Quand Internet réinvente l'action humanitaire

3 septembre 2008

Le concept des sites consacrés à la solidarité est simple et révolutionnaire : donner à des associations humanitaires et environnementales du temps, de l´argent ou des compétences en un clic de souris. Ces sites, qui existent depuis la fin des années 90 dans les pays anglo–saxons, ont été découverts par les internautes français lors de la grande mobilisation pour les victimes du tsunami de décembre 2004 : près de 70 % des internautes ayant effectué un don en ligne l´ont fait pour la première fois au moment du raz–de–marée dévastateur. Deux ans après la catastrophe, en 2006, 63 % des internautes déclaraient s´être engagés pour une cause après une visite effectuée sur le site d´une association humanitaire.

Si les Français, traditionnellement moins enclins que les Anglo–saxons à s´impliquer dans des causes humanitaires, adoptent à leur tour un réflexe solidaire, c´est qu´Internet leur permet de le faire différemment.

Un ensemble de sites très divers leur proposent aujourd´hui des formes d´engagement à la carte, répondant à toutes les sensibilités, tous les emplois du temps et tous les portefeuilles.

Des sites vitrines et tremplins de l´action humanitaire

L´internaute en quête d´informations et soucieux de savoir où va sa générosité trouvera son bonheur sur des portails comme jeveuxaider.com, qui met à sa disposition une base de données sur les différentes manières d´agir dans le milieu associatif, ou encore Coordinationsud.org, qui, pour sa part, cible un public averti. Les portails font l´interface entre le public et les associations partenaires, petites ou grosses, à l´instar de La Croix–Rouge française ou de Médecins sans frontières. MSN Actions solidaires est le plus fréquenté de tous ces sites. Précurseur en France de la solidarité en ligne, cette chaîne du portail msn.fr fut la première à mettre gratuitement son audience et sa plate–forme technologique à la disposition des ONG et à se poser en vitrine et tremplin de leurs actions.

Elle s´adresse plus particulièrement aux jeunes de 16 à 24 ans, qui, selon le sondage MSN/OpinionWay réalisé en 2006 avec le CerPhi (Centre d´étude et de recherche sur la philanthropie), seraient séduits par la rapidité, l´interactivité et l´efficacité de la solidarité en ligne.

Le portail propose des dossiers mettant en valeur le travail des associations qui oeuvrent dans les domaines de l´insertion, de l´économie solidaire, de l´enfance, de l´éducation, du handicap, de la santé, de l´environnement et des droits de l´homme. Chiffres clefs, interviews des acteurs du monde associatif, possibilité de devenir bénévole en un clic… cette chaîne de solidarité permet aux internautes jeunes et moins jeunes de se familiariser avec l´action humanitaire et de s´y impliquer.

Cliquer pour générer de l´argent

De leur côté, les ONG profitent du web pour attirer un public plus large, plus jeune et aussi plus exigeant. « Internet est devenu pour nous un support indispensable de mobilisation. Les jeunes bougent rapidement, font circuler l´information par leurs blogs et par leurs réseaux sociaux. Cela nous stimule et nous rend plus dynamiques », explique émilie Rolin, chargée de communication à Handicap international.

En ligne, les associations continuent de récolter des dons traditionnels (paiement en ligne par carte de crédit). Mais elles sont de plus en plus nombreuses à proposer également aux internautes d´autres formes de participation. Parmi ces nouvelles formes, la plus surprenante consiste à comptabiliser les clics des visiteurs pour générer de l´argent.

C´est l´option choisie, par exemple, par les moteurs de recherche solidaires. Reprenant la technologie d´un ou de plusieurs moteurs de recherche existants, ils commercialisent des espaces publicitaires sur leur page d´accueil et reversent à certaines ONG tout ou partie de l´argent récolté. Pour l´internaute, le simple fait d´utiliser le moteur est donc, indirectement, une façon de donner.

En France, le premier site à s´être créé sur ce modèle est Doona.fr, fondé par trois étudiants en 2006. « Les mois où nous avons les moyens de faire un don, nous organisons un vote auprès de nos internautes pour déterminer quelle association sera bénéficiaire de l´argent des annonceurs. Nous comptons 36 associations partenaires et c´est à elles que va l´intégralité de nos revenus », déclare Nicolas Desmarets, le jeune président de Doona. Pour l´instant, les sommes reversées restent modestes, mais Nicolas espère faire évoluer rapidement son site pour augmenter les fonds recueillis et permettre à Doona d´être à l´initiative des campagnes humanitaires.

À chaque internaute son mode d´action

Autre façon de donner sans avoir à desserrer les cordons de la bourse : l´achat en ligne. Créé en 2006, le logiciel d´e–commerce (assorti d´un comparateur de prix) Soliland répertorie 300 enseignes marchandes. Pour chaque vente réalisée à partir de son portail, Soliland perçoit une commission – de 2 à 15 % du montant de la vente, selon les produits.

La moitié de cette commission est reversée à une ONG choisie par l´acheteur qui, lui, ne débourse pas un sou de plus que le prix initial du produit. De son côté, Soliland se rémunère en touchant l´autre moitié de la commission. Le pourcentage de celle–ci, et donc le montant du don, varie en fonction des accords passés entre Soliland et les magasins partenaires.

Ces sites ne sont que des exemples parmi bien d´autres. Certains se sont spécialisés dans la circulation de pétitions, dans le bénévolat (comme le site Betobe qui propose aux visiteurs inscrits des missions en ligne : traduire un document, monter un film vidéo, etc.), ou encore dans les jeux solidaires (comme Dotred, créé en mai dernier pour récolter des fonds en faveur des personnes sans abri). Les philanthropes n´ont que l´embarras du choix.

Devant l´essor de ces modes d´action taillés sur mesure, en phase avec les rythmes et les habitudes de vie des jeunes, on peut espérer que les internautes seront toujours plus nombreux à renforcer l´élan solidaire né sur la Toile.

MSN ACTIONS SOLIDAIRES : Le premier portail solidaire français

Cette chaîne thématique du portail msn.fr, lancée il y a quatre ans, est intégralement dédiée aux associations caritatives, petites ou grosses. « Nous sommes convaincus qu´Internet est un puissant vecteur de sensibilisation dans le domaine humanitaire et social. Nous avons voulu offrir aux associations une caisse de résonance unique, celle des 18 millions d´utilisateurs du réseau MSN WINDOWS LIVE », résume Isabelle Leung–Tack, responsable du développement durable chez Microsoft France. Les associations y sont choyées sur toute la ligne : l´ensemble des contenus présentant leur action, rédigé par des journalistes, est financé par Microsoft, les espaces publicitaires leur sont offerts et des formations gratuites leur sont proposées plusieurs fois par an pour leur apprendre à exploiter au mieux les possibilités du Net.

SOLILAND : le shopping solidaire
Créé en 2006, Soliland se présente comme un site de e–commerce ordinaire : comparateur de prix et réductions sont de mise sur un vaste ensemble de produits allant de l´électro–ménager à l´informatique en passant par les produits culturels ou les voyages. Les prix ne sont pas plus élevés qu´ailleurs, parfois même moins. Seule différence : 50 % de la commission versée à Soliland par les magasins partenaires sont donnés à une ONG choisie par l´acheteur. De son côté, Soliland se rémunère en percevant l´autre moitié de la commission.

DOONA : le premier moteur de recherche humanitaire
« Doonez sans dépenser ! » : tel est le slogan de Doona. Créé en juin 2006 par trois étudiants (Doona est une association à but non lucratif), ce moteur de recherche humanitaire reverse l´intégralité des sommes payées par les annonceurs présents sur son site aux 36 associations partenaires (Petits Princes, Emmaüs, WWF…).

DOTRED : achetez Paris pour les sans abris !
Depuis le 24 mai dernier, la ville de Paris est à vendre ! Un million de parcelles sont disponibles au prix de 2 euros l´unité. En moins de deux semaines, 10 % de la ville étaient rachetés. Ce scénario est celui d´un jeu en ligne inventé par David Guez, « artiste du Net ». Et si les parcelles sont virtuelles, l´argent récolté, lui, est bien réel et ira aux associations Habitat et Humanisme, Les Enfants de Don Quichotte, Droit au logement, Jeudi noir et Macaq. Une version brésilienne (avec le plan de Sao Paulo) devrait être prochainement disponible pour financer les associations luttant contre le rachat des favelas par des promoteurs immobiliers.

BETOBE : le bénévolat… depuis chez soi
Mettre ses compétences au service d´une cause tout en restant chez soi, c´est possible et facile grâce à betobe. « Les associations nous envoient leurs missions et leurs besoins et, de notre côté, nous assurons le relais auprès des internautes qui se sont inscrits chez nous (un millier de personnes depuis la création du site en 2006), qui choisissent ensuite les projets qui les intéressent, explique Nathalie Choiseau, l´une des responsables du site.
Pour nous, l´engagement est avant tout personnel. Or, en France, traditionnellement, l´engagement est lié au projet associatif. Cela est très réducteur car tout le monde n´a pas la possibilité ni même l´envie d´aller chaque semaine dans les locaux d´une association », poursuit–elle. Toutes les missions sont réalisées en ligne : traduction d´un document, expertise comptable, montage d´un clip vidéo humanitaire, etc.

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