (à peine des mentions légales). Bref, pour le personal branding (lire une explication) et le storytelling, on repassera : c’est une posture qui prend à rebours l’attitude de la plupart des sites, qui affichent la photo, ou l’adresse mail des journalistes permanents qui composent les rédactions.

On se souvient que Rue89 avait pris le temps de raconter son aventure, ses présupposés, ses doutes, dans un blog "making-of", actif avant même le lancement du site, le 6 mai 2007 (ces premiers billets ont été perdus depuis) : Atlantico a fait le pari de s’abstenir de cela, au risque de ne pas être très identifés … .

2. Le modèle du résumé très qualifié soulève de grosses interrogations, comme le rappelait Frédéric Filloux.

Un rien acerbe, il racontait, dans un billet intitulé Aggregators: the good ones vs. the looters publié en septembre 2010, comment le Huffington Post avait peu à peu construit un modèle économique viable sur ce seul talent :

Here are the Huffington Post’s “principles”:

– Take an original story available on the internet, preferably outside a paywall.
– Match the subject of the story against a traffic analysis of what readers like on your superblog.
– Process the story according a compression ratio of 15% to 30% (sometimes more); stay as much as possible within an elastic interpretation of “fair use”.
– The result of your editorial meat-processing must absolutely be a self-sufficient entity.
– Always quote and link generously; your fairness and integrity must be unquestionable; linking is no big deal since no one will actually click and go to the original source (your treatment should be designed to prevent going back to the originl content).
– You get it: the reader has to stay in the environment of the Huffington Post, in which he will comment, babble profusely, (I spotted a 12,000 comments on a copyright free video); he will Facebook-share the “piece”, creating further reverberation the HuffPo machine will sell to is advertisers.
Comprende?

>> On suivra évidemment la suite des aventures d’Atlantico ici, d’autant que le site propose un dossier Le Monde d’Internet destiné à s’enrichir, et traitant de l’actu du numérique sous l’angle de la réflexion. Nous vous recommandant ainsi l’article Comment Internet agit sur notre cerveau, dans lequel Daphné Bavelier examine les thèses de Nicholas Carr.

> A lire, ailleurs : 

L’aventure Atlantico démarre aujourd’hui, par Benoît Raphaël
Les « curators » veulent bouleverser l’organisation des contenus Web, par Nicolas Rauline, sur Les Echos
Journalisme et réseaux sociaux : 11 tendances pour 2011, par Aurélien Viers

 > A lire, sur RSLN : 

Quand les sites d’infos réflechissent à leur avenir, notre CR des premières rencontres du Spiil
Nick Bilton : quand le geek-en-chef du New York Times se penche sur l’avenir de l’info
Notre dossier : la révolution de l’info

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email